Sport
Supporters marocains dans les stades de football: assiste-t-on à une évolution?
10/09/2025 - 10:26
Khawla Znaizini
Avec le coup de sifflet final de chaque match de football, la discussion ne se limite pas au résultat ou à la performance des joueurs et au plan de jeu de l’entraîneur. Elle s’étend également à l’interaction du public et à l’ambiance dans les tribunes.
Cela est apparu clairement lors du match entre le Maroc et le Niger, comptant pour les qualifications à la Coupe du monde 2026, où la victoire ou la défaite n’étaient pas les seuls sujets de discussion. Ce qui a surtout retenu l’attention, c’est l’atmosphère exceptionnelle dans les tribunes du stade Moulay Abdellah à Rabat, dans son nouveau décor lumineux.
La scène était celle fois-ci différente: des familles entières acclamaient les "Lions de l’Atlas", des jeunes filles brandissaient les drapeaux rouges, et des couples ou des amis partageaient des moments de plaisir, se balançant au rythme des chants footballistiques. L’ambiance, qualifiée de sûre et organisée, a transformé l’assistance au match en une véritable expérience de divertissement complète, plus proche d’une "sortie familiale" que d’un simple suivi sportif traditionnel.
Le sociologue et chercheur en sociologie du sport Abderrahim Bourkia considère que cette transformation est naturelle, car elle reflète l’ouverture de la société sur un domaine sportif longtemps considéré comme réservé aux hommes. Il affirme qu’il s’agit d’une évolution vers une culture footballistique collective dépassant la simple implication des jeunes.
Dans une déclaration à SNRTnews, Bourqia explique que "les stades ont longtemps été associés à une image culturelle et mentale masculine, où la présence des femmes était jugée inappropriée. Aujourd’hui, l’arrivée des filles et des femmes a changé la donne : leur présence n’est plus un simple nombre dans les tribunes, mais un élément culturel et comportemental qui contribue à déconstruire les stéréotypes et à créer une culture plus inclusive."
Il ajoute que cette ouverture a permis aux familles de s’impliquer pleinement dans l’expérience footballistique, transformant le stade en un prolongement de l’espace public. "La présence conjointe des hommes et des femmes donne une dimension différente au spectacle, le rapprochant de l’ambiance d’une salle de cinéma ou de théâtre. De plus, la présence des parents rassure les enfants qui souhaitent aller au stade, là où la peur ou la gêne les retenait auparavant", explique-t-il.
Le chercheur note aussi l’émergence de nouveaux comportements, comme l’usage massif du selfie et des stories sur les réseaux sociaux, symbolisant une évolution de la culture des supporters: le stade n’est plus seulement un lieu de célébration collective, mais aussi un espace d’expression de l’identité individuelle et de mise en avant de son capital symbolique.
M. Bourkia souligne que le public marocain n’est plus une simple toile de fond du spectacle footballistique, mais bien un acteur central de la création de l’événement, grâce à sa diversité et à sa capacité à projeter une image positive du Maroc dans les stades du monde entier.
Il appelle également à investir dans le capital humain: "si le stade est aujourd’hui un espace sûr et adapté à tous, c’est parce que nous l’avons rendu tel, grâce à une culture du respect et à l’éducation à la coexistence. Il reflète une société en miniature et nous renvoie notre propre image", a-t-il souligné.
De son côté, le chroniqueur sportif Oussama Berraoui estime que cette évolution marque un tournant majeur dans la relation entre le public marocain et le football. Il explique à SNRTnews que les supporters marocains n’ont jamais hésité à suivre leur sélection aux quatre coins du monde, de Rio de Janeiro à Shanghai, en passant par Johannesburg, portant toujours la même passion.
M. Berraoui insiste sur le rôle du groupe actuel des Lions de l’Atlas, dont les fondations ont été posées il y a plusieurs années, dans le renforcement de cet attachement. "Depuis la Coupe du monde 2018 en Russie, où les Marocains étaient les deuxièmes supporters les plus nombreux après les Russes, jusqu’au Mondial 2022 au Qatar, qui a marqué un tournant historique, les fans ont été un pilier essentiel du parcours des Lions. Plus l’équipe progressait dans le tournoi, plus la ferveur grandissait, jusqu’à créer une union exceptionnelle saluée par le monde entier, notamment par la FIFA, qui a qualifié les supporters marocains de «joueur numéro un», tant leurs chants n’ont cessé d’inspirer les joueurs", a-t-il déclaré.
Le chroniqueur considère que le match Maroc-Niger est un modèle pour l’avenir, combinant performance sportive convaincante, infrastructures modernes et public diversifié et organisé.
Selon lui, cette réussite n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de progrès accumulés en matière d’infrastructures et d’organisation, parfaitement illustrés par le stade Moulay Abdellah dans sa nouvelle configuration: sièges confortables, installations sanitaires haut de gamme, systèmes de vidéosurveillance et billetterie entièrement numérisée facilitant l’entrée et la sortie des spectateurs.
Cette organisation fluide a offert au public un sentiment de confort et de sécurité, ouvrant la voie à de nouvelles générations désireuses de vivre l’expérience des matchs en direct, loin des craintes liées au hooliganisme.
Oussama Berraoui conclut que l’enjeu aujourd’hui est de préserver et renforcer cette image afin que les supporters marocains restent un modèle de discipline et de spectacle civilisé.
Il ajoute enfin que le public marocain, qui a ébloui le monde lors du Mondial 2022, franchit désormais une nouvelle étape dans le Royaume: les nouveaux stades offriront un bond qualitatif pour le football national, où le soutien devient une fête familiale et culturelle, offrant au Maroc une image positive et durable, aussi bien dans le pays qu’à l’international.
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