Politique
Sahara marocain: que faut-il attendre des discussions du Conseil de sécurité de ce mois d'octobre?
10/10/2022 - 12:30
Mohamed Berrada
La question du Sahara marocain fera l’objet de trois réunions du Conseil de sécurité de l’ONU durant ce mois d’octobre, sous la présidence de Michel Xavier Biang, représentant permanent du Gabon auprès de l’ONU.
Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a programmé trois réunions relatives à la question du Sahara marocain durant ce mois d’octobre. Une première réunion, publique, aura lieu dès aujourd’hui entre les pays contributeurs de troupes à la MINURSO, avant des secondes consultations à huis clos lundi prochain, où le Conseil devrait recevoir un briefing du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Alexander Ivanko et de l’Envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura. Enfin, le 27 octobre sera adoptée la nouvelle résolution sur le Sahara marocain.
Un contexte favorable au Maroc
Les réunions du Conseil de sécurité se tiennent dans un contexte marqué par les succès diplomatiques de grande envergure engrangés par le Royaume. Joint par SNRTNews, Mohamed Badine El Yattioui, professeur des relations internationales à l’Université américaine des Émirats arabes unis à Dubaï, explique que le Maroc accumule de bons résultats si on analyse la question des provinces du Sud par le biais des résolutions onusiennes. Il explique également que le plan d’autonomie proposé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2007 est la seule option crédible, "aucune autre partie, notamment le régime algérien, n’est capable de proposer autre chose". Et d’ajouter: "au sein des Nations-Unies, pour beaucoup de pays, la position marocaine est la seule crédible puisqu’elle se base sur la réalité des faits. Au fil des années, à force de revenir sur la pertinence du plan marocain et devant l’incapacité de l’Algérie à y répondre, les autres pays sont lassés par ce conflit artificiel ".
Autre facteur important selon Mohamed Badine El Yattioui, la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara et les positions récentes des pays influents comme l’Espagne ou l’Allemagne, "qui ont généré une dynamique européenne en faveur du plan d’autonomie marocain".
Que faut-il attendre des discussions de ce mois ?
Pour l’examen de la question du Sahara marocain, le Conseil disposera du rapport annuel du Secrétaire général sur la question nationale. Joint par SNRTNews, Samir Bennis, analyste politique basé à Washington, explique que "le langage adopté dans le nouveau rapport constitue un revers majeur pour le Polisario soutenu par l'Algérie". Soumis au Conseil de sécurité le 3 octobre dernier par Antonio Guterres, le texte précise qu’"aucune solution pour résoudre le différend n’est possible sans la participation de toutes les parties concernées". Notre interlocuteur explique que cette phrase porte un message tacite mais clair adressé à l'Algérie et au polisario. "Depuis le début du processus politique en 2007, les adversaires du Maroc n’ont fourni aucun effort crédible ni fait preuve de bonne foi pour s'engager de manière constructive dans le processus politique".
Samir Bennis relève également une nuance majeure incluse dans la nouvelle version du rapport. "Le premier changement notable dans ce rapport est l'utilisation du terme «parties concernées» par opposition au terme «parties prenantes» qui était le terme habituellement utilisé dans les rapports précédents. L'utilisation du terme «parties prenantes» était sujette à différentes interprétations et a été utilisée par l'Algérie pour se soustraire de sa responsabilité et continuer à affirmer qu'elle n'est qu'un observateur du conflit", explique l’analyste marocain installé à Washington. L'utilisation du nouveau terme est une forte connotation politique dans le sens où l'ONU admet que toutes les parties, y compris l'Algérie et la Mauritanie, sont concernées par le différend et devraient participer pleinement au processus politique, détaille-t-il.
Une analyse qui va dans le sens des propos de Mohamed Badine El Yattioui, qui explique que l’enjeu principal du Maroc durant ce mois d’octobre et d’insister sur le fait que l’Algérie est bel et bien partie prenante au conflit artificielle. "Le principal enjeu pour le Maroc est d’avoir une résolution aussi favorable que celle de l’année dernière, qui avait montré le sérieux de la position marocaine. C’est aussi une résolution qui avait montré que l’Algérie était partie prenante au conflit". Et de développer: "Si l’Algérie continue de nier son rôle, son intransigeance va lasser les différents interlocuteurs, ce qui pourrait conduire la Russie à au moins s’abstenir lors du vote du 27 octobre et faire donc avancer la question dans un sens positif pour le Maroc".
La question du référendum, affaire classée par l’ONU
Pour Mohamed Badine El Yattioui, il est très difficile d’avancer dans les discussions tant que l’Algérie bénéficie toujours du soutien de Moscou. "Le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, continue de parler du référendum comme étant la seule solution acceptable alors qu’on sait très bien que c’est une solution impossible. De plus, je vois très mal la Russie changer de position durant ce mois d’octobre, quand on sait que ce pays est actuellement en train de mener une guerre contre l’Ukraine". Une abstention russe serait donc une bonne nouvelle pour le Maroc, ajoute-t-il.
Pour Samir Bennis également, la solution du référendum d'autodétermination est désormais une affaire classée pour l’ONU. "Le principal indicateur se trouve à la fin du paragraphe 91, où Antonio Guterres cite les résolutions sur lesquelles la solution politique doit s'appuyer, mentionnant notamment celles adoptées depuis 2018". Pourquoi cela est-il important pour le Maroc? "L'élection de Guterres en 2018 et la nomination de Horst Kohler comme son Envoyé personnel ont insufflé un nouveau souffle au processus et recentré la discussion sur la nécessité d'une solution politique mutuellement acceptable", explique Samir Bennis, qui ajoute que "depuis l'adoption de la résolution 2440 en 2018, le Conseil de sécurité a mis davantage l'accent sur la nécessité pour toutes les parties, y compris l'Algérie et la Mauritanie en plus du Maroc et du Polisario, d'être guidées par un esprit de compromis et de réalisme, tout en soulignant la nécessité de "parvenir à une solution politique réaliste, réalisable et durable basée sur le compromis"".
Articles en relations
Politique
Politique
Politique
Politique