Société
Quand les écrans ralentissent la concentration des enfants
09/04/2025 - 16:26
Meriem Khaer
Le manque de concentration chez les enfants liée à l’usage des écrans demeure une préoccupation croissante chez les parents ainsi que chez les éducateurs.
L’exposition des enfants prolongée aux écrans, qu’ils s’agissent de télévisions, tablettes ou téléphones peut entraîner une baisse de l’attention et une difficulté de concentration, ce qui suscite une préoccupation croissante chez les parents ainsi que les éducateurs.
Contacté par SNRTnews, le pédopsychiatre Bouchaib Karoumi souligne que le manque de concentration chez les enfants est un phénomène très fréquent. De nombreux enfants ont aujourd’hui du mal à se concentrer, en grande partie à cause de l’usage excessif et non organisé des écrans.
Selon le pédopsychiatre, le temps prolongé passé devant les écrans comme les téléphones, les télévisions, tablettes ou les jeux vidéo perturbe le sommeil des enfants et affecte leur hygiène de vie. "Cette désorganisation a un impact direct sur leur capacité d’apprentissage, leur comportement et leur bien-être général", explique-t-il.
Le spécialiste déclare que parmi les signes observés, les enfants réclament fréquemment le téléphone durant leurs temps libres, "ils deviennent impatients et présentent des troubles du comportement et là les parents constatent souvent une irritabilité croissante, voire des excès de colère lorsque l’accès aux écrans est limité", affirme Dr. Karoumi.
Il révèle qu’il est difficile pour les parents de priver leurs enfants de cette utilisation quotidienne et prolongée. Pourtant, il est essentiel que les parents instaurent des règles claires, notamment en fixant des durées d’utilisation et en encourageant d’autres activités telles que le sport ou la lecture.
Selon lui, il est impératif d’équilibrer les temps d’écran avec des moments de détente, de mouvement et de stimulation intellectuelle. Sans cela, le manque de concentration risque d’affecter durablement l’ensemble des domaines de la vie de l’enfant, en particulier l’apprentissage.
L’usage des écrans engendre plusieurs conséquences qui peuvent être ressenti à plusieurs niveaux comme une baisse des résultats scolaires, selon l’orthophoniste Malak Benmansour, l’usage excessif et non encadré des écrans peut avoir un impact significatif sur le développement du langage, de la lecture et de l’écriture chez l’enfant. "Le langage oral se développe principalement grâce aux interactions humaines directes, notamment les échanges riches en vocabulaire, les tours de parole, les expressions faciales, le ton de la voix, autant d’éléments absents ou limités dans les échanges avec les écrans", affirme-t-elle.
L’orthophoniste dévoile qu’une exposition prolongée aux écrans, surtout de manière passive (par exemple devant des vidéos sans interaction), peut réduire le temps consacré à ces interactions essentielles, ralentissant ainsi l’acquisition du vocabulaire, la structuration des phrases et la compréhension du langage. Cela peut aussi entraîner des difficultés d’attention, un facteur clé dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Elle explique que: "Sur le plan de la lecture et de l’écriture, un usage trop précoce ou mal encadré des écrans peut également limiter l’exposition aux supports papier, essentiels pour le développement de la conscience phonologique, la reconnaissance des lettres, ou encore la motricité fine comme la tenue du crayon, tracé des lettres etc."
Dr. Benmansour met l’accent sur les premières années de vie qui sont particulièrement sensibles. Les 0-3 ans constituent une période critique pour le développement du langage et du cerveau en général. À cet âge, le cerveau est extrêmement plastique et se développe en fonction des stimulations reçues. Les interactions humaines riches et répétées sont indispensables.
Entre 3 et 6 ans, l’enfant commence à structurer son langage, enrichir son vocabulaire et développer ses capacités d’attention. Une exposition excessive ou non adaptée peut perturber ces acquisitions, notamment en remplaçant le jeu libre ou les interactions sociales, essentiels à cet âge, selon l’orthophoniste.
Dr. Benmansour appelle au respect des repères clairs: pas d’écran avant 3 ans, usage très limité et toujours accompagné entre 3 et 6 ans, et un cadre structurant à partir de 6 ans, surtout dans les périodes clés d’apprentissage comme la lecture.
De sa part, Dounia Chraibi, orthophoniste, soulève la question de l’impact des écrans sur le développement du langage chez les enfants, notamment vers l’âge de 5 ans, période clé où l’enfant commence à développer sa mémoire et sa capacité à retenir des informations. Selon elle, ces outils peuvent freiner l’éveil langagier en nuisant à la formulation des phrases et en affectant la mémoire de travail.
Elle précise que les capacités cognitives telles que le langage oral (expressif et réceptif), la compréhension, ou encore les fonctions exécutives comme la planification, doivent être activement stimulées dans le cerveau de l’enfant. "Face à un écran, l’enfant reste dans une posture passive, ce qui limite l’activité cérébrale nécessaire à l’éveil de ces compétences. Cela peut entraver ses progrès en lecture et en orthographe", explique l’orthophoniste.
À partir de 6 ans, on attend de l’enfant qu’il soit capable de bien s’exprimer oralement et qu’il maîtrise progressivement le langage écrit, tant en lecture qu’en écriture.
Pour répondre à ces enjeux, l’orthophoniste recommande de remplacer les écrans et les outils basés sur l’intelligence artificielle par des jeux interactifs. Ces derniers ont l’avantage de stimuler la mémoire, la concentration et l’ensemble des capacités cognitives de l’enfant de manière active et constructive.
La dissipation ou la déconcentration des enfants reste un phénomène à ne pas ignorer. Il est donc essentiel d’agir rapidement, en mettant en place des solutions adaptées en aidant l’enfant à retrouver le plaisir d’apprendre et à s’épanouir pleinement.
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