Société
Mariage des mineures: comment la révision du Code de la famille protégera-t-elle les droits des jeunes filles?
30/12/2024 - 10:29
Halima Aamir | Mohammed Fizazi
Le projet de révision du Code de la famille introduit des modifications significatives concernant l'âge légal du mariage, visant à mieux protéger les droits des filles mineures. Ces amendements, validés par le Conseil supérieur des oulémas, fixent l'âge légal pour le mariage à 18 ans. Toutefois, un mariage à 17 ans reste possible à titre exceptionnel, sous des conditions strictes pour limiter cette pratique.
Les associations féminines ont, à plusieurs reprises, demandé l’interdiction du mariage des mineures, en raison de ses effets négatifs sur la situation économique et sociale des jeunes filles.
À cet égard, le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans un avis sur le sujet, a souligné que le mariage des mineures a des répercussions néfastes sur leur situation économique et sociale en tant que futures femmes. Il contribue à l’augmentation des taux de fertilité non productive, perpétue la pauvreté et expose la santé physique et mentale des filles et de leurs enfants à des risques majeurs.
Le CESE a également indiqué que ce phénomène restreint les perspectives d’avenir des jeunes filles en les excluant du système éducatif et de la formation, ce qui limite leurs opportunités de participation économique et impacte globalement le développement économique et social.
Renforcer les droits de l’enfant
Dans ce contexte, Halima Oulami, militante des droits humains et présidente de l’association “Al-Amane pour le développement de la femme et de l’enfant”, a affirmé que les nouvelles propositions de révision du Code de la famille représentent une avancée importante. Ces changements répondent aux demandes des associations féminines et des organisations de défense des droits, notamment en établissant que la règle générale pour que le mariage soit désormais fixée à 18 ans, alors que la loi permettait auparavant le mariage dès 15 ans. Bien que l’exception actuelle permette le mariage à 17 ans, elle a exprimé l’espoir que cet assouplissement reste très limité.
Mme Oulami a ajouté que l’établissement de l’âge légal du mariage à 18 ans encouragera les jeunes filles, en particulier celles vivant en milieu rural, à poursuivre leurs études et à suivre des formations professionnelles, réduisant ainsi les cas d’échec liés aux mariages précoces. Elle a également indiqué que de nombreuses jeunes filles se tournent vers des centres d’écoute après avoir fait des choix précipités à un jeune âge.
Elle a insisté sur le fait qu’il est du droit des jeunes filles d’atteindre un âge où elles peuvent prendre des décisions importantes, y compris le mariage, garantissant ainsi leur stabilité psychologique, sociale et économique.
Une meilleure compréhension de l’institution du mariage
Pour sa part, Bouchra Abdou, militante des droits humains et présidente de l’association “Tahadi” pour l’égalité et la citoyenneté, a déclaré que son organisation espérait une suppression totale de l’exception par crainte qu’elle ne devienne une règle générale. Elle a rappelé que le principe doit rester le mariage à 18 ans, en cohérence avec la stratégie de protection des droits de l’enfant.
Mme Abdou a ajouté, dans une déclaration à SNRTnews, que fixer l’âge légal du mariage à 18 ans offre aux jeunes filles la possibilité de continuer leur scolarité, de jouir de leurs droits d’enfance et de développer une compréhension plus profonde des responsabilités conjugales et parentales.
Elle a également précisé que la famille doit rester responsable de la jeune fille jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge de la majorité, renforçant ainsi sa protection sociale et juridique.
L’association a suggéré que les institutions de l’État s’investissent dans des efforts de sensibilisation et d’éducation de la société pour promouvoir le refus du mariage des mineures, afin que les jeunes filles puissent atteindre la majorité et se marier dans des conditions similaires à celles des adultes.
Abdo a enfin mentionné que son organisation reçoit des cas de jeunes filles mariées très tôt qui se retrouvent ensuite devant les tribunaux, que ce soit pour des demandes de pension alimentaire ou de divorce. Elle a souligné que le mariage à un âge de maturité permet aux deux parties d’assumer conjointement leurs responsabilités en cas de conflits.
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