Société
Compléments vitaminiques : entre idées reçues et risques réels pour la santé
30/12/2025 - 11:05
Khaoula Benhaddou
La consommation de vitamines et de compléments alimentaires est devenue un réflexe pour de nombreuses personnes à travers le monde. Présentés comme des alliés pour renforcer l’immunité, lutter contre la fatigue ou prévenir les maladies, ces produits ne sont pourtant pas sans risques. Une récente étude américaine, publiée dans la revue Frontiers in Nutrition, vient d’ailleurs raviver les inquiétudes en établissant un lien possible entre la consommation excessive de certaines vitamines et le risque de cancer.
Basée sur l’analyse des données de plus de 29.000 adultes américains, issues de l’enquête nationale NHANES (2003-2016), l’étude révèle des effets contrastés selon les vitamines. Une forte consommation de vitamine B3 serait associée à une réduction du risque de cancer de 22 %, tandis qu’un excès de vitamine A augmenterait ce risque de 38 %. D’autres vitamines, comme la C, la E ou la K, n’ont montré aucun lien statistiquement significatif avec le cancer.
L’excès vient des compléments, pas de l’alimentation
Pour le Dr Hamdi Tayeb, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, ces résultats doivent être replacés dans leur contexte. "L’excès de consommation de vitamines est essentiellement lié aux compléments alimentaires et suppléments vitaminiques, et non à l’alimentation normale. Une alimentation équilibrée ne provoque pas d’excès", explique-t-il.
Selon lui, les carences vitaminiques sont le plus souvent dues à une malnutrition, à des troubles digestifs, des diarrhées chroniques, des maladies inflammatoires ou encore certaines pathologies spécifiques. "Dans ces cas-là seulement, la prise de vitamines peut être justifiée, et toujours sous contrôle médical", insiste le spécialiste.
Booster l’immunité : une fausse bonne idée
Beaucoup de consommateurs prennent des vitamines pour "booster" leur immunité. Une idée largement répandue, mais erronée, selon le Dr Tayeb. "Si l’organisme a besoin d’un milligramme d’une vitamine, en consommer trois n’apportera aucun bénéfice supplémentaire. C’est une fausse croyance", souligne-t-il.
La majorité des personnes ayant une alimentation normale et équilibrée n’ont absolument pas besoin de compléments vitaminiques.
Dans bien des cas, l’excès est soit éliminé par l’organisme, soit stocké de manière toxique. "C’est souvent de l’argent jeté par la fenêtre, au profit des laboratoires. Pour cela, au lieu d'acheter un complément vitaminique à 100 ou 150 dhs, il est préférable d'acheter des légumes et des fruits qui sont une source naturelle et efficace de vitamine", tranche le spécialiste.
Une consommation massive, y compris au Maroc
À l’échelle mondiale, notamment aux États-Unis et en Europe, près d’un tiers de la population consomme régulièrement des vitamines et compléments alimentaires. Au Maroc, faute d’études officielles, "les estimations évoquent 15 à 20 % des habitants des grandes villes, souvent dans l’objectif de renforcer leurs défenses immunitaires" explique Dr Hamdi
Les vitamines les plus consommées sont la vitamine C, la vitamine D et les vitamines du groupe B. La vitamine A et la vitamine E, réputées antioxydantes, figurent également parmi les plus populaires.
Des risques bien réels en cas d’excès
Contrairement aux idées reçues, les vitamines ne sont pas anodines. "À faible dose, elles sont des compléments. Au-delà, elles deviennent de véritables substances actives, avec des effets indésirables comparables à ceux des médicaments", alerte le Dr Tayeb. En France, les compléments vitaminiques sont d’ailleurs considérés comme des substances actives.
En cas de consommation excessive, ces vitamines peuvent causer de nombreux problèmes de santé comme l’explique Dr Hamdi "une surconsommation de vitamine D peut causer une hypercalcémie, dépôts de calcaire dans les reins voir des atteintes des artères. En cas d’excès de la vitamine A, le patient peut avoir une toxicité hépatique, des troubles visuels, des nausées..."
Et d’ajouter: "connue pour ces nombreux bienfaits, la vitamine C peut devenir nocive en cas d’excès, elle peut causer des calculs rénaux, des diarrhées sans oublier les interactions médicamenteuses, notamment chez les patients atteints de cancer. Un excès en Vitamine E peut créer une altération de l’absorption de la vitamine K, augmentant le risque d’hémorragie. Pour sa part, la Vitamine B6 prise en excès peut causer des troubles neurologiques, neuropathies, problèmes d’équilibre".
Un lien inquiétant avec certains cancers
Plusieurs études évoquent également des risques cancérigènes liés à l’excès de vitamines. La vitamine A serait associée à une augmentation de 18 % du risque de cancer du poumon chez les fumeurs. La vitamine B6 est liée, selon certaines recherches, à un risque accru de cancers du poumon et du foie. La vitamine E pourrait augmenter le risque de cancer de la prostate, tandis que la vitamine B1 stimulerait la prolifération de cellules cancéreuses. Chez la femme enceinte, l’excès de vitamine A peut provoquer des malformations du fœtus.
Des populations particulièrement vulnérables
Les enfants, exposés à des surdosages accidentels ou chroniques, les femmes enceintes, les personnes âgées et les sportifs figurent parmi les populations les plus à risque. "Un sportif sur deux consomme des suppléments sans aucune carence réelle. Cela n’améliore ni la santé ni la performance, et peut même être dangereux", prévient le Dr Tayeb, rappelant que la vitamine C peut réduire l’adaptation musculaire à l’effort.
L’automédication, un danger silencieux
Enfin, le spécialiste met en garde contre l’automédication "Se prescrire soi-même des vitamines, c’est parfois masquer les symptômes d’une maladie grave comme une hépatite ou un cancer, et retarder le diagnostic", explique-t-il. Une perte de chance pour le patient, associée à un risque réel de surdosage.
Le message est clair: avant toute prise de vitamines, consulter un professionnel de santé reste indispensable. Une alimentation équilibrée demeure, dans la majorité des cas, la meilleure source de vitamines sans danger et sans excès.
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