Politique
Éducation nationale: La Chambre des Conseillers presse l’accélération de la réforme
24/11/2025 - 22:37
Youness Oubaali | Mohammed Fizazi
Les membres de la Commission de l’Éducation, des Affaires culturelles et sociales à la Chambre des Conseillers, ont dressé, lundi 24 novembre 2025, un état des lieux préoccupant du système éducatif au Maroc. En présence du ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, ils ont appelé à accélérer la réforme pour garantir l’équité éducative et rehausser la qualité de la formation pédagogique.
Le Groupe du RNI a alerté sur de graves déséquilibres dans la gestion du transport scolaire par des associations locales, pointant des frais élevés imposés aux familles, particulièrement en milieu rural, qui privent de nombreux élèves d’un service essentiel à la continuité de la scolarité. Le Groupe a également affirmé que près de 4.000 établissements scolaires ne sont pas raccordés aux réseaux d’eau et d’électricité.
Le Groupe de l’Istiqlal pour l’Unité et l’Équité a déploré l’absence des organisations syndicales dans les réformes en cours, appelant au respect des accords signés avec le Ministère. Il a critiqué un revirement sur l’indemnisation des heures de travail et estimé que la hausse du budget de l’éducation ne s’est pas traduite de manière tangible ni sur la situation du corps enseignant ni sur la qualité du service éducatif. Le Groupe a également confirmé la persistance d’établissements non raccordés et l’absence d’amélioration notable du transport scolaire.
Le Groupe de l’Union Nationale du Travail au Maroc a souligné que le défi majeur réside moins dans l’élaboration des stratégies que dans leur mise en œuvre effective et leur suivi. Selon lui, la hausse budgétaire demeure insuffisante face aux accumulations de plusieurs années. Parmi les problèmes persistants figurent la faiblesse des infrastructures, l’existence d’établissements non équipés en milieu rural, un taux élevé de surpopulation scolaire, des inégalités territoriales dans la répartition des services éducatifs, des difficultés d’accès aux établissements, un manque de personnels éducatifs, la multiplication des régimes administratifs et la limitation de la formation continue. Le Groupe a aussi pointé la pénurie de manuels scolaires et l’obsolescence des programmes, qui compliquent davantage la réforme de l’école publique.
L’Union Marocaine du Travail a appelé à stabiliser des formules de réforme pluriannuelles pour garantir continuité et efficacité. Au sujet des Écoles pionnières, l’Union a indiqué avoir préparé une étude complète qui sera présentée prochainement au ministre, tout en plaidant pour le retour au concept d’école ouverte et le renforcement du lien entre établissements et familles. S’agissant des cours de soutien, elle a proposé que les syndicats mettent à disposition leurs structures pour accompagner les enfants des travailleurs. Dans le préscolaire, l’UMT a insisté sur l’évaluation des associations mandatées et sur la révision des cahiers des charges afin d’assurer la qualité des services.
En réponse, le ministre Mohamed Saad Berrada a affirmé que la surpopulation ne concerne plus le primaire, le ministère s’appuyant sur un plafond de 36 élèves par classe. Le défi s’est toutefois déplacé vers les niveaux collégial et secondaire, notamment dans les grandes villes qui ont connu d’importantes opérations de relogement des habitants des bidonvilles, comme à Marrakech, Casablanca et Fès. Le ministre a cité Fès comme exemple d’élargissement de l’offre scolaire, avec la construction de 40 établissements en sept mois au lieu des 15 initialement prévus, et l’ambition de généraliser cette approche à d’autres régions, malgré un retard d’environ deux ans sur certains chantiers à Marrakech.
Il a par ailleurs reconnu la persistance d’établissements sans directeurs, une lacune qui pose des questions de gouvernance et d’encadrement administratif. Concernant l’accès aux services de base, il a précisé que les établissements non raccordés à l’eau et à l’électricité sont majoritairement des annexes, tout en évaluant à environ 600 le nombre d’établissements encore non connectés, situation qu’il a jugée intenable. Il a défendu l’expérience des Écoles pionnières, qualifiée de réussite au vu de ses résultats, et assuré que les dossiers catégoriels en suspens sont en voie de résolution progressive.
Au terme de cet échange, les parlementaires ont insisté sur l’urgence d’une réforme éducative crédible, planifiée et suivie, articulée autour de la réduction des inégalités territoriales, du renforcement des infrastructures, de la gouvernance scolaire, du transport scolaire et de la mise à niveau des curricula, afin d’améliorer durablement la qualité de l’éducation au Maroc.
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