Société
"Consommation émotionnelle" pendant le Ramadan: quand la faim guide les décisions d’achat
26/02/2026 - 12:16
Ouiam Faraj
À l’approche de l’appel à la prière du maghrib durant le mois de Ramadan, les marchés marocains connaissent une effervescence particulière.
Dans les dernières heures précédant la rupture du jeûne, l’affluence s’intensifie et les consommateurs achètent d’importantes quantités de denrées alimentaires. Un comportement que des chercheurs associent à ce que l’on appelle la "consommation émotionnelle", tandis que les associations de protection du consommateur mettent en garde contre ses répercussions financières et sanitaires.
Le sociologue Nabil Safi estime que le Ramadan révèle de nombreux comportements liés à la nature émotionnelle de l’être humain, en particulier après un jeûne d’environ douze heures. À mesure que la sensation de faim s’accentue, le jeûneur, explique-t-il, cherche à traduire des "messages internes" qui le poussent à prendre une décision rapide pour faire taire cette faim. Il s’agit, selon lui, d’une "décision émotionnelle" qui ne repose ni sur des données objectives ni sur une évaluation réelle de la capacité de consommation.
Déterminer le besoin réel
Dans une déclaration à SNRTnews, Nabil Safi précise que cette forme de consommation est qualifiée de "consommation émotionnelle" parce qu’elle "mobilise l’émotion de l’individu pour satisfaire un besoin ou un désir précis". Elle consiste à répondre à une impulsion par une décision instantanée, alors que "les décisions prises dans l’instant sont, le plus souvent, inexactes et déconnectées de la réalité".
Il souligne que le jeûneur prépare souvent une table d’iftar composée de nombreux plats, mais qu’il n’en consomme finalement qu’une petite partie une fois rassasié, le reste finissant à la poubelle.
Pour éviter cela, le sociologue insiste sur la nécessité de s’appuyer sur les expériences passées au moment de prendre des décisions d’achat et de définir le besoin réel, plutôt que de céder à un désir passager. Il rappelle que l’émotion n’est pas négative en soi, mais que la consommation exige une certaine rationalisation et une planification préalable afin d’éviter le gaspillage.
Gaspillage d’argent et perte alimentaire
De son côté, le président de la Fédération Nationale des Associations de Consommateurs, Wadie Madih, observe que l’appétit du jeûneur semble se démultiplier entre l’après-midi et le maghrib. Il pense alors pouvoir consommer tout ce qu’il achète, alors que la réalité montre qu’une part limitée seulement est effectivement consommée.
Selon lui, les marchés contribuent également à ce phénomène en cherchant à attirer le consommateur durant cette période par des techniques de présentation et de classification des produits, renforçant ainsi la tendance consumériste.
Dans une déclaration à SNRTnews, Wadie Madih avertit que ce comportement pose un problème financier direct, à travers le gaspillage d’argent dépensé pour des produits qui finissent à la poubelle. Il constitue également une perte pour l’ensemble de la chaîne de valeur, du producteur au commerçant, jusqu’au consommateur.
Choisir le bon moment pour faire ses courses
Pour éviter la "consommation émotionnelle", il recommande de privilégier des moments plus appropriés pour faire ses achats, comme le matin ou après la rupture du jeûne, et d’établir à l’avance une liste des besoins du foyer afin d’éviter d’acheter sous la pression de la faim.
La question ne se limite pas à l’aspect économique. Wadie Madih évoque aussi les potentielles conséquences sanitaires liées au gaspillage de certains produits alimentaires, citant l’exemple du pain acheté en grande quantité puis laissé à se détériorer, avant d’être parfois utilisé comme aliment pour le bétail.
Il mentionne, à ce propos, une étude académique portant sur l’impact de l’alimentation de certains animaux avec du pain impropre à la consommation, et les effets sanitaires que cela pourrait avoir sur l’homme à travers le lait ou la viande. D’où la nécessité d’ancrer une culture de "consommation rationnelle", fondée sur la planification et l’identification du besoin réel, plutôt que sur une réponse immédiate à la faim et au désir.
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