Economie
Relèvement du taux directeur à 2% pour contrer l'inflation: est-ce suffisant?
28/09/2022 - 15:08
Mohammed FizaziLe Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), réuni mardi 27 septembre à Rabat, a décidé de relever le taux directeur de 50 points de base (pbs) à 2%. Et ce, pour prévenir tout désancrage des anticipations d'inflation et assurer les conditions d'un retour rapide à des niveaux en ligne avec l'objectif de stabilité des prix. Cette décision serait-elle suffisante pour contrer l’inflation? Et quel sera son impact sur l’économie?
Lors de sa réunion trimestrielle, le Conseil de BAM a analysé les développements de la conjoncture internationale et relevé qu'elle reste marquée profondément par les séquelles de la pandémie et les implications de la guerre en Ukraine, à travers notamment la persistance du renchérissement des produits énergétiques et alimentaires, ainsi que des perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Pour l’économiste Nabil Adil, la décision de relever les taux directeurs était nécessaire. Mais elle est tardive d’au moins deux trimestres. "En politique économique, le timing de la décision est plus important que la décision elle-même, comme tenu des anticipations ou des réactions des agents économiques qui peuvent annuler la plus brillante des décisions", a-t-il relevé.
Et d’ajouter: "l’inflation s’est bel et bien installée, et nous sommes désormais dans le curatif plutôt que dans le préventif. Avec un taux de 8% en août 2022 et une pente haussière, on est presque dans l’inflation galopante (taux à 2 chiffres)".
D’autre part, renchérit l’économiste, le relèvement de 50 pbs n’est pas "un prix léger à payer". C’est déjà une mesure assez forte. L’augmentation de 75 pbs, comme ça a été discuté lors du conseil d’administration de BAM et heureusement évacué, aurait été catastrophique. Un prix léger à payer aurait été un accroissement progressif de 25 pbs par trimestre, sur les deux derniers trimestres, estime-t-il.
Concernant l’impact d’une telle décision, Nabil Adil estime que pour venir à bout de l’inflation, l’instrument monétaire est certes nécessaire, mais pas suffisant. "Le gouvernement doit mener une politique budgétaire qui aille dans le même sens que la Banque centrale. Il doit réduire autant que faire se peut le déficit budgétaire, en maîtrisant et en rationalisant les dépenses publiques et en collectant plus agressivement les impôts, sans les augmenter (pour ne pas briser la machine économique). Toute politique budgétaire expansive annulera systématiquement les effets des mesures monétaires que prend et prendra Bank-al-Maghrib”, a-t-il indiqué.
Et de conclure: "De même, toute revalorisation des salaires, notamment minimums, alimentera juste la spirale de hausse des prix, au lieu de se traduire par une amélioration du pouvoir d’achat. Ce qui ralentira, jusqu'à due concurrence, la lutte contre l’inflation. Le gouvernement doit comprendre que ses marges de manœuvre en la matière sont fortement limitées et il doit prendre les décisions qu’il faut, même si elles sont douloureuses socialement".
Nabil Adil a également précisé qu'entre prendre une décision monétaire et en voir l’impact, il y a plusieurs phases à franchir. "La vitesse de diffusion dépend de plusieurs paramètres, dont essentiellement l’ajustement par les banques et la réaction (ou anticipation) des agents économiques. Mais globalement, la transmission est plus lente sur les prêts à long terme par rapport
aux prêts à la consommation et aux prêts à moyen terme. De même, elle est fortement influencée par les facteurs macroéconomiques et institutionnels du pays et par la profondeur de son marché des capitaux", considère-t-il.
L’économiste Mohamed Rahj estime, pour sa part, qu’une telle décision était prévisible, étant donné que le taux d’inflation atteint les 8%, que les pays européens pataugent encore dans la crise et que l’année agricole a été catastrophique. "Bien qu’il eût été préférable que le taux directeur reste le même, car sa hausse se fera aux dépens de la reprise économique. Bien que nous soyons en pleine inflation, il faut encourager l’essor économique”, a-t-il confié.
Et d’ajouter: "la hausse du taux d’intérêt fera que le coût des financements des entreprises soit revu à la hausse. Cette décision pourrait être bonne pour contrer l'inflation, mais elle est mauvaise pour l’économie”.
Selon l’économiste, "il faut garder espoir en une meilleure saison agricole cette année, et un dénouement de la guerre russo-ukrainienne, pour que 2023 soit l’année de la relance économique”, a-t-il conclu.
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