Sport
Professionnalisation, encadrement, visibilité: la révolution du football féminin marocain
16/07/2025 - 11:22
Amine Oubaha
En cette année 2025, le Maroc accueille, pour la deuxième fois consécutive, la Coupe d’Afrique des Nations féminine (CAN). Un privilège continental qui confirme le rôle central que joue désormais le Royaume dans le développement du football féminin en Afrique.
Finalistes malheureuses en 2022, les Lionnes de l’Atlas rêvent cette année de décrocher leur première étoile continentale à domicile. Les coéquipières de Ghizlane Chebbak entendent s’imposer parmi les grandes nations du continent.
Une ambition qui s’appuie sur un réservoir de talents locaux et issus de la diaspora, reflet de l’évolution fulgurante que connaît le football féminin marocain.
Les premiers traits
Cette dynamique est le fruit d’un travail de fond engagé depuis 2020 par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), dans le sillage des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
En août de la même année, un contrat-objectif est signé entre la FRMF et la Ligue nationale de football féminin (LNFF), actant le lancement d’une ère de professionnalisation.
Le nouveau modèle impose des critères rigoureux: obligation pour les clubs de disposer d’équipes U15 et U17, prise en charge salariale des joueuses par la FRMF, dotation en équipements, transport, encadrement technique… Un projet qui a radicalement transformé le paysage du football féminin national.
Aujourd’hui, les Marocains sont pleinement conscients que la femme marocaine peut aspirer à une carrière professionnelle dans ce domaine, dans un environnement désormais structuré.
Des résultats concrets sur le terrain
En seulement cinq ans, les résultats sont visibles. Le nombre de licenciées a dépassé les 10.000, avec un objectif fixé à 90.000 dans les prochaines années.
Côté clubs, l’AS FAR a remporté la Ligue des champions féminine africaine organisée au Maroc, tandis que le Sporting Club de Casablanca a atteint la finale de l’édition 2023.
Au niveau international, les Lionnes de l’Atlas ont marqué les esprits en atteignant la finale de la CAN 2022, une performance qui leur a ouvert les portes d’une première participation historique à la Coupe du monde.
Lors de cette finale continentale, plus de 45.000 supporters avaient répondu présents au stade, établissant un record d’affluence inédit pour une compétition féminine en Afrique.
L’apport des binationaux et la montée du futsal
Autre symbole de la nouvelle attractivité du football féminin marocain: le choix de nombreuses joueuses binationale formées en Europe, telles que Yasmine Mrabet, Soukaïna Ouzraoui, Kenza Chapelle, Nesryne El Chad ou encore Elodie Nakkach, d’endosser le maillot national.
En parallèle, le futsal féminin connaît également un essor notable. Les Lionnes se sont illustrées en remportant la première édition de la CAN de futsal, également organisée au Maroc, preuve que cette discipline est désormais pleinement intégrée à la stratégie de développement globale.
Pour mener ce projet à bon port, la FRMF n’a pas hésité à faire appel à une expertise internationale. Après le départ de Reynald Pedros, c’est Jorge Vilda, champion du monde 2023 avec l’Espagne, qui a pris les rênes de la sélection féminine nationale.
Un allié stratégique de la FIFA
La confiance accordée au Maroc dépasse les frontières africaines. La FIFA a choisi le Royaume pour organiser cinq éditions consécutives de la Coupe du monde féminine U17, un record mondial.
Le Maroc accueillera également la CAN féminine 2026, qualificative pour la Coupe du monde, renforçant encore son positionnement comme terre d’accueil des grandes compétitions féminines.
Un engagement budgétaire solide
Derrière cette évolution, la LNFF met en place un cadre budgétaire ascendant pour assurer la continuité des projets. Selon le rapport financier 2023-2024, les charges liées au football féminin ont atteint 57,3 millions de dirhams, contre 55 millions la saison précédente.
À titre d’exemple, le club de l’AS FAR, champion de la première division et vainqueur de la Coupe du Trône, a bénéficié d’une subvention totale de 1.669.508 dirhams, répartie comme suit :
- Salaires des joueuses et du staff: 1.269.508 dirhams
- Subvention pour les équipements: 50.000 dirhams
- Primes de classement: 150.000 dirhams
- Primes de la Coupe du Trône: 200.000 dirhams
Une mobilisation durable et des défis à relever
Lors de la dernière Assemblée générale de la LNFF, sa présidente Khadija Ila a rappelé les priorités pour l’avenir: élargir la base des pratiquantes, accorder une attention particulière aux jeunes de 15 à 17 ans, assurer l’homologation des terrains et garantir une couverture médiatique constante et adaptée.
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