Art & Culture
Alain Delon et la fascination du Milieu
18/08/2024 - 13:31
AFP
Si le métier d'acteur a été, pour Alain Delon, un "coup de pot" qui lui a évité de devenir "voyou" ou "maquereau", il ne l'a pas empêché d'avoir beaucoup d'amis truands et aussi, d'ailleurs, policiers.
Parmi les liaisons dangereuses et assumées de cet amateur d'armes de collection et de chevaux de course, de boxe et de casino, figuraient François Marcantoni, ami de jeunesse bien connu de la justice, "Mémé" Guérini, un des caïds de la pègre marseillaise ou François Besse, le lieutenant de Jacques Mesrine, l'ancien "ennemi public n°1"...
En 2017, il est entendu par un juge, en marge d'une affaire de grand banditisme: des véhicules immatriculés à son nom avaient été trouvés dans la propriété d'un roi de la pègre parisienne, Marc Hornec.
"J'ai eu beaucoup de rapports avec le grand banditisme, je l'ai même touché du doigt", confessait-il en 2021 dans l'hebdomadaire Paris Match. "Mais j'ai toujours préféré les policiers, ceux qui nous défendent".
Interrogé en 1996 sur la visite qu'il venait de rendre en prison à l'ancien truand François Besse, il avait simplement répondu: "Ca fait partie de mes pulsions personnelles. Je n'ai pas envie d'en parler".
"Il est fasciné par le milieu des gangsters, c'est une attirance qui remonte à sa petite enfance, quand il jouait dans la cour de la prison de Fresnes (maison d'arrêt de banlieue parisienne où son beau-père était surveillant, ndlr) avec les enfants des gardiens, entre flics et voyous", disait en 2015 à l'AFP son biographe Bernard Violet.
A 14 ans, en 1949, le père d'un copain l'enrôle dans un film d'amateur en 8 mm. Il y joue, déjà, un jeune malfrat qui se fait flinguer, comme cela va lui arriver si souvent dans ses futurs long-métrages.
Alain Delon, dont la vie a parfois ressemblé à un polar, tient des dizaines de fois un rôle de voyou ou de flic. Comme dans le chef d'oeuvre de Jean-Pierre Melville "Le Samouraï" (qui deviendra son surnom), où il joue un gangster traqué. Comme dans "Flic story", de Jacques Deray, où il interprète Roger Borniche, célèbre policier.
"Le cinéma et son ambition démesurée de reconnaissance lui ont probablement permis de ne jamais tomber du mauvais côté", disait Bernard Violet, à la sortie de son livre "Les Mystères Delon" (2000) que n'a d'ailleurs pas apprécié la star. "J'ai compté pas moins de 19 cadavres dans son entourage ou ses relations amicales!", ajoutait le biographe.
L'image parfois sulfureuse de Delon avait également été alimentée par l'affaire Markovic, scandale politico-mondain qui fit trembler le pouvoir en France à la fin des années 60 en France.
"Ses relations avec le Milieu et l'affaire Markovic ainsi que sa propension à s'enfermer peu à peu dans des rôles de flic ou de voyou (...) suscitent la controverse", détaille Vincent Quivy dans "Alain Delon, ange et voyou" (2017).
Trafiquant notoire, Stefan Markovic était arrivé clandestinement en France en 1958. Il rencontre Delon en 1964 sur le tournage du film "Les Félins" où il est figurant. Flambeur, fréquentant le Paris de la nuit, il devient garde du corps de l'acteur, a une liaison avec l'épouse de l'acteur Nathalie Delon (alors au bord du divorce). En 1968, son cadavre ligoté est découvert dans une décharge des Yvelines.
François Marcantoni, décédé en 2010, est inculpé en 1969 pour le meurtre. Il passe un an en prison avant de bénéficier d'un non-lieu. Et aucun élément tangible n'a jamais permis d'avancer la moindre responsabilité d'Alain Delon dans l'assassinat.
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