Société
Rougeole: les explications du directeur de l’Epidémiologie et de la lutte contre les maladies
30/01/2025 - 21:51
Khaoula Benhaddou"Tous mobilisés pour réussir la riposte contre la rougeole" tel est le thème du webinaire organisé ce jeudi 30 janvier par l’Observatoire National des Droits de l’Enfant (ONDE), présidé par Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem, en partenariat avec le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale et de nombreuses associations de professionnels de la santé (pédiatres.
Cet événement a été une occasion pour Mohamed Elyoubi, directeur de l’Epidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé pour expliquer les raisons de la recrudescence des cas de rougeole et dresser le profil des personnes touchées.
Depuis quelques mois, le virus de la rougeole est fermement installé au Maroc. Il se diffuse et se propage sans frein menaçant la vie des milliers des jeunes et moins jeunes citoyens.
Pour sensibiliser la population des dangers de ce virus, l’ONDE a organisé ce jeudi 30 janvier un webinaire en partenariat avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale.
Cet événement a réuni des experts de renommée nationale pour faire le point sur la situation épidémiologique de la rougeole au Maroc et le protocole vaccinal national, ainsi que le diagnostic de cette maladie et ses aspects cliniques.
L’historique de la rougeole au Maroc
Lors de sa présentation, le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la santé Mohammed Elyoubi a précisé que le Maroc enregistre depuis septembre 2023 une augmentation alarmante des cas de la rougeole.
Dr Elyoubi a rappelé l’historique de la maladie au Maroc; "1987 est l’année où le Maroc a enregistré un pic des cas de rougeole. Ce pic dépasse de peu ce que nous enregistrons depuis septembre 2023" .
Et de poursuivre "la situation épidémiologique connaissait un succès net et considérable depuis la restructuration du Programme National d’Immunisation. Grâce aux nombreuses campagnes de vaccination, le Maroc a réussi à enregistrer une diminution notable des cas. En 2002, il y a eu l’introduction progressive de la 2eme dose en milieu scolaire ce qui a permis de descendre d’un palier le nombre de cas enregistré chaque année. Les campagnes de vaccination organisé en 2013 et 2014 nous ont permis d’atteindre une couverture vaccinale qui dépasse les 95%, ce qui nous a permis d’adhérer à l’initiative mondiale de l’élimination de la rougeole. Je tiens à préciser que depuis 2013, on ne dépassait pas les 4 cas par an et on était prêt à déclarer l’élimination de la maladie".
Réapparition de la rougeole
Le 14 octobre 2023, la tutelle reçoit une notification du Système de surveillance épidémiologique soulignant quelques cas groupés appartenant à la même localité. Ces cas, signalés par le service pédiatrique du CHU d’Agadir représentaient une irruption cutanée et des symptômes similaires à ceux de la rougeole. Ces cas vont être confirmés par deux laboratoires spécialisés du Royaume dont l’Institut Nationale d’Hygiène de Rabat.
"Après confirmation, nous avons enregistré une propagation très rapide de la maladie puisque nous avons atteint 138 cas confirmé en un mois seulement. Certains cas représentaient des signes graves et nous avons enregistré même un décès des suites de la rougeole. Lors des investigations, nous avons constaté que l’apparition des cas remontaient à 3 semaines précédentes, soit mi-septembre, mais les populations n’ont pas consulté ni avisé les autorités" explique Dr Elyoubi.
Quelques jours après, les cas de la rougeole ont augmenté d’une manière tres significative et se sont propagés dans d’autres régions "le virus s’est propagé rapidement parce qu’il a trouvé une réceptive du virus car non vaccinée" poursuit le responsable.
Etat des lieux
Jusqu’à la derniere mise à jour, le nombre de cas de rougeole s’élevait à 25.000 cas, avec 120 décès. "Après la région de Souss Massa, la région de Marrakech-Settat a également connu une augmentation des cas suivi par la région de Tanger Tétouan et la région de Fès Mekns. Les régions de Rabat-Salé et Casablanca Settat sont à moindre degrés" souligne le médecin qui précise que "le virus n’existe pas dans la nature. C’est un virus qui existe dans le corps des personnes malades et qui se transmet à des personnes non malades mais non immunisés".
Qui sont les personnes touchées?
Selon les données présentées par Dr Elyoubi, toutes les tranches d’âge sont concernées par cette flambée des cas et même les bébés âgés de moins de 9 mois qui n’ont pas atteint l’âge de vaccination.
Dans les détails, les personnes âgées entre 18 mois et 11 ans viennent en tête de liste des personnes touchées par la maladie, suivie par les personnes âgées de plus de 9 à 17 mois et par les personnes de plus de 37 ans.
En ce qui concerne les décès, 44 personnes qui ont perdu la vie étaient âgées de moins de 5 ans, 13 décès ont été enregistrés auprès des enfants âgés de 5 à 11 ans, 7 décès chez les personnes âgées entre 12 à 17 ans. 16 décès ont été enregistrés chez les 18-36 ans et 25 chez les plus de 37 ans.
"Le profil de vaccination montre que 67% des personnes décédées n’ont pas été vaccinés suivi par les personnes qui n’ont aucun document de vaccination. Il s’agit de personnes qui ont perdu malheureusement la vie alors que nous avons un vaccin efficace, disponible gratuitement dans les centres de santé et chez les médecins", se lamente Dr Elyoubi.
Pour conclure, Dr Elyoubi a souligné que la recrudescence épidémique est liée à l’accumulation rapide de personnes vulnérables non vaccinés; "Cette recrudescence qui n’a épargné aucune tranche d’âge ni aucune région, aurait pu être évitée mais surtout, elle nous fait craindre d’autres maladies cibles de la vaccination comme la coqueluche ou le tétanos néonatal. Pour cela, j’appelle à une mobilisation générale pour se faire vacciner pour se protéger et protéger les générations futures".
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