Economie
Paiement par carte: Ce qui passe... et ce qui coince encore
10/04/2025 - 22:34
Matar Bensalmia
Au Maroc, le paiement par carte bancaire gagne du terrain. Dans les grandes villes notamment, il devient courant de régler ses achats avec du plastique plutôt qu’avec du liquide. Mais cette modernisation des transactions connaît encore plusieurs limites concrètes.
Certaines pratiques commerciales freinent l’essor de la carte, et plusieurs secteurs y restent imperméables. Tour d’horizon de ce qui se paie, ou pas, par carte aujourd’hui.
Aujourd’hui, payer ses courses au supermarché ou à l’hypermarché par carte bancaire est devenu la norme. Les grandes surfaces à l’instar de Marjane, Carrefour, BIM et bien d’autres acceptent systématiquement les paiements électroniques. Il en va de même pour de nombreux restaurants, cafés branchés, salons de coiffure, stations-service, pharmacies, et enseignes de prêt-à-porter.
Le commerce en ligne est aussi en plein essor: les plateformes comme Jumia, Glovo ou Hmizate proposent le paiement par carte, tout comme certaines administrations (paiement des amendes, recharges téléphoniques, taxes locales, etc.).
Le paiement sans contact, quant à lui, s’est largement démocratisé, notamment pour les petits montants inférieurs à 400 DH. Les clients l’utilisent de plus en plus pour sa rapidité, et les commerçants y trouvent l’avantage de réduire la manipulation de cash.
Les secteurs qui résistent à la carte
En dépit de ces avancées, plusieurs secteurs résistent toujours à l’intégration du paiement par carte bancaire. Le cas le plus flagrant est celui des petits commerces de quartier: épiceries, vendeurs de fruits et légumes, boulangers traditionnels ou encore coiffeurs de proximité continuent de privilégier exclusivement les espèces.
Les raisons sont multiples: peur des commissions bancaires, absence de terminaux de paiement électroniques (TPE), manque de formation numérique ou volonté d’échapper à la traçabilité fiscale. De nombreux professionnels du secteur informel préfèrent rester "hors radar", et la carte n’est donc pas compatible avec cette logique.
Autre réalité terrain: certains commerçants disposent bien d’un TPE, mais refusent le paiement par carte pour des montants inférieurs à 100 dirhams. C’est fréquent dans les boulangeries, les snacks ou les boutiques de proximité. Ces commerçants invoquent les commissions bancaires ou les frais de transaction pour justifier cette condition, bien qu’en réalité, cette pratique ne soit pas légale si elle n’est pas clairement affichée.
Contacté par SNRTnews, Bouazza El Kharrati, président de la Fédération Marocaine des Droits du Consommateur, affirme qu’il s’agit d’une pratique contraire à la loi marocaine.
"Conformément à la loi 31-08 relative à la protection du consommateur, notamment son article 57, aucun commerçant n’est en droit de refuser un paiement par carte bancaire sous prétexte que le montant est inférieur à 100 dirhams", précise-t-il.
Selon lui, "cela va à l’encontre de la volonté de Bank Al-Maghrib, qui œuvre à limiter la circulation du cash. Les professionnels réticents freinent ainsi la mise en œuvre de cette politique nationale."
Une adoption encore inégale
Au final, si l’on peut aujourd’hui payer par carte chez plusieurs enseignes locales et internationales, ce moyen de paiement reste peu envisagé chez le réparateur de téléphone, le garagiste, ou le vendeur de poulets du souk. La transition vers une société "cashless" est encore loin d’être homogène.
Bank Al-Maghrib et le CMI multiplient pourtant les efforts pour démocratiser l’usage de la carte bancaire. Toutefois, sauf virage décisif, l’argent liquide restera encore longtemps roi dans les transactions du quotidien au Maroc.
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