Société
Don d’organes au Maroc: entre souhait et réalité
12/10/2022 - 17:00
Mohammed Fizazi
Le monde célèbrera, le lundi 17 octobre, la Journée internationale du don d’organes. Cet acte de générosité pourrait avoir pour effet d’aider de nombreuses personnes et un seul donneur peut sauver plusieurs vies. Toutefois, cet acte reste très peu pratiqué au Maroc.
Le don d'organes au Maroc est régi par la loi n° 16-98. L’article 2 de cette loi entend par organe humain l’élément du corps pouvant se régénérer ou non ainsi que les tissus humains à l’exclusion de ceux liés à la reproduction. Cette loi détermine deux types de don d’organes, celui accompli par une personne vivante et celui accompli sur une personne décédée.
Procédure légale du don d’organe
Dans le cas de la personne vivante, l’article 9 de ladite loi stipule que le prélèvement sur une personne vivante qui fait le don ne peut être effectué que pour un intérêt thérapeutique et pour une catégorie déterminée de receveurs : les ascendants, les descendants, les frères, les sœurs, les oncles, les tantes du donneur ou leurs enfants. Le prélèvement peut également être effectué dans l’intérêt du conjoint du donneur à condition que le mariage soit contracté depuis au moins un an. Le lien de parenté entre le donneur et le receveur prévu au premier alinéa du présent article doit être prouvé. Le donneur doit également exprimer son consentement au prélèvement devant le président du tribunal de première instance compétent.
En ce qui concerne le don et le prélèvement d’organes sur une personne décédée, l’article 13 de la loi précitée indique que toute personne majeure jouissant de ses pleines capacités pourrait, de son vivant, faire connaître sa volonté d’autoriser ou d’interdire des prélèvements d’organes sur sa personne après son décès, ou de certains d’entre eux seulement.
La déclaration du donneur potentiel est enregistrée auprès du président du tribunal de première instance compétent à raison du domicile du donneur, ou du magistrat spécialement désigné à cet effet par le président. La déclaration est reçue sans frais après que le magistrat se soit convaincu de la volonté libre et éclairée du donneur potentiel et, notamment, se soit assuré que le legs est effectué gratuitement et au seul profit d’un organisme habilité à recevoir les dons d’organes.
Le donneur doit absolument informer sa famille et ses proches de sa décision. Et si son nom n’est pas inscrit dans le registre du tribunal, la famille peut malgré cela donner l’autorisation au médecin de greffer la personne concernée. La décision finale revient à la famille quand le donneur n’a pas indiqué son refus dans le registre. La personne qui entend, de son vivant, s’opposer à un prélèvement sur son cadavre, exprime son refus par une déclaration reçue par le président du tribunal – ou le magistrat désigné à cette fin – compétent stipule l’article 15 de la même loi.
Situation du don d’organes au Maroc
Selon Amal Bourquia, Professeur de néphrologie et néphrologie pédiatrique. Présidente de l’association REINS, le Maroc accuse un sérieux retard, en matière de greffe d'organes en général et rénale en particulier. “Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants meurent parce qu’ils n’ont pas pu être transplantés au moment opportun. Ils décèdent alors que la médecine aurait été en mesure de les sauver” a-t-elle déclaré.
Et d’ajouter: "pour parler de la transplantation rénale, le Maroc compte près de 34 000 patients sous dialyse qui espèrent ardemment d’être transplanté, pour soulager leur souffrance et améliorer la qualité de leur vie. Une simple analyse des chiffres actuels, 610 transplantations rénales depuis 36 ans et près de 1200 donneurs potentiels".
Notre interlocutrice ajoute que ces chiffres nécessitent une analyse profonde pour mettre l’accent sur les insuffisances et décupler les efforts pour augmenter le nombre de transplantations dans notre pays où le grand besoin est sans cesse en augmentation.
Obstacles et défis
Le Dr Bourkia rappelle que le don est strictement réglementé par la loi n°16-98 du 25 août 1999 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d’organes et de tissus humains. La transplantation peut se faire à partir d’un donneur vivant apparenté ou à partir de sujet en état de mort encéphalique ce qu’on appelle les donneurs cadavériques. il s’agit des personnes en état de mort cérébrale, qui auront exprimé leur accord de don de leur vivant et l’auront noté sur le registre détenu à cet effet par les tribunaux. On peut aussi prélever un organe sur une personne décédée s’il y a accord de sa famille.
Nombreux pays ont procédé aux changements de leurs lois pour faciliter le don. "C’est ce que propose l'association REINS, tous les marocains seraient donneurs sauf ceux qui exprimeraient leur refus sur un registre de refus au tribunal civile de première instance. Ça permettrait à tous les marocains d’y réfléchir et de prendre position et ne pas être obligés de se déplacer au tribunal pour donner son consentement au prélèvement après la mort", a-t-elle confié.
Et à elle d’ajouter que le Maroc connaît des difficultés de recours au donneur vivant, et une rareté de donneurs en état de mort encéphalique. "La méconnaissance de la part des patients des aspects médicaux, de la législation, du point de vue de la religion et la rareté de la discussion et de l’information sur le sujet pourraient expliquer en partie cette situation", a-t-elle indiqué.
De nombreuses études ont été réalisées par l’association REINS, mais sans jamais servir à œuvrer afin de faire face à ces insuffisances. "L’évolution est donc très lente sans véritable développement malgré l’augmentation du nombre des centres. Chaque année l’association REINS attire encore une fois, l’attention sur le retard de ce moyen thérapeutique dans notre pays. Bien qu'il y ait une loi en place, la mise en œuvre n'est pas efficace", a-t-elle déploré.
Pour y parvenir, poursuit-t-elle, il est nécessaire de rationaliser les procédures de déclaration de mort cérébrale et d'attribution d'organes, de disposer d'un système de liste d'attente en ligne centralisé et transparent pour les receveurs, de sensibiliser à la mort cérébrale et d'encourager davantage de personnes à l'importance de s'inscrire au registre des dons d'organes après la mort. Le don d’organes est un acte de générosité, citoyen, permettant de sauver des vies, que l’Islam encourage et que la loi encadre de façon très précise.
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