Economie
PLF 2026 : entre discipline budgétaire et soutien à l'investissement
09/11/2025 - 14:11
MAP
Le Projet de Loi de Finances (PLF) de l’année 2026 s’inscrit dans la continuité d’une trajectoire visant à concilier discipline budgétaire et soutien à l'investissement.
Présenté dans un contexte mondial en mutation, ce projet de loi de finances est une illustration de la volonté de préserver les équilibres macroéconomiques tout en accélérant les réformes structurelles et sociales engagées sous les Hautes Orientations Royales.
Il mise ainsi sur la consolidation de l’investissement public et le renforcement des programmes sociaux, dans le cadre d’une gestion budgétaire rigoureuse visant à contenir le déficit et le coût de la dette.
Avec des ressources évaluées à 712,6 milliards de dirhams (MMDH) et des charges fixées à 761,3 MMDH, le Budget Général de l’Etat pour 2026 fait ressortir un déficit prévu à 3% du produit intérieur brut (PIB), contre 3,5% en 2025.
Dans cette dynamique, le PLF 2026 repose sur des hypothèses macroéconomiques mesurées : une croissance de 4,5%, une inflation contenue à 2%, un baril de Brent à 65 dollars et un taux de change de 10,007 dirhams pour un dollar. Ces prévisions traduisent ainsi une orientation vers la stabilité, dans un environnement international marqué par les incertitudes géopolitiques.
Rigueur budgétaire et justice sociale au cœur du PLF 2026
Le Budget 2026 s’articule autour de quatre priorités majeures, à savoir la consolidation de l’émergence du Royaume, l’équilibre entre le développement économique et la justice sociale et spatiale, la consolidation des fondements de l'Etat social et l’accélération des grandes réformes structurelles, ainsi que la préservation de l'équilibre des finances publiques.
Il s’affirme comme un exercice d’équilibre entre rigueur budgétaire et justice sociale, d’après l’économiste et spécialiste des politiques publiques, Abdelghani Youmni.
Contacté par la MAP, M. Youmni a souligné que "le PLF 2026 dépasse le cadre d’un simple instrument de gouvernance de politiques publiques pour devenir un outil de pilotage stratégique".
Ce projet marque ainsi une continuité dans la méthode gouvernementale : conjuguer rigueur financière et accélération des réformes à fort impact social.
En effet, le volet social du budget s’en trouve renforcé, avec une enveloppe globale de 140 MMDH consacrée à la santé et à l’éducation nationale, soit une hausse de 21 MMDH par rapport à 2025, assortie de la création de plus de 27.000 postes budgétaires dans les deux secteurs.
Déficit, dette et croissance : le triptyque de l’équilibre budgétaire
Dans un contexte de ralentissement de la demande mondiale et de pression sur les finances publiques, l’objectif de ramener le déficit à 3% du PIB en 2026 reste "ambitieux", a jugé M. Youmni.
Afin d'y parvenir, le gouvernement pourrait être amené à intensifier son recours à la dette extérieure, à travers des émissions obligataires ou des emprunts multilatéraux. Ce choix, a–t-il expliqué, s’il permet de préserver la stabilité budgétaire à court terme, accroît toutefois la vulnérabilité aux variations des taux d’intérêt et de change.
En outre, la dette publique s’établit aujourd’hui autour de 70% du PIB, tandis que la dette extérieure avoisine 30,2% du PIB nominal, a poursuivi le spécialiste, estimant que ce niveau est à surveiller.
Indiquant que le PLF de l'année prochaine repose sur une croissance de 4,5% du PIB, soit près de 87 MMDH de richesse additionnelle pour un PIB estimé à 1.940 MMDH, M. Youmni a noté que si cette dynamique de croissance est atteinte, elle pourrait compenser partiellement le déséquilibre budgétaire, mais la soutenabilité de la trajectoire dépendra de réformes fiscales et productives plus ambitieuses et de la diversification des sources de financement.
Il a aussi considéré que le PLF 2026 reflète les arbitrages économiques au cœur de toute politique publique moderne : concilier stabilité budgétaire, soutien à l’investissement et équité sociale.
Pour lui, le financement de l’État social ne saurait reposer sur l’endettement, lequel devrait être orienté vers la recherche, l'innovation et l'attractivité industrielle.
À cet égard, l'économiste a précisé que le Maroc a su préserver la vocation productive de son endettement, en le mobilisant pour financer les infrastructures et renforcer la compétitivité à long terme, plutôt que pour des dépenses de consommation à effet immédiat mais limité.
Le Maroc, a-t-il soutenu, pourrait maintenir un budget d’investissement public global de 380 MMDH pour l'année prochaine tout en préservant la soutenabilité budgétaire, à travers une combinaison équilibrée entre croissance, fiscalité et efficience de la dépense publique.
La consolidation des finances de l’Etat ne passe pas par une réduction mécanique des dépenses, mais par une fiscalité plus juste et élargie, capable de soutenir la production nationale et d’encourager l’investissement productif, a détaillé M. Youmni.
La commande publique, soutenue par cet effort d’investissement, va agir comme un catalyseur d’emplois et de valeur ajoutée, en particulier dans le cadre des grands chantiers liés au Mondial 2030, a-t-il ajouté, estimant que ce levier permettrait de renforcer les synergies entre investissement public et privé, et de transformer la fiscalité en moteur à la fois de compétitivité et de redistribution au service de l’emploi, de la croissance et de la cohésion territoriale.
Par ailleurs, M. Youmni a fait savoir que la généralisation de la protection sociale représente un tournant historique, mais requiert, à l’instar des autres grandes réformes structurelles, une croissance durable pour en assurer le financement.
Il a soulevé que la soutenabilité budgétaire dépendra d’une progression de l’économie au moins 1,5 à 2 fois supérieure à celle des dépenses sociales.
Cette dynamique passe par un double effort : une baisse significative du chômage pour élargir l'assiette des cotisations sociales et une consolidation des recettes fiscales, notamment via l'impôt sur le revenu (IR) et l'impôt sur les sociétés (IS).
Pour M. Youmni, seule une économie créatrice de richesse et d’emplois peut porter un Etat social solide, évitant ainsi le piège d’un modèle où les prestations sociales seraient financées à crédit plutôt que par la production nationale.
Le PLF 2026 consacre ainsi la recherche d’un équilibre durable entre rigueur budgétaire, croissance inclusive et soutenabilité du modèle social, en affirmant la volonté du Royaume de concilier stabilité financière, justice sociale et investissement productif au service d’une économie résiliente et génératrice de valeur.
Par Yosra BOUGARBA
Articles en relations
Economie
Economie
Economie
Economie