Economie
Économie verte: Le secteur de la construction au Maroc à l'épreuve de la transition
17/02/2026 - 09:12
Meriem Khaer
Le rapport "Diagnostic national sur les emplois de l’économie verte au Maroc", préparé par l'Organisation internationale du Travail avec l’appui technique et institutionnel du Haut‑Commissariat au Plan, met en lumière plusieurs secteurs clés du pays qui illustrent un potentiel différencié de création d’emplois verts. Parmi ces secteurs figurent l’agriculture et l’agro‑industrie, la construction, l’énergie et les services.
L’analyse vise à éclairer comment la transition écologique peut se traduire en opportunités économiques et sociales, tout en prenant en compte les risques liés au changement climatique, afin d’orienter des politiques pour une transition juste au Maroc.
Selon le rapport "Diagnostic national sur les emplois de l’économie verte au Maroc", le secteur de la construction occupe une place importante dans l’économie nationale. En 2021, il représentait 5,88% de la valeur ajoutée totale et employait environ 1,2 million de personnes, soit 11,2% de la population active. Malgré une productivité relativement faible, estimée à 0,08 million de dirhams par travailleur, le secteur a enregistré une progression notable entre 2014 et 2021, avec une hausse de la valeur ajoutée de 15,03% et une amélioration progressive de la productivité.
Une forte exposition aux risques climatiques
Ce rapport indique que le secteur de la construction devra s’adapter aux normes de performance énergétique et de résilience climatique offrant des perspectives d’emplois et de résilience climatique.
Le secteur est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. L’augmentation des températures, la pénurie d’eau et la multiplication des événements météorologiques extrêmes affectent directement la productivité, les délais de réalisation des projets et les coûts de construction. Le stress thermique réduit les capacités de travail sur les chantiers et peut entraîner des retards coûteux, tandis que les inondations et tempêtes perturbent les calendriers, endommagent les infrastructures et compromettent la sécurité des sites.
La raréfaction de l’eau constitue également une menace majeure, notamment pour la production de béton et le refroidissement des installations. Selon certaines estimations, cette contrainte pourrait réduire la production du secteur d’environ 10%. À cela s’ajoute l’augmentation des besoins énergétiques pour le refroidissement des bâtiments, susceptible d’alourdir les coûts et d’affecter la rentabilité des projets.
Des opportunités portées par la transition verte
Malgré ces vulnérabilités, la transition écologique ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur. Les investissements dans les énergies renouvelables devraient stimuler l’activité et créer de nouveaux emplois.
Le développement de matériaux de construction durables constitue un autre levier important. L’utilisation de déchets tels que grignons d’olive, pneus usés ou boues d’épuration pour produire du béton alternatif permettrait de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, notamment au coke de pétrole dont le Maroc est importateur net. Cette évolution pourrait générer de nouvelles chaînes d’approvisionnement et des emplois additionnels.
Impacts sur l’emploi et besoins en compétences
La transition du secteur vers des pratiques durables transformera la demande de main-d’œuvre. Les métiers exposés à la chaleur ou liés à des méthodes traditionnelles à fortes émissions pourraient décliner, tandis que de nouveaux besoins émergeront dans la construction résiliente au climat, la production de matériaux écologiques, la santé et sécurité au travail, et les installations d’énergies renouvelables.
Les analyses indiquent qu’environ 60,9% des emplois du secteur pourraient être liés à l’économie verte. Plus de la moitié nécessiteront une montée en compétences pour s’adapter aux normes de construction durable, tandis qu’une grande part correspondra à des emplois existants dont la demande sera renforcée. Les nouveaux métiers concerneront notamment la conception de bâtiments à haute performance énergétique, les technologies de refroidissement, les toitures végétalisées, les systèmes CVC efficaces et la certification environnementale.
Enjeux sociaux et inégalités
Les transformations du secteur posent aussi des défis sociaux. Les travailleurs informels et faiblement qualifiés, nombreux dans la construction, sont particulièrement vulnérables aux pertes d’emploi et aux risques sanitaires liés à la chaleur. L’absence de protection sociale et de couverture médicale renforce leur précarité, tandis que des parcours professionnels discontinus les excluent souvent des systèmes de retraite.
Face à ces enjeux, des politiques de formation, de formalisation de l’emploi et de renforcement de la protection sociale apparaissent essentielles pour garantir une transition juste. L’amélioration des compétences des maçons, techniciens et ingénieurs, ainsi que l’intégration de normes de construction résiliente dans les programmes de formation, permettront de préserver l’emploi tout en accompagnant la transformation écologique du secteur.
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