Société
Un survivant de l'enfer du Myanmar raconte son histoire à SNRTnews
25/05/2024 - 23:41
Youness Oubaali | Hamza BAMMOUDes billets d'avion gratuits, des chambres d'hôtel réservées, des chauffeurs et des voitures pour parcourir de longues distances… tout cela a été le début d'un nouveau chapitre dans une histoire de manipulation, de menace et de séquestration.
Les détails de ce qui est arrivé à ce jeune homme se croisent avec ceux de l'histoire d'une jeune Marocaine qui a également échappé à cette souffrance. Ils ont été entraînés, avec d'autres Marocains, jusqu'aux frontières de Myanmar et de la Thaïlande, dans une coordination si fluide et organisée qu'elle a complètement écarté tout doute de leurs esprits tout au long de ce voyage épuisant.
Yassine (22 ans) travaillait à Dubaï aux Émirats Arabes Unis dans le domaine du graphisme depuis un an, puis il a voyagé en Thaïlande après que son ami l'ait convaincu qu'il trouverait une meilleure opportunité de travail, où ils travailleraient ensemble. Un salaire pouvant atteindre 1000 dollars avec une entreprise fournissant nourriture, logement et divertissement gratuits, tant qu'il parlait anglais et maîtrisait les bases du design et du graphisme, pour travailler dans ce qu'il ignorait.
Le piège de la séduction
Passer un entretien d'embauche n'était pas difficile malgré la distance. Après que Yassine ait informé son ami de son intérêt pour l'offre qui lui avait été présentée, celui-ci lui a fixé un rendez-vous avec les responsables de cette entreprise, et à travers la technologie de la vidéoconférence Zoom, il leur a présenté ses qualifications linguistiques et son expertise en informatique. Ensuite les recruteurs l’ont ajouté dans un groupe WhatsApp pour coordonner et faciliter sa transition.
Ils ont demandé à Yassine une copie de son passeport, puis lui ont rapidement fourni un billet d'avion pour la Malaisie. "J'étais content de cela, pensant que tout se passait bien, surtout parce que je faisais confiance à mon ami, et tout au long du voyage j'étais en contact avec lui, il était désireux de me montrer de l'intérêt", dit Yassine.
Yassine raconte qu'il était arrivé en Malaisie et avait descendu dans une chambre d'hôtel réservée pour lui près du consulat de Thaïlande, et après avoir passé une nuit de repos, il se dirigea vers le consulat pour fournir les documents nécessaires pour obtenir le visa. Le processus était fluide car le rendez-vous était prévu et son dossier de documents était prêt.
Le jour suivant, le jeune homme a finalement reçu son visa pour la Thaïlande, et dans l'après-midi du même jour, il devait prendre un vol vers ce pays, ayant déjà son billet en main. Une fois descendu de l'avion, il fut contacté par une personne qui lui demanda de se prendre en photo avec son téléphone et de lui envoyer, afin de la diffuser à tous ceux qui l'attendaient pour l'emmener vers l'enfer. Peu de temps après, cette personne le dirigea vers un endroit où un policier l'attendait à l'intérieur de l'aéroport.
La mission de ce policier était de faciliter l'accès de Yassine à une porte réservée aux invités VIP. Après être passé par cette porte, il vit une jeune fille chinoise, elle lui demanda de patienter un moment en attendant qu'un chauffeur vienne le chercher pour le conduire ailleurs.
Yassine poursuit son récit en disant : "Lorsque cette fille m'a accueilli, elle a appelé quelqu'un d'autre par téléphone, comme si elle lui disait 'la victime t'attend', et après un moment, le chauffeur est venu me chercher pour me conduire ailleurs". "Mon Dieu, est-ce que le chemin est si long?" se demanda-t-il.
Lorsque le chauffeur l'a finalement amené à la zone frontalière entre le Myanmar et la Thaïlande, sans qu'il le sache, au milieu de forêts denses, il lui a demandé de descendre rapidement de la voiture! Il n'avait d'autre choix que d'obéir, emportant avec lui son sac et se jetant hors de la voiture, pour se retrouver aux mains d'hommes armés alors que le chauffeur quittait les lieux. Sa mission était terminée.
Enfin, le jeune homme a réalisé qu'il était la victime d'un crime, ignorant comment cela se terminerait. Les choses se sont embrouillées pour lui, comme il le dit, car il devait obéir aux ordres sous la menace des armes.
Il raconte dans son histoire que les hommes armés l'ont emmené et lui ont demandé de monter à bord d'un petit bateau, et après avoir traversé une rivière, ils sont montés à nouveau dans une voiture, poursuivis par d'autres hommes armés à bord d'une autre voiture.
Il dit qu'une fois qu'ils ont atteint la rive opposée et qu'ils sont entrés à l'intérieur de hautes murailles hérissées de barbelés, surveillées par des hommes armés, il s'est retrouvé face à des complexes résidentiels, avec des terrains de sport, des restaurants, des bars, des bureaux et des salles de bains, ce qui l'a encore plus confus. Ils lui ont pris son téléphone et lui ont choisi une chambre pour qu'il puisse s'y installer avec des étrangers.
