Economie
Crowdfunding: trois questions à l'économiste Mehdi Fakir
08/06/2022 - 13:12
Mohammed Fizazi
Le crowdfunding, aussi appelé financement collaboratif, est un type de financement qui permet aux porteurs de projets de trouver des financements auprès d’épargnants à travers des plateformes digitales. Il offre trois modes de financement : le don, le prêt et l’investissement. Bank-Al Maghrib avait publié le mois dernier une série de décrets visant à compléter le dispositif légal pour encadrer le marché du crowdfunding au Maroc. L'économiste Mehdi Fakir a répondu aux questions de SNRTnews à ce sujet.
Le financement participatif ne date, bien sûr, pas d'hier, mais était pratiqué en l'absence d'un cadre réglementaire. La loi n°15-18 relative au financement participatif permettra de voir l’écosystème du crowdfunding se développer avec notamment la création des premières Plateformes de financement collaboratif. L'économiste et expert-comptable Mehdi Fakir nous a livré sa vision sur cette évolution et ce qu'elle représente pour l'économie marocaine.
SNRTnews: Quel est l'intérêt du crowdfunding pour l'économie nationale?
Mehdi Fakir: Le crowdfunding s'inscrit dans le cadre du nouveau mode de financement alternatif. C'est un principe novateur qui consiste en la création de plateformes spécifiques pour la collecte de contributions qu'on rémunère par la suite. Il concerne des projets novateurs qui n'ont pas la chance d'être financés par le circuit normal.
Le législateur marocain a jugé nécessaire de se baser sur l'expertise de Bank Al Maghrib. Cette dernière en tant qu'organisme expert en la matière commence à réglementer le sujet en attendant d'offrir des agréments à des sociétés qui vont se baser dessus. C'est un mode de financement alternatif, son intérêt sera sociétal avant d'être économique, car ça va encourager la proposition de projets novateurs, particulièrement ceux portés par des jeunes dans les domaines novateurs, et leur permettre d'aller loin dans leurs projets.
Qu'est-ce qui va réellement changer avec les nouveaux décrets, sachant que le financement participatif était déjà pratiqué de manière informelle?
Rien ne va changer, c'est plutôt quelque chose qui va naître, et qui n'existait pas auparavant. Ce qui va changer c'est qu'on aura plus affaire uniquement au financement bancaire et aux microcrédits, mais aussi à un mode de financement alternatif, à un mode de plus. Concernant son impact, on n'a pas encore une idée précise, il n'y a pas encore d'études dans ce sens, il faudra donc attendre les résultats de l'expérience.
Concernant l'informel, bien sûr que cela a toujours existé, mais c'est des collectes d'argent conventionnelles sous forme de collaboratifs, à l'image par exemple de "daret", mais dans ces cas-là c'est des collectes où on n'avait pas pas une idée sur qu'est ce qu'on finance. Par contre, dans le crowdfunding le dossier du projet à fiancer est exposé, et on mesure le pour et le contre, on sait bien de quoi il s'agit.
Est-ce que le projet de loi ou les décrets comportent certaines insuffisances?
Parler de ce sujet est prématuré, on ne sait rien encore, on ne sait par exemple pas si d'autres textes vont encore sortir ou non... Personnellement, je vois que la question est à poser à la BAM. Tout ce que je vois comme chose qui manque c'est les agréments, est ce qu'il y a des sociétés agrées ou pas encore ? À part cela, il est tôt pour parler d'insuffisances et de manquements, tant que l'expérience n'est pas encore effectuée.
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