Société
Rougeur oculaire: Le changement de saison favorise-t-il les allergies?
23/06/2025 - 11:38
Khawla Znaizini
Dans un contexte de fluctuations météorologiques et de transition climatique entre froid et chaleur, de nombreux citoyens ont constaté ces dernières semaines un accroissement soudain de cas de conjonctivite allergique
Les réseaux sociaux ont relayé des photos montrant des rougeurs et irritations oculaires sévères, accompagnées de commentaires et d'interrogations sur les causes de ces cas soudains touchant diverses catégories de personnes, et sur les explications médicales, d'autant plus que certaines personnes affectées n'avaient jamais souffert d'allergies saisonnières auparavant.
Pour expliquer médicalement le phénomène, Dr Sakina Bouziane, spécialiste en ophtalmologie, a confirmé une augmentation notable du nombre de cas, l'attribuant aux changements climatiques, notamment à la transition du temps froid vers le chaud. Il s'agit d'une variation saisonnière connue pour son impact direct sur les personnes souffrant d'allergies saisonnières.
Dr Bouziane a ajouté, dans une déclaration à SNRTnews, que "le printemps est marqué par la floraison et une augmentation du pollen dans l'air, ce qui entraîne une irritation des membranes oculaires. Avec le début de l'été, ces réactions s'intensifient, particulièrement chez les personnes souffrant d'allergie oculaire ou de problèmes immunitaires préexistants". Elle a souligné que la hausse des températures ces derniers jours a contribué à l'aggravation des symptômes.
La spécialiste explique que l'allergie débute comme une réaction immunitaire à des substances étrangères à l'organisme, appelées "allergènes". Trois vagues successives de diffusion de ces allergènes se produisent au cours de l'année : d'abord les pollens d'arbres, suivis des pollens de graminées, puis des pollens de plantes aromatiques.
Dr Bouziane confirme que l'augmentation des températures, ainsi que le vent, favorisent la dispersion intensive de ces particules dans l'air, augmentant ainsi l'exposition des individus aux allergènes.
Le diagnostic d'une allergie oculaire commence, selon elle, par l'évaluation d'un ensemble de symptômes courants. Les principaux sont : rougeur oculaire, démangeaisons persistantes, sensation de fatigue ou de douleur, difficulté à supporter la lumière et parfois des sécrétions aqueuses ou mucoïdes.
Dr Bouziane précise que "ces symptômes s'aggravent chez les personnes souffrant d'autres problèmes de santé comme l'asthme", estimant que "le traitement de ces sensibilisations est nécessaire car il réduit le risque de développer une conjonctivite allergique ou ses complications".
La spécialiste n'a cependant pas attribué tous les cas à l'allergie saisonnière, expliquant que certaines rougeurs et inflammations oculaires pourraient également être dues à des virus saisonniers circulant dans l'air pendant les périodes de transition entre les saisons.
Elle a également alerté sur l'impact de certaines pratiques cosmétiques comme : l'usage excessif de faux cils pouvant contenir des adhésifs irritants, et le mauvais usage des lentilles de contact, comme le fait de les porter trop longtemps sans les nettoyer ou dans des environnements non stériles.
Selon Dr Bouziane, ces comportements entraînent des inflammations sévères pouvant évoluer vers des complications au niveau de la cornée si elles ne sont pas traitées à temps.
L'automédication, un traitement inapproprié peut conduire à la cécité
Dr Bouziane a également mis en garde contre l'automédication, qu'il s'agisse d'allergies saisonnières ou d'autres pathologies. En effet, les personnes concernées prennent souvent un médicament inapproprié et inefficace, pouvant avoir des effets secondaires.
Elle a déclaré à ce sujet : "Certaines personnes se rendent directement en pharmacie pour obtenir des collyres contenant des corticoïdes sans ordonnance, ce qui peut avoir des conséquences très graves sur la santé". Elle a insisté sur le fait que ce type de médicament peut "réactiver les virus et atteindre dans certains cas des virus latents dans l'œil", pouvant causer des complications sévères allant parfois jusqu'à une cécité partielle ou permanente.
Elle a également mis en garde contre la tendance à recourir de manière anarchique aux antibiotiques ou à des collyres inadaptés, estimant que "la détérioration de l'immunité de l'organisme et l'apparition de bactéries résistantes aux traitements compliquent le diagnostic ultérieur et prolongent la durée du traitement".
Parmi les erreurs comportementales que beaucoup sous-estiment selon la spécialiste, figure le fait de se frotter fortement les yeux en cas de démangeaisons, surtout chez les enfants et les adolescents.
Elle a expliqué que "la cornée de ces personnes est plus sensible, et avec la répétition , elle peut subir des déformations graves comme une cornée déviée ou ce qu'on appelle le kératocône, surtout s'il existe des antécédents familiaux".
Dr Bouziane recommande "d'éviter de frotter directement la cornée, et de se contenter de grattements légers autour de l'œil, c'est-à-dire sur les paupières supérieures et inférieures, en attendant la consultation médicale".
L'ophtalmologue a également fourni une série de conseils pratiques pour aider à éviter ou limiter les complications de la conjonctivite allergique : éviter de se frotter les yeux avec les mains, porter des lunettes de protection dans les environnements poussiéreux ou pollués, ne pas vaporiser de parfums près des yeux ou dans des espaces clos, rincer les yeux avec une solution saline physiologique stérile, éviter de sortir pendant les périodes de vent fort ou de températures élevées, traiter l'allergie dès son apparition et ne pas négliger les symptômes et finalement ne pas utiliser de médicament sans consultation médicale.
Traduit par Youssef Belfaqih
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