Economie
Droits de douanes américains: quel impact sur les exportations marocaines?
03/04/2025 - 19:41
Mohammed Fizazi | Ouiam Faraj
Le président américain Donald Trump a annoncé l'imposition de droits de douane de 10 % sur les importations en provenance du Maroc, toutefois, les exportations agroalimentaires marocaines restent compétitives. Les acteurs du secteur voient dans cette situation une opportunité stratégique à saisir
Le vice-président de la Fédération Nationale de l'Agroalimentaire (FENAGRI), Abdelkader Alaoui, a affirmé que les exportations de la fédération ne connaîtront aucun changement significatif, précisant que le taux appliqué à un certain nombre de ces exportations est resté inchangé.
M. Alaoui a souligné, dans une déclaration à SNRTnews, que les droits de douane appliqués aux importations américaines de divers produits agroalimentaires marocains étaient, et restent, autour de 10 %.
Les produits exportés comprennent une grande variété de biens alimentaires, tels que les légumes et fruits en conserve, qui représentent une part importante des exportations agroalimentaires, ainsi que les produits céréaliers et leurs dérivés comme les pâtes et le couscous, très demandés à l’international, sans oublier les huiles végétales et les produits sucrés, reconnus pour leur qualité et leur diversité.
Selon les données des Nations Unies, les exportations du Maroc vers les États-Unis ont atteint environ 1,25 milliard de dollars américains en 2023, une part importante provenant du secteur alimentaire. À titre d'exemple, les exportations de fruits comestibles, noix, écorces d’agrumes et pastèques ont atteint environ 87,71 millions de dollars, tandis que les exportations de viandes, poissons et fruits de mer préparés ont atteint environ 81,07 millions de dollars.
Un impact potentiellement positif
Les produits de la mer transformés bénéficient de la position géographique du Maroc et de la richesse de ses ressources maritimes, ce qui contribue largement aux exportations du secteur. Alors que ces produits étaient auparavant inclus dans l'accord de libre-échange, les exportateurs doivent désormais faire face à de nouveaux droits de douane de 10 %.
À ce sujet, le président de la Fédération Nationale des Industries de Conserverie de Poisson, Mehdi Daloumal, a indiqué que l’imposition de nouveaux droits sur les conserves de poisson pourrait avoir un impact sur le volume des exportations marocaines. Il a toutefois ajouté que cet impact n’est pas nécessairement négatif et pourrait même s’avérer bénéfique.
Daloumal a expliqué, dans une déclaration à SNRTnews, que les taux de droits de douane appliqués aux autres pays exportateurs de produits de la mer vers les États-Unis, comme le Vietnam (46 %) et la Thaïlande (36 %), sont beaucoup plus élevés que ceux imposés au Maroc, offrant ainsi une opportunité aux exportateurs marocains d’augmenter leur part de marché.
Droits de douane
Il a ajouté que les importateurs américains pourraient préférer s’approvisionner auprès du Maroc plutôt qu’auprès du Vietnam, où les droits ont grimpé à 46 %.
Le président de la Fédération Nationale des Industries de Conserverie de Poisson estime qu’il faut considérer cela de manière positive, puisque le taux appliqué au Maroc reste inférieur à celui de plusieurs pays concurrents sur le marché international.
Les exportations marocaines de conserves de poisson vers les États-Unis ont atteint 950 millions de dirhams en 2023, contre 1,031 milliard de dirhams en 2022, selon les données de l’Office des Changes.
L'accord de libre-échange
L’accord de libre-échange entre le Royaume du Maroc et les États-Unis a été signé le 15 juin 2004 à Washington et est entré en vigueur le 1er janvier 2006.
Son champ d’application couvre le commerce des produits agricoles, industriels, ainsi que des services. L'accord comprend également des volets relatifs au travail, à l’environnement, aux marchés publics et aux droits de propriété intellectuelle.
L’accord prévoit la suppression immédiate des droits de douane sur plus de 95 % des produits industriels et de consommation dès son entrée en vigueur. Les droits sur la plupart des produits restants ont été supprimés progressivement sur une période pouvant aller jusqu’à neuf ans.
Dans le secteur agricole, 56 % des produits agricoles marocains ont bénéficié d’une suppression immédiate des droits de douane, tandis que d'autres produits sensibles ont connu une exonération progressive étalée sur 18 ans.
Lors de l’ouverture de la huitième session de la commission mixte chargée du suivi de l’accord de libre-échange entre les États-Unis et le Maroc, tenue au siège du Département du commerce américain à l’été dernier, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a évoqué une série de dossiers prioritaires concernant l’accès des produits marocains au marché américain, et inversement. Il a insisté sur l’importance de surmonter les barrières non tarifaires, en soulignant les opportunités offertes par la coopération dans les domaines de l’agriculture, du textile, de l’automobile et de l’investissement. Ce dernier se traduit notamment par la présence stable de 150 entreprises américaines dans divers secteurs au Maroc.
Il a également déclaré que le Maroc pourrait jouer un rôle de porte d’entrée des États-Unis vers l’Afrique, en facilitant l’accès aux marchés du continent, et devenir un maillon stratégique dans le développement de chaînes d’approvisionnement flexibles et durables dans de nombreux secteurs stratégiques (automobile, énergies renouvelables, agriculture, santé, fintech, TIC et infrastructures).
Des droits plus stricts
À noter que le président américain Donald Trump a annoncé, mercredi 2 avril 2025, l’imposition de nouveaux droits de douane sur plusieurs pays, notamment la Chine (34 %) et l’Union européenne (20 %).
Trump a précisé qu’un taux minimum de 10 % serait imposé à de nombreux pays, tandis que d’autres verraient des droits plus élevés, comme 24 % pour le Japon et 26 % pour l’Inde.
Ces nouveaux droits de douane entreront en vigueur en deux phases, les 5 et 9 avril. Les tarifs de 10 %, considérés comme le seuil minimal, seront appliqués dès le 5 avril, tandis que les tarifs supérieurs, visant principalement de grandes puissances commerciales comme la Chine et l’Union européenne, entreront en vigueur le 9 avril.
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