Société
Plages sous pression: Le désordre perdure malgré les lois
13/06/2025 - 23:12
Youness Oubaali
Chaque été, le débat se ravive autour d’un problème toujours non résolu concernant la gestion des plages et, plus généralement, du domaine maritime public. Les voix s’élèvent de nouveau pour réclamer plus de rigueur, contenir le désordre et questionner l’application effective des lois existantes
Sur certaines plages, les estivants se retrouvent face à des kiosques installés de manière anarchique, des parasols et des chaises proposés à la location, des espaces illégalement exploités et des zones fermées au public au profit d’opérateurs privés. Ce qui devrait être un bien public maritime devient alors un sujet d’interrogations et de doutes pour certains.
La loi 113-14 relative aux collectivités territoriales stipule que les conseils communaux sont responsables de l’organisation et du contrôle de l’exploitation des plages situées sur leur territoire, y compris l’octroi d'autorisations saisonnières pour les activités économiques durant l’été.
Quant à la loi 57-19, elle accorde aux présidents des communes de larges prérogatives en matière de police administrative, notamment dans les domaines de la propreté, de l’urbanisme, de la publicité et de l’exploitation temporaire du domaine public. Cette loi est censée être utilisée pour mettre de l’ordre sur les plages, mais son application limitée transforme ces espaces en zones hors de contrôle.
La location des plages… un commerce au mètre carré
L’expert environnemental Mostafa Benramel a affirmé que l’occupation du domaine maritime et les décisions des communes concernant la location des plages sont encadrées par une réglementation stricte visant à protéger le littoral et à garantir un accès libre pour tous.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a expliqué que l’article 29 de la loi 81-12 stipule que l’accès et la circulation sur la plage sont un droit pour le public, et toute entrave à ce droit constitue une infraction passible d’une amende pouvant atteindre 10.000 dirhams, voire d’une peine d’emprisonnement en cas de récidive. Il a toutefois précisé que, malgré ce cadre juridique, certaines plages connaissent une exploitation chaotique du domaine maritime, ce qui nécessite l’intervention des autorités compétentes pour faire respecter la loi et protéger les droits des citoyens.
Il a également souligné que les collectivités territoriales ont le pouvoir d’accorder des autorisations d’exploitation des plages selon des règles précises, tout en garantissant un accès libre au public.
Mais malgré l’existence de ces lois, le désordre se répète chaque été en raison de plusieurs facteurs qu’il qualifie d’interdépendants. Il attribue cela principalement à la faiblesse de l’application de la loi sur le terrain, au manque de conscience collective quant à l’importance du respect de l’ordre public, ainsi qu’à la forte pression saisonnière due à l’augmentation du nombre de visiteurs et au retour de la diaspora, ce qui surcharge les infrastructures et crée un déséquilibre.
Et de pousuivre que "le manque d'alternatives de loisirs , ainsi que la hausse des prix, poussent les gens à recourir à des solutions illégales ou inconsidérées. Avec le laxisme saisonnier de certaines autorités, le chaos devient une réalité récurrente chaque été, malgré l'existence de lois censées l'empêcher."
De son côté, Mustapha Saïdi, juriste et militant des droits de l'Homme, a indiqué que certaines plages font l’objet de locations de terrains n’ayant aucune délimitation administrative officielle, comme le stipule la loi 57.19 relative à l’expropriation pour cause d’utilité publique, laquelle constitue un cadre de référence pour toute opération concernant le domaine public.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a souligné que l’exploitation réelle de ces plages dépasse les superficies mentionnées dans les cahiers des charges, constituant ainsi une atteinte à des portions du domaine public non autorisées.
Il a également relevé la perception de frais sans base légale et l’occupation de superficies supplémentaires non incluses dans les périmètres autorisés, ce qui constitue une violation flagrante de la loi et une atteinte aux droits collectifs.
Il a finalement appelé à l’ouverture d’enquêtes sur les marchés de location des plages, à l’identification des parties bénéficiaires, à l’activation du rôle de la police administrative, au contrôle des dépassements sur le terrain, à la révision des conditions de location des plages, à la garantie de la transparence et d’une répartition équitable, à la protection du domaine public maritime par l’application concrète de la loi 07.39, ainsi qu’au lancement d’un numéro national de réclamations dédié aux abus d’exploitation des plages.
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