Art & Culture
Congo Boy, Kinshasa comme un battement de survie
18/05/2026 - 15:01
Jihane Bougrine
À Un Certain Regard, Nelson Makengo signe avec Congo Boy un premier long métrage d’une intensité rare, une œuvre qui ne filme pas seulement une jeunesse congolaise aux prises avec le chaos du réel, mais capte, dans ses mouvements, ses silences et ses déflagrations, la pulsation même d’un monde en lutte. Entre fièvre urbaine et regard politique, le cinéaste transforme Kinshasa en territoire de cinéma vivant.
Il y a des films qui racontent un pays, et d’autres qui semblent naître de sa respiration. Congo Boy appartient à cette seconde catégorie. Dès ses premières images, Nelson Makengo impose une matière, une densité, une manière de filmer qui refuse les cadres rassurants du récit balisé pour plonger dans une expérience plus organique, presque physique. Kinshasa n’y est pas un décor. Elle est un flux, une tension, une secousse permanente.
Connu jusqu’ici pour son travail documentaire, Makengo injecte dans cette première fiction une force d’observation qui donne au film sa singularité profonde. La caméra épouse les corps, traverse les rues, capte les frictions sociales, les rêves empêchés, la brutalité structurelle, mais aussi l’énergie de ceux qui continuent malgré tout. Le jeune protagoniste devient alors moins un héros classique qu’un point de passage à travers lequel se révèlent les fractures d’un territoire et l’invention quotidienne nécessaire pour y survivre.
Là où tant de récits sur le continent tombent dans les pièges du regard extérieur, Congo Boy impose une perspective intérieure, nerveuse, sans folklore ni pédagogie. Makengo ne cherche ni à expliquer le Congo ni à l’illustrer. Il le fait ressentir. Dans cette approche réside toute la puissance politique du film. Refuser la simplification, c’est déjà reprendre le contrôle du récit.
Visuellement, Congo Boy impressionne par son urgence maîtrisée. La ville semble filmée comme une architecture de survie, un espace où chaque déplacement devient tension dramatique. Certains pourront reprocher au film une narration parfois plus sensorielle que structurée, mais cette liberté participe précisément de sa force: celle d’un cinéma qui préfère l’impact du vécu à la démonstration.
Ce qui demeure surtout, c’est cette sensation d’avoir vu émerger une voix. Une vraie. Pas un produit calibré, pas une œuvre pensée pour cocher les attentes festivalières, mais un film traversé par une nécessité. Nelson Makengo filme une jeunesse congolaise complexe, inventive, vulnérable et rageuse, loin des caricatures ou des assignations.
À Cannes, Congo Boy s’impose ainsi comme l’un des gestes les plus incarnés de la sélection. Un film qui regarde le tumulte du monde sans détourner les yeux, et qui rappelle que le cinéma peut encore être un acte de présence.
Un film qui ne repartira pas bredouille de la compétition Un Certain Regard.
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