Art & Culture
Festivals internationaux: la visibilité du cinéma marocain suffit-elle à parler d’une véritable industrie performante?
13/06/2026 - 20:12
Malak Zougagh
La présence du cinéma marocain dans les grands festivals internationaux est souvent perçue comme un indicateur de reconnaissance et de rayonnement culturel. Pourtant, cette visibilité soulève une question centrale: peut-on réellement parler d’une industrie cinématographique performante lorsqu’un pays est fortement représenté dans les festivals, alors que ses films rencontrent peu de succès auprès du public local ou au box-office?
Pour le critique cinématographique marocain Mohammed Bakrim, la présence dans les festivals constitue certes un acquis important, mais elle ne peut, à elle seule, traduire la bonne santé d’une industrie nationale.
Selon lui, “la présence dans les festivals est toujours une bonne chose”, notamment dans “l’âge de la visibilité” que connaît aujourd’hui le secteur culturel à l’échelle mondiale. Être présent dans ces rendez-vous internationaux participe ainsi à l’image du pays et à son rayonnement culturel. À ce niveau, Mohammed Bakrim rappelle d’ailleurs que “le Maroc revient de loin”, soulignant que le pays a longtemps été absent des grandes manifestations cinématographiques mondiales.
Dans ce contexte, il explique que cette dynamique s’est progressivement construite à partir des années 1990, avant de s’accélérer lors de la première décennie des années 2000. Le Festival international du film de Marrakech a, selon lui, joué un rôle important dans cette évolution.
Il évoque notamment un tournant marquant lors du Festival de Cannes 2005, avec “une double première mondiale pour le Maroc”. D’une part, le Centre cinématographique marocain (CCM) y a ouvert pour la première fois un stand professionnel. D’autre part, le Maroc est devenu le premier pays à inaugurer une section baptisée à l’époque “Cine Monde.”
Par la suite, cette présence s’est progressivement renforcée. Mohammed Bakrim souligne que “la machine est lancée”, avec un CCM désormais impliqué dans l’accompagnement des professionnels marocains dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Berlin ou à Venise.
Il note également une ouverture vers le cinéma d’animation ainsi qu’une présence croissante de professionnels marocains en Afrique subsaharienne. À ce propos, il évoque “une sorte de découpage implicite”, où “certains vont au nord et d’autres au sud.”
Cependant, le critique met en garde contre les limites d’une stratégie centrée essentiellement sur l’image et la visibilité. Selon lui, “le problème avec l’image, quand on travaille sur l’image à ce niveau, c’est que l’image finit par renvoyer à elle-même”. Autrement dit, la présence dans les festivals peut parfois devenir "une finalité en soi”, déconnectée d’un véritable contenu ou d’un ancrage solide dans la réalité du secteur cinématographique national.
Dans cette logique, Mohammed Bakrim estime que “la présence dans les festivals n’est pas toujours synonyme d’une bonne santé du cinéma d’un pays". Il préfère ainsi parler “d’une industrie qui porte les promesses d’une émergence”. S’il reconnaît l’existence de certaines promesses dans ce sens, il insiste néanmoins sur la nécessité de disposer avant tout d’un marché intérieur solide.
Pour illustrer cette idée, il cite les exemples de l’Inde et du Nigeria, considérés comme deux des plus grandes industries cinématographiques au monde. Selon lui, “Bollywood et Nollywood n’ont pas ce souci de la présence dans les festivals". Leur priorité reste avant tout de répondre aux attentes de leur marché intérieur. Mohammed Bakrim estime ainsi que “plus on est fort à l’intérieur, plus on a de fortes chances d’être perçus à l’étranger.”
Enfin, le critique avertit contre les effets d’une surexposition internationale qui pourrait masquer certaines difficultés structurelles. “Trop de visibilité rend parfois aveugle face aux dures réalités”, affirme-t-il. Et pour lui, ces réalités concernent principalement “le marché intérieur” ainsi que “l’insertion du cinéma dans son environnement socio-culturel”, qu’il considère comme des enjeux essentiels pour le développement réel du cinéma marocain.
Articles en relations
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture
Art & Culture