Economie
Systèmes énergétiques: essayons la décentralisation
31/10/2025 - 15:34
Matar Bensalmia
Au-delà des grands parcs solaires et éoliens qui façonnent son image de pionnier africain de la transition énergétique, le Maroc dispose d’un fort potentiel encore largement inexploité : celui des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés.
C’est du moins ce que révèle un rapport publié par IMAL Initiative for Climate & Development, qui plaide pour une approche plus inclusive et territoriale de la production d’énergie verte.
Fruit d’une analyse approfondie menée à partir des données des douze régions du Royaume, le document met en lumière un potentiel estimé à 66,8 térawattheures (TWh) d’électricité verte pouvant être générée grâce aux toitures photovoltaïques. Cette capacité équivaut à 28,58 gigawatts (GW) installés, soit un niveau qui permettrait d’éviter près de 48 millions de tonnes de CO₂ et de créer environ 43.000 emplois directs et indirects.
Une stratégie nationale à compléter
Le Maroc, rappelle le rapport, a franchi des étapes majeures en matière d’énergies renouvelables, avec des projets emblématiques. Mais la stratégie reste encore fortement centralisée, structurée autour de grandes infrastructures connectées au réseau national.
Or, selon la même source, l’avenir réside aussi dans la diversification des modèles. Il s’agit notamment d’encourager la production locale, de faciliter l’investissement privé à petite échelle et d’adapter le cadre réglementaire pour permettre aux citoyens, collectivités etc de devenir acteurs de la transition.
L’organisation estime que ce marché, encore freiné par des obstacles juridiques et administratifs, pourrait atteindre plus de 30 milliards de dollars d’ici 2035 s’il était pleinement exploité.
Un levier de développement local
Les bénéfices ne seraient pas uniquement environnementaux. Le rapport insiste sur les retombées socio-économiques qu’une telle orientation pourrait générer : création d’emplois dans les territoires, stimulation de l’innovation locale, réduction des inégalités énergétiques et amélioration de la résilience face aux changements climatiques.
Ces systèmes décentralisés, qu’il s’agisse de micro-réseaux, d’installations solaires hors réseau, de solutions hybrides ou encore de pompes à eau alimentées par l’énergie solaire, apparaissent comme des outils efficaces pour soutenir l’agriculture et améliorer la sécurité énergétique dans les zones isolées.
Des réformes encore nécessaires
IMAL souligne toutefois que ce potentiel ne pourra se concrétiser sans un cadre politique et réglementaire adapté. L’accès au réseau reste limité pour les installations en autoconsommation, en raison des contraintes imposées par les opérateurs de distribution. La loi 82.21, censée encadrer l’autoproduction, n’a toujours pas vu ses décrets d’application publiés, entretenant une incertitude juridique qui freine les investisseurs et les initiatives locales.
Le think tank appelle ainsi à une vision intégrée, combinant innovation technologique, accompagnement institutionnel et participation citoyenne, afin de faire des énergies décentralisées un pilier à part entière du mix énergétique marocain.
Une opportunité à saisir
À l’heure où le Maroc réaffirme son ambition climatique et son rôle moteur en Afrique, IMAL invite à repenser la manière de produire, distribuer et consommer l’énergie. La création d’un fonds national dédié aux systèmes énergétiques décentralisés, l’accompagnement des opérateurs de réseau et la mise en place de réseaux intelligents figurent parmi ses principales recommandations.
Les systèmes décentralisés, conclut l’organisation, offrent une voie complémentaire, capable de rapprocher la transition énergétique des territoires et des citoyens, et d’ancrer durablement le développement du pays dans une logique de souveraineté et de résilience énergétique.
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