Société
OIM : la territorialisation de la politique migratoire marocaine progresse, mais reste inégale selon une nouvelle étude
20/05/2026 - 09:39
SNRTnews
Présentée à Rabat, une étude de l’Organisation Internationale pour les Migrations dresse un bilan de la mise en œuvre territoriale de la Stratégie Nationale de l’Immigration et de l’Asile (SNIA) dans quatre régions du Maroc : l’Oriental, Souss-Massa, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Béni Mellal-Khénifra. Si les avancées sont réelles dans plusieurs régions, notamment en matière d’inclusion et d’accès aux services, des défis structurels persistent, appelant à un renforcement de la gouvernance locale et des moyens dédiés.
L’étude met en évidence le rôle croissant des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’État et des acteurs locaux dans la mise en œuvre de politiques migratoires ancrées dans les territoires, favorisant l’accès des migrants aux services essentiels, leur inclusion socioéconomique et le renforcement de la cohésion sociale au niveau local.
"La migration se vit avant tout dans les territoires, au plus proche des réalités humaines et des besoins quotidiens des personnes", a déclaré Laura Palatini, Cheffe de mission de l’OIM au Maroc. "Cette étude montre que lorsque les acteurs locaux travaillent ensemble, il devient possible de construire des réponses plus inclusives et durables, mieux adaptées non seulement aux parcours des migrants, mais également aux besoins des communautés marocaines."
Le Maroc se caractérise par des dynamiques migratoires diversifiées, incluant des flux d’émigration, d’immigration, de retour, de transit et de mobilité interne. À la suite des orientations royales publiées en novembre 2013 appelant à l’élaboration d’une politique globale en matière d’immigration et d’asile, le Maroc a engagé une réforme importante de son cadre de gouvernance migratoire, notamment à travers l’adoption de la SNIA.
Parmi les principaux constats de l’étude, l’appropriation territoriale de la SNIA apparaît étroitement liée à l’engagement des acteurs locaux, à la coordination entre les institutions ainsi qu’à l’existence de projets structurants soutenus par les partenaires techniques et financiers.
"Nous travaillons d’abord avec l’être humain », a souligné un représentant d’un service régional déconcentré participant au séminaire. « La territorialisation des politiques migratoires permet de répondre plus efficacement aux réalités locales et de rapprocher les services des personnes concernées."
L’étude met également en lumière plusieurs exemples de bonnes pratiques développées dans les régions concernées. La région de l’Oriental est reconnue pour l’accès aux services de base tels que l’éducation et la santé, tandis que la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma se distingue par ses initiatives favorisant le dialogue interculturel et l’accès à la formation professionnelle. La région Souss-Massa apparaît également comme un exemple de mobilisation des acteurs territoriaux autour des enjeux migratoires.
Les migrants ayant participé à l’étude ont particulièrement mis en avant l’importance de l’accès aux activités sportives et de loisirs, la qualité des infrastructures disponibles ainsi que l’ouverture des espaces publics dans certaines régions, autant d’éléments contribuant à leur inclusion et à leur participation à la vie locale.
L’analyse met toutefois en lumière plusieurs enjeux persistants, notamment le manque de ressources humaines spécialisées, la mobilisation inégale des ressources financières au niveau local ainsi que la dépendance de nombreuses initiatives migratoires aux financements internationaux. Elle souligne également l’absence de compétences explicitement définies en matière de migration dans les lois organiques régissant les collectivités territoriales.
Le séminaire a réuni des représentants des institutions nationales, des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’État, de la société civile, du secteur privé, des universités ainsi que des communautés migrantes afin d’échanger sur les moyens de renforcer davantage une gouvernance migratoire ancrée dans les territoires.
Organisé avec le soutien de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) et du programme "Coopération en matière de migration et partenariats pour des solutions durables" (COMPASS), financé par le Ministère des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas, l’événement a également permis de formuler plusieurs recommandations visant à renforcer les mécanismes de gouvernance territoriale et à intégrer davantage la migration dans les cadres locaux de planification et de développement.
À travers cette initiative, l’OIM réaffirme son engagement à accompagner le Maroc dans la promotion d’une gouvernance migratoire territorialisée, inclusive et durable, fondée sur les réalités locales et centrée sur les personnes.
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