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Avec "Teammates", Ubisoft veut faire de l'IA un meilleur partenaire de jeu
22/11/2025 - 17:25
AFP
"Pablo, Sofia, attaquez cet ennemi !": casque audio vissé sur la tête et manette en main, le joueur progresse au sein d'une base futuriste remplie de robots armés tout en discutant avec ses deux coéquipiers. Mais Pablo et Sofia ne sont pas des humains, ce sont des IA génératives.
Dans une grande salle où s'alignent des écrans, l'équipe de recherche et développement du géant des jeux vidéo Ubisoft, basée à Montreuil, en région parisienne, a dévoilé jeudi à une vingtaine de journalistes son dernier projet, baptisé "Teammates".
Depuis fin 2022, elle travaille à l'intégration des avancées de l'intelligence artificielle (IA) générative dans des univers virtuels.
Après un premier projet présenté l'an dernier, "Neo NPC", qui montrait les interactions entre un joueur et un personnage en 3D animé par une IA générative, "nous travaillons maintenant sur une expérience qui redéfinit la façon d'interagir avec vos coéquipiers, en dirigeant des personnages non-joueurs intelligents et proactifs", explique Xavier Manzanares, à la tête du projet.
Celui-ci regroupe une équipe de plus de 80 personnes réunissant développeurs et scénaristes de jeux, mais aussi des experts en IA.
Créer un lien
Il ne s'agit pas de créer un jeu à part entière, mais une technologie qu'"on veut livrer au plus grand nombre des équipes en interne", assure-t-il. Et peut-être la voir un jour animer les figures historiques de "Assassin's Creed" ou les soldats de "Rainbow Six".
"Teammates" repose sur le modèle de langage Gemini 3 de Google.
Dans cette première ébauche, le joueur peut ainsi demander (en anglais uniquement) à ses deux coéquipiers, incarnés par des robots humanoïdes, d'activer des interrupteurs ou de tirer sur des ennemis. Mais il peut aussi discuter avec eux, leur demander des conseils stratégiques ou encore s'intéresser à leur passé.
Il peut également papoter à tout moment avec un assistant IA, Jaspar, non dénué d'humour.
Pour donner vie à ces avatars, "nous créons une fiche de personnage dans laquelle nous définissons sa personnalité, ses goûts ou son style de langage, et l'IA doit la respecter", détaille Anaïs Desfachelles, conceptrice narrative chez Ubisoft.
"Ainsi, même lorsque le personnage improvise, il reste authentique", poursuit-elle. "Ce que nous voulons, c'est que le joueur établisse un lien. Plus vous apprendrez à les connaître et plus ils s'ouvriront à vous".
Pour Rémi Labory, directeur IA et data sur le projet, le but de ces recherches est de "rajouter un niveau de profondeur" encore inédit, et créer "des personnages avec qui on a une relation particulière, parce qu'on a vécu ensemble certaines expériences".
Révolution technologique
Avec le développement rapide de l'IA générative ces dernières années, de nombreux studios de jeux vidéo ont commencé à intégrer ces outils au sein de leur processus de création, promettant notamment des jeux vidéo plus ambitieux et moins chers à produire.
"C'est un tournant aussi important pour l'industrie que le passage à la 3D", a souligné vendredi Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft, en marge de la présentation des résultats semestriels du groupe.
Pour autant, l'IA générative fait face à une levée de boucliers d'une partie des joueurs mais aussi des créateurs, qui craignent une standardisation du contenu et la disparition d'emplois créatifs.
Ubisoft, qui réduit ses effectifs partout dans le monde face à la crise de croissance du secteur, en a d'ailleurs fait les frais mi-novembre lorsque des joueurs ont identifié une illustration générée par IA dans son jeu de gestion "Anno 117: Pax Romana".
L'éditeur s'est défendu en expliquant qu'il s'agissait d'un brouillon qui n'était pas censé apparaître dans le jeu final et l'a depuis remplacé.
Virgine Mosser, directrice de la narration sur "Teammates", était "mitigée" avant de rejoindre l'équipe. "Je me suis dit que l'IA allait me remplacer", se souvient-elle.
Des doutes balayés depuis, assure-t-elle à l'AFP, puisque "pour qu'il y ait de l'âme, il faut des humains derrière" et "il était hors de question de mettre sur le carreau ceux qui apportent l'humanité et tout l'intérêt à l'expérience".
Face au chamboulement de l'IA générative, "il y a des mouvances, c'est compliqué", reconnaît Xavier Manzanares. Avec ce projet, il espère "montrer l'exemple" d'une collaboration réussie entre créatifs et IA.
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