Economie
Aviculture: la mise à niveau des "Riachates", ça urge !
15/03/2022 - 09:30
Imane Benichou
Aux tueries traditionnelles, connues sous le nom de Riachates, l’abattage s’effectue dans des conditions qui ne répondent pas aux normes minimales d’hygiène et en dehors du contrôle sanitaire vétérinaire, fait savoir la Cour des comptes dans son rapport annuel. La mission d’évaluation de la filière avicole, effectuée par la Cour, a permis de relever des observations et d’émettre des recommandations pour le secteur avicole en général.
Dans son rapport annuel sur les activités de la Cour et des Cours régionales des comptes au titre des années 2019 et 2020, rendu public lundi 14 mars, la Cour des comptes estime qu’il est urgent de procéder à la mise à niveau de l’abattage traditionnel (Riachates) et/ou à sa reconversion pour se conformer aux normes sanitaires prévues par la réglementation en vigueur.
En comparaison avec l’amont de la filière avicole, qui a connu "des avancées notables en matière de mise à niveau des unités avicoles", conformément à la loi n°49-99 relative à la protection sanitaire des élevages avicoles, au contrôle de la production et la commercialisation des produits avicoles, l’aval de la filière, soit l’abattage et la valorisation des produits ainsi que leur commercialisation, "accuse toujours un retard dans son développement", rapporte la même source.
"Le marché du vif constitue un obstacle à l’intégration de tous les maillons de la chaine de valeur avicole", souligne-t-on. En effet, près de 92% des viandes de volailles est commercialisé à l’état vif via les tueries traditionnelles, les Riachates, "où l’abattage s’effectue dans des conditions qui ne répondent pas aux normes minimales d’hygiène et en dehors du contrôle sanitaire vétérinaire", note le rapport.
"Le secteur d’abattage et de préparation des viandes de volaille demeure, en effet, le maillon le moins développé de la filière", précise le document, affirmant qu’en dépit des mesures menées, à savoir l’élaboration du schéma directeur national des abattoirs industriels avicoles et l’entrée en vigueur de la loi n°49.99 susmentionnée, et de la loi n°28.07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, "ces efforts n'ont pas encore eu l'impact escompté".
L’interdiction du commerce simultané, dans un même local, des volailles vivantes et des viandes de volailles, en vertu de l’article 17 de la loi n°49.99 précitée, n’a pas déclenché de "dynamique de mise à niveau" des Riachates pour se conformer à la loi, a souligné la Cour des comptes, expliquant ensuite que cette situation est due à "l’absence de dispositions relatives à l’application de sanctions en cas de contravention et à l’insuffisance de sensibilisation des consommateurs".
Organisation de la filière avicole
La Cour des comptes a constaté deux "phénomènes" "importants" concernant l’organisation de la filière avicole, à savoir : "une forte présence des intermédiaires dans le secteur" et "l’exercice de l’activité avicole de façon informelle par des unités non autorisées". Deux phénomènes "amplifiés", selon la Cour, à cause de "la faible intégration et régulation du secteur" et du "manque de leviers de financement".
La nature des élevages de poulet de chair caractérisés par la dominance des petites exploitations -64% ont une capacité inférieure ou égale à 10.000 têtes- ne permet pas aux éleveurs de s’approvisionner directement auprès des accouveurs qui exigent un programme de fourniture de poussins conséquent et régulier. Les petits producteurs se retrouvent ainsi obligés de passer via les intermédiaires. Il en résulte que cette intervention des intermédiaires encourage l’élevage informel et limite la traçabilité des produits, explique-t-on dans le rapport.
La Cour souligne en outre que des unités continuent d’exercer l’activité de l’élevage de volailles en l’absence de l’autorisation sanitaire de l’ONSSA, et ce, "en dépit des efforts entrepris depuis l’entrée en vigueur de la loi n°49-99 relative à la protection sanitaire des élevages avicoles, au contrôle de la production et la commercialisation des produits avicoles, en 2006". Face au risque sanitaire que représente cette activité, l’intervention des pouvoirs publics afin de recenser et de mettre fin aux unités illégales demeure nécessaire, affirme la Cour des comptes, précisant que cette situation est due, entre autres, à la non mise en place de mécanismes formalisés d’échange d’informations, entre les autorités locales et les services de l’ONSSA permettant l’identification des unités non autorisées.
Recommandations
La Cour des comptes recommande d’adopter les arrêtés conjoints du ministère de l'Agriculture et du ministre de l’intérieur pour l’application des dispositions de la loi n°28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires et de son décret d’application.
Elle recommande, également au ministère de mettre en place un SIG intégré contenant toutes les statistiques et les informations concernant le secteur, et intégrant les applications déjà mises en place (SIPS et Admin - Poussin) tout en impliquant les principaux intervenants de la filière (ministère, ONSSA, FISA) et développer davantage l’intégration des différents segments de la chaine de valeur avicole, notamment l’intégration des abattoirs avec les usines d’aliment/+couvoirs/+unités d’élevage.
Notons que la production de viande de volaille a atteint respectivement, en 2019 et 2020, 782.000 tonnes et 685.000 tonnes (y compris le secteur traditionnel), selon le ministère de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural, des eaux et forêts. Pour les œufs de consommation, cette production s’est élevée sur la même période à 6,9 et 6,3 milliards unités. Elle couvre la totalité des besoins du pays en viande de volailles, soit 55% de la consommation totale de toutes viandes confondues et 100% des besoins en œufs de consommation, rapporte la synthèse de la Cour des comptes.
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