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Derrière des débuts en fanfare, d'épineux défis pour l'IA chinoise
21/01/2026 - 11:08
AFP
Restrictions américaines, rentabilité incertaine, concurrence aigüe... Derrière les généreuses levées de fonds et tonitruantes entrées en Bourses, les start-up chinoises d'intelligence artificielle (IA) connaissent d'épineux défis à même de tempérer l'euphorie du secteur.
L'écosystème chinois de l'IA est galvanisé, depuis l'irruption il y a un an, du chatbot de la firme locale DeepSeek, qui a stupéfié par sa capacité à égaler ses concurrents américains, comme ChatGPT, pour un coût moindre et avec des puces moins performantes.
Signe de frénésie, deux start-up de premier plan qualifiées de "tigres" chinois de l'IA, Zhipu AI et MiniMax, ont fait début janvier de fracassantes entrées à la Bourse de Hong Kong.
Pour autant, le cofondateur de Zhipu AI, Tang Jie, a averti que, malgré les avancées chinoises dans les grands modèles d'IA en source ouverte, l'écart avec les États-Unis "pourrait en réalité se creuser".
"Les modèles à grande échelle aux États-Unis restent pour la plupart fermés (...) Nous devons reconnaître les défis et écarts auxquels nous sommes confrontés", a-t-il déclaré lors d'une récente conférence à Pékin.
DeepSeek et ses rivaux chinois se sont concentrés sur une technologie gratuite et "open source", stratégie qui permet d'attirer rapidement des utilisateurs mais qui génère moins de revenus que les systèmes privés et fermés.
"Brûler du cash"
En deux semaines, l'action de Zhipu AI, fournisseur de chatbots aux entreprises chinoises, a bondi de 80%, tandis que MiniMax, qui vise le marché grand public avec ses outils d'IA multimédias, flambait de 150%.
Les champions américains du secteur OpenAI (ChatGPT) et Anthropic (Claude) ne sont eux pas encore cotés en Bourse.
En dépit d'une valorisation ayant gonflé à 500 milliards de dollars, OpenAI ne prévoit pas d'être rentable avant 2029 en raison des dépenses colossales pour construire son infrastructure informatique.
Pareillement, Zhipu AI et MiniMax enregistrent des pertes croissantes tandis qu'augmentent les coûts, notamment pour l'entraînement de nouveaux modèles: toutes deux "brûlent du cash plus vite qu'elles ne peuvent générer des flux de revenus durables", confie à l'AFP Poe Zhao, expert-fondateur de Hello China Tech.
Selon lui, 2026 sera un test critique pour l'IA en quête de monétisation: savoir si les entreprises "peuvent aller au-delà du code et débloquer une véritable valeur commerciale" qui déterminera leur survie.
Restrictions sur les puces
"Le défi n'est pas seulement technologique. C'est aussi le coût élevé du calcul sur fond de sanctions, le délicat équilibre consistant à innover dans un cadre réglementaire strict", explique à l'AFP Nick Patience, du cabinet Futurum.
Les tensions géopolitiques pourraient freiner l'IA chinoise: Washington restreint l'exportation vers la Chine des microprocesseurs avancés, notamment les plus sophistiqués du champion américain Nvidia, et les équipements de fabrication de puces de précision.
En utilisant des puces produites en Chine, les développeurs d'IA chinois ont besoin de deux à quatre fois plus de puissance de calcul pour entraîner leurs modèles, selon Lian Jye Su, analyste chez Omdia.
Pression de l'économie "réelle"
Koda Chen, patron de la firme Suanova Technology investissant dans la puissance de calcul, identifie des opportunités dans la finance et la santé et voit cette année comme un "point d'inflexion" vers la rentabilité.
"Les clients développent des habitudes de paiement, les produits gagnent en fidélité", espère-t-il.
Certes, soucieux de rivaliser avec les États-Unis, Pékin distribue d'importantes subventions pour soutenir l'innovation... mais fait pression pour que se concrétisent les applications concrètes de l'IA.
Pékin a annoncé en janvier viser le déploiement d'ici 2027 de trois à cinq grands modèles d'IA généralistes dans l'industrie manufacturière, tout en prévoyant de renforcer la puissance de calcul disponible.
La Chine, qui prend au sérieux l'idée que l'IA doit dynamiser l'économie réelle, "tente de construire l'usine du monde alimentée par l'IA", résume M. Patience.
Taille du marché, énergie
Restent des atouts précieux: la taille du marché intérieur, mais aussi un vaste vivier d'ingénieurs et des coûts énergétiques modérés qui jouent en la faveur de la Chine, juge Tang Heiwai, de l'Université de Hong Kong.
Selon lui, à terme, "ces facteurs conféreront à la Chine une plus grande résilience que les États-Unis pour se développer en tant que superpuissance de l'IA".
Le marché des grands modèles de langage en Chine, encore embryonnaire, devrait atteindre 14,5 milliards de dollars d'ici 2030, prédit le cabinet Frost&Sullivan, tandis que le prix unitaire futur de la puissance de calcul devrait diminuer.
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