Société
Quels sont les enjeux sociaux et sanitaires de la canicule?
14/08/2025 - 12:03
Meriem Khaer
En 2025, le Maroc est confronté à des vagues de chaleur intenses au niveau de certaines régions. Cette canicule affecte profondément le mode de vie des citoyens, en les obligeant à s’adapter à une nouvelle réalité climatique
La canicule impose un changement au niveau du mode de vie des Marocains, ce qui affecte la santé publique, le quotidien des citoyens et les habitudes alimentaires.
Dans une déclaration à SNRTnews, la socio-économiste, Samira Mizber affirme que le Maroc est un pays semi-désertique, habitué depuis toujours à des épisodes de forte chaleur. "Les oasis ombragées et verdoyantes, étaient considérées comme de véritables écosystèmes qui atténuaient naturellement les effets de la canicule, par contre et pendant ces dernières décennies, nous avons copié le modèle urbain occidental sans l’adapter à nos spécificités", poursuit-elle.
Canicule et alimentation
Selon la socio-économiste, la culture culinaire marocaine connait depuis toujours une adaptation saisonnière, les plats marocains répondaient depuis longtemps aux besoins du corps selon la température, tels que les plats réchauffants comme La Rfissa en hiver, salades et soupes fraîches en été.
Les fruits et légumes saisonniers contribuent à une hydratation profonde du corps, leur richesse en eau ou en fibres participait naturellement à l’hydratation et à la santé. Aujourd’hui, cette logique s’efface sous l’effet de la mondialisation et des modes de consommation importés. Les repas traditionnels sont remplacés par du fast-food et des aliments surgelés, plus simples à préparer mais moins nutritifs. Cette évolution, accentuée par la chaleur qui pousse à éviter la cuisine élaborée, risque de conduire à une augmentation du surpoids et des maladies liées à une alimentation malsaine.
Les défis du travail en canicule
"Autrefois, le rythme de vie était calqué sur celui du soleil, exemple des agriculteurs qui commençaient tôt le matin, travaillaient à la fraîche, rentraient avant la montée des températures, puis reprenaient leurs activités en fin d’après-midi, aujourd’hui, ce mode de vie n'est plus", affirme la socio-économiste, dans les entreprises, les horaires fixes compliquent l’adaptation. Les travailleurs indépendants, eux, parviennent encore à suspendre leurs tâches aux heures les plus chaudes, même si cela réduit leur temps de travail.
Selon la socio-économiste, les politiques publiques qui visent la protection des populations face à la canicule sont quasi inexistantes. La chaleur a aussi un impact sur l’informatique et les équipements électroniques qui souffrent souvent des températures extrêmes. Les ordinateurs surchauffent, ou tombent en panne, ce qui perturbe le rythme du travail.
Inégalité sociale face aux vagues de chaleur
Selon le professeur universitaire et psychosociologue, Mouhcine Benzakour, parmi les effets de la canicule sur les citoyens figure l’inégalité sociale, "il faut d’abord souligner que ses impacts ne sont pas vécus de la même manière par tous: on parle bien ici d’une inégalité sociale", poursuit-il.
Le psychosociologue dévoile que certains ménages qui vivent dans des logements mal isolés ou qui ne disposent pas de systèmes de climatisation efficaces subissent davantage les effets de la chaleur.
Sans oublier les inégalités territoriales, professeur Benzakour souligne que certaines villes disposent de moyens pour affronter les vagues de chaleur, alors que plusieurs zones rurales, où les habitations sont parfois construites sans prendre considération des contraintes climatiques, restent peu protégées.
Conseils pour la sécurité alimentaire
Dans une déclaration à SNRTnews, le Professeur à la faculté de médecine à Rabat, Yasser Sefiani, alerte sur les effets néfastes de la forte canicule, en citant la déshydratation qui affecte le fonctionnement des organes. Cette déshydratation se manifeste à travers différents symptômes comme la sensation de soif, les maux de tête et une accélération du rythme cardiaque.
Il affirme que les personnes qui souffrent de maladies chroniques, comme les patients atteints de troubles rénaux ou de diabète, sont particulièrement vulnérables à la chaleur. La peau sèche est aussi un signe fréquent lié à la déshydratation. Pr. Sefiani insiste sur le fait qu’il ne faut pas attendre l’apparition de ces symptômes pour agir.
Pr. Sefiani recommande une réehydratation régulière tout au long de la journée, avec environ 2 litres d’eau ingérés d’une manière progressive à fin de se protéger, "la consommation d’aliments riches en eau, comme la pastèque, le melon, la pêche, le concombre, la tomate ou la laitue est vivement conseillée pour maintenir un bon niveau d’hydratation", poursuit-il.
Face au risque d’intoxications alimentaires durant cette saison estivale à cause des bactéries, il est essentiel de bien laver et sécher ces fruits et légumes avant de les consommer afin d’éviter toute contamination.
Prévenir est mieux que guérir
Dans une déclaration à SNRTnews, le président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs, Bouazza Kherrati affirme que les étés au Maroc connaissaient depuis toujours de fortes chaleurs, mais cette année, elle est particulière, avec une température qui dépasse les 45 degré dans certaines régions.
Le président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs souligne qu’il est nécessaire de prendre certaines précautions face à la chaleur, notamment éviter de sortir de chez soi entre midi et 16 heures, boire beaucoup d’eau, éviter l’exposition directe au soleil, en particulier à la plage, protéger ses yeux en portant des lunettes adaptées, utiliser les zones d’ombre autorisées et porter un chapeau.
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