Société
Ramadan: un mois de dépenses dans un contexte de crise
20/04/2021 - 19:03
Malak Boukhari
Chaque ramadan, les dépenses des ménages marocains augmentent considérablement. Point sur la situation avec Driss Khoudry, professeur des finances publiques à la faculté Hassan II de Casablanca.
"Depuis le ramadan 2020, les foyers marocains peinent à voir le bout du tunnel. Ils ont connu des hauts et des bats et ont vécu beaucoup de difficultés financières", affirme à SNRTnews, Driss Khoudry, professeur des finances publiques à la faculté Hassan II de Casablanca.
Cette année n’a pas été des plus faciles pour les ménages marocains, "seulement 8,3% des foyers ont pu réaliser une épargne cette année contre 33% qui ont eu du mal à arrondir les fins de mois. Beaucoup de personnes relient cela à la crise sanitaire. Certes, il s’agit de l’élément déclencheur et non pas l’élément majeur. Cette situation financière difficile des ménages est principalement due à une mauvaise gestion budgétaire" insiste Driss Khoudry.
L’augmentation des dépenses pendant le mois de ramadan s’explique par deux facteurs : psychologique et social. Pour notre interlocuteur, "en tant qu’être humain, nous ressentons le besoin de nous prémunir contre la faim, le manque et la pénurie, ce qui fait que nous achetons beaucoup et faisons des gabegies. Nous devenons par ce fait des foyers budgétivores" assure-t-il.
En gérant mal leur budget et en se laissant emporter par des dépenses "irrationnelles", "l’épargne saute et les ménages se retrouvent dans une spirale d’endettement qui les met face à des crises financières dont ils paient le prix pendant le semestre qui suit le mois de ramadan. C’est un effet boule de neige car après le ramadan viennent les vacances puis la fête de l’Aïd al-Adha et la rentrée scolaire" ajoute Driss Khoudry.
Pour apprendre à mieux gérer les dépenses pendant le mois de ramadan, il faut, selon Driss Khoudry, "faire la différence entre ce qui se passe dans notre tête, notre cœur et notre poche". "C’est une mauvaise idée que de céder tout le temps à ses envies. Le shopping fait partie de nos habitudes de consommation, mais il faut que le cerveau détecte les anomalies, les dysfonctionnements et les erreurs de gestion et Il faut surtout consommer selon ses moyens" recommande-t-il.
Et de poursuivre : "pendant ce mois, nous avons l’habitude de recevoir nos proches. Ce qu’il ne faut surtout pas perdre de vue est que les invitations sont la cause du malaise de beaucoup de foyers parce qu’elles deviennent un espace de concurrence et de frime". Elles constituent donc une dépense de trop, "trois ou quatre invitations pendant ce mois sacré sont l’équivalent d’un salaire du mois suivant" précise Driss Khoudry.
Il est donc préférable "d’éviter toutes ces dépenses superfétatoires et faire preuve de plus de rationalité et de gestion dans les foyers, parce qu’un foyer qui est géré dans l’excès finit par tomber en faillite".
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