Société
Travail hybride, un effet post-pandémie qui s'inscrit dans la durée
27/11/2021 - 09:30
MAP
C’est l’une des formules en vogue au Royaume-Uni post-pandémie. Plutôt qu’un mode de travail imposé par trois confinements consécutifs, le travail hybride s’est bien installé dans les nouvelles habitudes professionnelles, au point qu’il s’inscrit désormais dans la durée.
En traversant London Bridge jeudi l’on se retrouve face à une foule impressionnante de piétons -café et smartphones en main- marchant d'un pas décidé vers leurs bureaux de la City. Cette scène autrefois banale, ne manque pas de faire sensation depuis que la pandémie du Covid-19 a frappé le monde. Mais en revenant au même endroit un jour plus tard, c’est un paysage complétement différent qui s’offre aux passants, avec un flux de piétons réduit presque de moitié. Ce phénomène s’explique par une tendance qui prend de plus en plus d’ampleur chez les employeurs du Royaume-Uni : le travail hybride.
Si le nombre de salariés qui retournent au bureau est en hausse, beaucoup ont adopté une nouvelle semaine de travail en se déplaçant à leurs bureaux les mardis, mercredis et jeudis, tout en restant à leurs domiciles les lundis et vendredis. C'est ce que confirment les nouvelles données de l'opérateur téléphonique mobile Virgin Media O2, qui montrent que si 215.000 trajets ont été effectués à Londres jeudi dernier, seuls 130.000 l’ont été le vendredi. Des tendances similaires ont été observées depuis que les salariés ont commencé à regagner en septembre leurs postes de travail en présentiel, bien que de nombreux bureaux ne soient encore qu'à la moitié de leur capacité par rapport à l’avant pandémie.
Archie, web designer de 32 ans, explique que depuis la réussite de l’expérience du télétravail durant les confinements, ‘’nous pouvons choisir de travailler de manière flexible’’. ‘’Il y a beaucoup de réunions sur zoom à gérer en conséquence, mais ça reste meilleur que les tracas du transport au quotidien’’, a-t-il ajouté.
Dans une enquête récente de l'Office britannique des statistiques (ONS), il ressort que seule la moitié des entreprises ont déclaré avoir repris leur travail depuis les bureaux, tandis qu'une entreprise sur onze ne prévoit plus d'y retourner. Une donne qui ne manque pas d’affecter les commerces du centre-ville qui réalisent désormais l'essentiel de leur chiffre d’affaires en milieu de semaine. Selon Virgin Media O2, cette tendance est particulièrement évidente à Soho, quartier branché du centre de Londres, où l'affluence atteint désormais régulièrement des sommets le jeudi.
‘’Jeudi est le nouveau vendredi’’, voilà ce qu’affirment les marchands du quartier qui pâtissent de l’absence de l’achalandage habituel lundi et vendredi. La courbe des revenus se présente désormais en cloche, culminant les mercredis et jeudis pour diminuer ensuite.
Mais c’est pour les employeurs, qui s'inquiètent déjà du "gaspillage" d'espace de bureau, que ce nouveau mode de travail ne semble pas offrir toutes les garanties du travail en présentiel. Car, quand bien même les salariés continuent de pointer à distance, certaines entreprises se demandent si le personnel ne se défile pas pendant les heures de travail. Et ce n’est pas de la paranoïa. Une étude de l'université de Cambridge a montré que les personnes qui travaillaient à domicile pendant la période de confinement consacraient en moyenne une demi-heure par jour de moins à leur travail que lorsqu'elles étaient basées au bureau avant la pandémie.
C’est ce qui a donné naissance à un marché en pleine expansion pour les logiciels dits "tattleware", qui permettent de suivre l'activité du personnel par le biais de courriers électroniques, de la surveillance des écrans, de l'enregistrement des frappes au clavier et de l'activité de la souris. Et ce n’est que la plus douce des méthodes utilisées, puisque le syndicat ‘’Prospect’’ a fait savoir qu'un salarié à distance sur dix déclare aujourd'hui être surveillé par une caméra à son domicile par son employeur.
Mais l’étude de Cambridge a également souligné que quand bien même les télé-travailleurs consacraient moins de temps aux activités liées à leur emploi au profit des tâches ménagères, beaucoup d'entre eux travaillaient tôt le matin et tard le soir.
Et c’est assez pour dissiper les inquiétudes d’Atom Bank, qui est devenue la première institution financière britannique à passer à la semaine de quatre jours, marquant ainsi le signe le plus clair d'un changement permanent des habitudes de travail après la pandémie.
La banque en ligne, basée à Durham avec 430 employés, a introduit cette politique après qu'une majorité de son personnel a soutenu cette initiative. Ainsi les heures de travail ont été réduites de 37,5 à 34 heures par semaine, sans impact sur les salaires, a précisé l’entreprise dans un communiqué rendu public mercredi. Son directeur général, Mark Mullen, a indiqué que ‘’le passage au travail à domicile a prouvé que des pratiques de travail qui auraient pu sembler difficile à mettre en place peuvent être introduites rapidement’’.
‘’Nous sommes fiers d'être l'une des premières entreprises à introduire une semaine de quatre jours pour tous nos employés, et nous espérons que beaucoup d'autres suivront’’, a-t-il ajouté, estimant que ‘’le temps est venu pour la prochaine évolution dans le monde du travail’’, qui donnera le temps aux employés de ‘’poursuivre leurs passions, passer du temps avec leur famille et construire un équilibre plus sain entre travail et vie privée’’.
Une décision qui anticipe peut-être un virage que l’ensemble du Royaume-Uni devra prendre à terme, puisqu’une enquête auprès de 4.500 jeunes britanniques a révélé que plus de la moitié ne ‘’pense pas avoir besoin d’être dans un bureau à plein temps pour apprendre leur métier’’, se disant ‘’bien équipée’’ pour travailler à distance. Alors que le tiers des sondés parmi les 18-34 ans a affirmé avoir changé d'emploi durant la pandémie au profit d'une option offrant davantage de souplesse.
Cette étude démontre clairement qu'une culture de travail flexible est désormais un élément clé pour la plupart des jeunes travailleurs dans le choix de leur emploi, une piste à creuser pour le secteur privé du Royaume-Uni qui pâtit d'une pénurie de main d’œuvre exacerbée par le retour en force de l’emploi public depuis la pandémie du coronavirus.
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