Economie
Transition énergétique: quels sont les principaux défis?
13/03/2025 - 21:42
Ouiam Faraj | Mohammed Fizazi
Le développement des énergies renouvelables au Maroc est freiné par des obstacles réglementaires, administratifs et technologiques. Un rapport publié par l'Initiative "Imal" pour le climat et le développement souligne la nécessité d'une réforme pour accélérer la transition énergétique.
Le rapport, intitulé "La transition énergétique au Maroc à la lumière des orientations stratégiques du nouveau modèle de développement", a mis en évidence un ensemble de défis qui entravent encore le déploiement optimal des énergies renouvelables. Le rapport souligne que ces défis nécessitent une approche commune et des ajustements stratégiques pour assurer une mise en œuvre plus fluide et efficace de la transition énergétique.
Production décentralisée d'énergie
Le rapport, publié ce jeudi 13 mars 2024, indique que le Maroc accuse encore un retard dans le développement de la production décentralisée d'énergie. Bien que la loi 82.21, qui soutient la production décentralisée d'énergie, ait été adoptée, les textes d'application restent en retard, ce qui freine l'expansion de l'utilisation de l'énergie décentralisée.
Le rapport note également que les nouvelles régulations exigent l'obtention de permis supplémentaires ainsi que l'installation de compteurs intelligents, ce qui représente un fardeau financier pour les auto-producteurs.
Il souligne que, malgré les importantes ressources solaires dont dispose le Maroc dans toutes ses régions, "la production décentralisée d'énergie ne bénéficie pas de l'attention nécessaire et ne constitue pas une part importante des stratégies nationales". L'accent reste mis sur les grands projets centralisés, ce qui empêche une exploitation optimale des ressources locales disponibles.
Amélioration de l'efficacité énergétique
Le rapport de l'initiative constate que le Maroc accuse également un retard dans l'adoption des solutions de réseaux intelligents, alors que certaines initiatives, comme les projets de compteurs intelligents mis en œuvre par l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), en sont encore à leurs débuts.
En ce qui concerne l'efficacité énergétique, le rapport met en avant que, malgré les efforts visant à améliorer l'efficacité énergétique, le Maroc souffre toujours de l'absence de mécanismes clairs de suivi et d'évaluation, ainsi que d'un système efficace pour mesurer et surveiller les progrès dans ce domaine. Cela affecte la réalisation de la transition énergétique souhaitée.
D'autre part, le rapport de l'initiative, qui soutient l'action climatique et le développement durable au Maroc et en Afrique, indique que le Maroc dépend encore largement du charbon pour la production d'électricité. Bien qu'une transition vers les énergies renouvelables soit prévue d'ici 2030, les centrales au charbon resteront une partie du paysage énergétique national pour une période plus longue.
L'initiative a donc appelé à réfléchir à la manière de gérer ces centrales à l'avenir, afin de répondre aux objectifs économiques, environnementaux et sociaux du Royaume.
Développement des interconnexions électriques
Pour surmonter les obstacles qui entravent encore l'accélération de la transition énergétique au Maroc, l'initiative a insisté sur la nécessité de réorganiser le secteur de l'énergie pour intégrer de nouveaux producteurs, soutenir la production décentralisée, développer les infrastructures associées et améliorer l'efficacité énergétique. Cela contribuerait à accroître l'autonomie énergétique et à réduire la dépendance aux sources traditionnelles.
Elle a également souligné l'importance de séparer les activités commerciales des services publics tels que le transport et la distribution, afin de garantir une plus grande transparence des prix, tout en modernisant la méthodologie de calcul des tarifs électriques.
L'initiative estime qu'il est désormais nécessaire de restructurer l'ONEE en séparant les activités liées à l'électricité de celles liées à l'eau, et de revoir les contrats à long terme avec les centrales au charbon.
Elle a également insisté sur l'importance de développer une production décentralisée d'énergie, comme les panneaux solaires sur les toits, pour renforcer l'autonomie énergétique, ainsi que d'augmenter l'accès au gaz naturel en mettant en place un cadre réglementaire facilitant son utilisation dans l'industrie et d'autres secteurs.
Le rapport conclut qu'il est essentiel de renforcer la position du Maroc en tant que hub régional pour l'énergie verte, en développant les interconnexions électriques avec l'Europe et l'Afrique de l'Ouest pour faciliter l'échange d'énergies renouvelables. Ces propositions visent principalement à accélérer la transition vers une économie verte, à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à améliorer la compétitivité de l'économie marocaine à l'international.
Réforme du secteur de l'électricité
Par ailleurs, le rapport de l'initiative a insisté sur la nécessité d'une réforme urgente du secteur de l'électricité, soulignant que certains retards dans les autorisations et le manque de transparence constituent des obstacles au développement du secteur de l'hydrogène.
L'initiative estime qu'il est désormais essentiel de créer un environnement favorable au développement des technologies d'énergies renouvelables, en se concentrant sur la facilitation des investissements pour les projets de développement des ressources renouvelables, tout en réduisant l'intervention directe du gouvernement et en ouvrant la voie aux investissements privés.
Elle considère que l'harmonisation des lois nationales et européennes pourrait renforcer les échanges d'électricité entre le Maroc et l'Europe, consolidant ainsi le rôle du Maroc en tant que hub régional pour l'énergie.
Le rapport a également évoqué la possibilité d'étudier les opportunités d'interconnexion électrique avec la Mauritanie et les îles Canaries, estimant que ces liens contribueraient au développement des régions du sud du Royaume et renforceraient la coopération régionale dans le domaine de l'énergie.
"Offre Maroc" pour l'hydrogène vert
Dans le même contexte, le rapport a insisté sur la nécessité d'accélérer la mise en œuvre de l'"Offre Maroc" pour l'hydrogène vert. Le Maroc doit intensifier ses efforts pour développer la production d'hydrogène vert afin de répondre à la demande européenne et renforcer sa position en tant que leader dans le domaine de l'énergie propre. Il est également essentiel d'encourager la recherche et le développement locaux, qui pourraient fournir des solutions innovantes adaptées aux conditions locales, et de soutenir l'amélioration de l'efficacité énergétique dans divers secteurs.
Il est à noter que l'évaluation réalisée par l'initiative Imal pour le climat et le développement intervient trois ans après les recommandations du nouveau modèle de développement concernant le secteur de l'énergie au Maroc, qui visaient à faire du pays un leader régional en matière d'énergie verte et à faible émission de carbone d'ici 2035.
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