La première chose qu'il a faite, dit-il, a été de parler à son ami qui l'avait convaincu de se rendre en Thaïlande. Par chance, il avait un autre téléphone dans son sac, et malgré les sentiments de peur et de panique qu'il ressentait, son ami l'encourageait à être patient, affirmant qu'il ne lui arriverait aucun mal et que ce qui lui avait été promis se réaliserait.
"J'ai découvert que mon ami en qui j'avais confiance n'était pas présent comme il me l'avait promis." "Après quelques jours, j'ai rencontré un Marocain qui était aussi arrivé à cause de mon ami, ce qui signifie qu'il nous avait trahis, surtout qu'il avait également fait entrer d'autres Marocains de la même manière dans d'autres rassemblements pour ces entreprises", conclut Yassine.
Comment se déroule le travail ?
La jeune femme qui fut la première à s'échapper de ce lieu où se trouvait également Yassine accomplissait une tâche appelée "le modèle", qui consiste à mener des conversations avec les "clients" via vidéo, tandis que Yassine travaillait comme "typer", la première étape avant les tâches du "modèle".
Yassine explique que sa tâche est basée sur l'application pratique d'un "script" et d'un scénario élaboré lorsqu'il parle à des "clients présumés" via WhatsApp, TikTok et Telegram, devant tisser une relation virtuelle plus proche de la réalité avec le "client/victime", qui doit évoluer jour après jour.
Il explique que cette entreprise pour laquelle il travaillait se concentre sur la création de comptes virtuels pour des personnes riches qui apparaissent totalement réelles ; elles prennent des photos, conduisent des voitures, prennent des bains... mais elles sont virtuelles, générées par l'intelligence artificielle, augmentant ainsi les chances que les gens tombent dans le piège de ces comptes, les incitant ainsi à transférer leur argent.
Les employés de ces entreprises ont pour mission de convaincre les victimes d'utiliser des applications pour réaliser des profits rapides, afin qu'elles deviennent comme ces riches avec lesquels elles parlent, qui ne sont rien d'autre que des personnes fictives.
Yassine affirme qu'il était obligé de procéder ainsi, car ses supérieurs le surveillaient et le punissaient s'il refusait ou échouait à attirer des clients, et il devait donc être patient jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de sortir.
Dans son récit, il confirme qu'il a contacté des influenceurs connus pour leur expliquer ce qui lui était arrivé, mais ils ont ignoré ses appels, tandis que son ami qui l'a conduit dans cet enfer lui a demandé de convaincre d'autres Marocains de se rendre au même endroit, en échange de quoi, ils le laisseraient partir, mais il a refusé, comme en témoignent ses conversations avec eux lorsqu'il était détenu.
Yassine évitait de dire à ses parents ce qui lui arrivait pour ne pas les effrayer, dit-il, cependant quant il a dépassé les 20 jours, il leurs a avoué ce qui lui arrivait et il a regretté par la suite de les avoir plongés dans une crise mentale.
Cette chambre noire, dont la jeune survivante a parlé dans sa confession à SNRTnews, était également vue par Yassine après avoir refusé de continuer son travail et après avoir été témoin de moments de torture, selon lui, soumis à des mouvements punitifs en plein cœur de la place principale de ce rassemblement, à la vue et à l'ouïe de tous. Il a confirmé que ceux qui supervisaient son travail étaient à leur tour exposés à la torture et à la discipline s'ils ne réalisaient pas des gains financiers chaque semaine.
La recherche de l'évasion
Yassine raconte dans son récit qu'il a tenté de collecter les passeports des Marocains avec lui, mais son plan a été découvert et ils ont su ce qu'il projetait de faire, il a donc abandonné son initiative par peur d'une punition plus sévère.
Selon son récit, ce qui lui a été utile était ce téléphone qu'il conservait loin des regards de ses ravisseurs, il a donc contacté l'ambassade marocaine en Thaïlande et une association locale créée pour aider les immigrants illégaux et les victimes de la rébellion militaire dans cette région frontalière.
À son arrivée à la zone de sécurité, l'association lui a annoncé qu'il devait payer une rançon pour être sorti de là, comme cela avait été fait pour la jeune survivante à laquelle des hommes armés avaient été envoyés pour la sortir en coordination avec l'association.
Quelques jours plus tard, Yassine a été invité à payer 8000 dollars pour être libéré et transféré par des hommes armés dans la région de Mae Sot, à environ deux kilomètres de ce rassemblement.
À son arrivée à Mae Sot, il s'est dirigé vers un petit café et a appelé les membres de l'association pour leur indiquer son emplacement, et lorsqu'ils sont arrivés, ils l'ont conduit à un hôtel où il a passé trois jours en Thaïlande, suivant les conseils qu'ils lui avaient donnés, il a informé les autorités de son violation des lois sur les visas pour être rapatrié au Maroc.
Pour sa part, Yassine ne cache pas qu'il a été victime de ces rêves que les influenceurs ont créés sur "le paradis de la Thaïlande", et qu'il a été trompé en pensant qu'il ferait fortune s'il s'y rendait. C'est pourquoi il adresse deux messages à tous ceux qui recherchent un enrichissement rapide de cesser de le faire et "ne vous laissez pas berner par ces rêves que d'autres personnes vous créent".
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