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Les arbitres marocains: Combien gagnent-ils et quels métiers exercent-ils loin du sifflet?
14/06/2026 - 13:01
Reda Zarrouk
Le regard sévère des arbitres sur les terrains, leurs tenues noires ou jaunes, et leurs sifflets qui suscitent parfois la polémique, cachent une autre facette, totalement éloignée du football.
Une facette liée à une vie professionnelle quotidienne pleine d’engagements et de responsabilités, entre l’enseignement, la sécurité, le droit, l’Administration, le travail indépendant et autres.
Malgré l’évolution du football marocain et l’intensité du débat autour de l’arbitrage ces dernières années, seule une petite partie des arbitres de la Botola Pro exerce l’arbitrage à temps plein.
La majorité continue d’exercer d’autres fonctions et métiers, tant que l’arbitrage marocain n’est pas encore entré dans l’ère du vrai professionnalisme, comme c’est le cas dans les plus grands championnats européens.
L’arbitrage marocain.. Entre amateurisme et professionnalisme
En Europe, l’arbitrage s’est transformé ces dernières années en une véritable profession, garantissant aux arbitres un revenu décent et des conditions de travail stables, leur permettant de se consacrer entièrement à la gestion des matchs et à la préparation physique et mentale.
En Ligue 1 française par exemple, l’arbitre central perçoit un salaire mensuel net de 7442 euros, avec une indemnité de 3124 euros par match, en plus d’autres avantages.
Les arbitres de Ligue 2 touchent 4666 euros par mois et 1646 euros par match.
En Liga espagnole, le championnat le mieux payé en Europe, le salaire de l’arbitre central atteint 13.900 euros par mois, auxquels s’ajoutent 4830 euros par match, plus une indemnité annuelle de 25.000 euros liée aux droits d’image.
En Angleterre, un système d’ancienneté est appliqué: l’arbitre débutant perçoit environ 7080 euros par mois, contre plus de 10.000 euros pour les arbitres expérimentés. Les salaires peuvent atteindre environ 14.750 euros pour les arbitres les plus expérimentés ou proches de la retraite.
En Italie, un barème différent est utilisé: les arbitres ayant dirigé moins de 50 matchs touchent 2500 euros par mois, et les salaires augmentent progressivement pour atteindre 7500 euros pour les arbitres internationaux.
En revanche, la situation est très différente au Maroc, où l’arbitrage reste loin du professionnalisme total.
L’arbitre central en Botola Pro 1 perçoit un salaire mensuel fixe de 5000 dirhams, en plus d’une indemnité de 1000 dirhams par match, d’une indemnité de déplacement estimée à 1 dirham par kilomètre, puis d’une indemnité de couchage de 1200 dirhams par nuit pour les matchs disputés dans des villes éloignées.
Même si ces indemnités restent meilleures qu’auparavant, elles ne permettent pas à la majorité des arbitres de vivre uniquement de l’arbitrage. C’est ce qui explique qu’ils continuent d’exercer d’autres métiers.
Les métiers des arbitres.. Officiers de police, enseignants et juristes
Même en Europe, certains arbitres exercent une autre activité en parallèle, malgré les salaires élevés qu’ils perçoivent.
L’arbitre français François Letexier, qui a dirigé la finale de l’Euro 2024, travaille comme commissaire de justice.
Le Néerlandais Björn Kuipers est l’un des arbitres les plus riches au monde, après avoir accumulé une fortune grâce à ses investissements dans les supermarchés.
L’Allemand Markus Merk, l’un des plus grands arbitres des années 2000, était dentiste, tout comme le Français Éric Wattellier.
L’Allemand Felix Brych est docteur en droit et travaille comme conseiller juridique.
L’Italien Daniele Orsato a commencé sa carrière comme électricien.
D’autres ont travaillé dans la police, comme l’Anglais Howard Webb et la Française Stéphanie Frappart.
Au Maroc, le profil est davantage lié aux métiers traditionnels. Un grand nombre d’arbitres sont professeurs d’éducation physique, comme Hamza El Fariq, Nawfal Nachit, Amine El Maataoui et Mohamed Jamlaoui, ainsi que d’anciens noms comme Yahya Hadka et Hicham Tiazi.
Beaucoup d’arbitres sont aussi issus des forces de sécurité. L’ancien arbitre international Noureddine Jaafari était officier de police. Saïd Tahiri, qui a dirigé plusieurs derbies et deux finales de Coupe du Trône, a travaillé dans le même domaine.
L’ancien arbitre Souleimane Brhami était commissaire de police. L’arbitre actuel Nabil Benrkia est officier de police, Zakaria El Bouchtoui est inspecteur de police, Abdel Rahim El Rkhiz est policier, aux côtés d’autres noms liés aux appareils sécuritaires comme Daki Errad et Bouchra Karboubi.
L’ancien arbitre international Adil Zourak était officier militaire, tandis que Khalid Ennouni était attaché de justice et Saïd Boughediri travaille dans l’Administration pénitentiaire.
D’autres ont choisi le droit, comme l’ancien arbitre international Bouchaïb El Ahrach et l’arbitre actuel Achraf Barada. Toute la semaine ils plaident devant les tribunaux, et le week-end ils enfilent la tenue d’arbitre.
Dans le secteur privé, on retrouve l’arbitre international Jalal Jayed, qui représentera l’arbitrage marocain au Mondial 2026, aux côtés de Karim Sabry, Abderrahim Arajoun et Abdellah El Achiri qui dirigent des projets et entreprises privées.
Hicham Tamsamani possède un magasin d’articles sportifs. L’ancien arbitre Mounir Mabrouk travaille comme fonctionnaire à la commune de Casablanca.
De joueurs de football à arbitres
L’arbitrage marocain a aussi vu émerger des noms qui ont commencé leur parcours sur le terrain comme joueurs, avant de passer au sifflet.
Le regretté Saïd Belqola, premier arbitre arabe et africain à diriger une finale de Coupe du Monde en 1998, reste l’exemple le plus marquant. Il a commencé comme gardien de but au Widad de Tiflet et au KAC de Kénitra dans les catégories jeunes, avant de se tourner vers l’arbitrage assez tard, en parallèle de son travail d’inspecteur des douanes.
L’ancien arbitre international Khalil Rouissi a suivi le même chemin: il a joué au football à Khouribga avant de trouver sa vraie passion dans l’arbitrage, tout en travaillant comme fonctionnaire à l’Agence urbaine.
Concilier travail et arbitrage.. Une mission complexe
Derrière chaque match dirigé par un arbitre se cache une vie quotidienne compliquée, avec des engagements et des défis permanents pour concilier emploi fixe et arbitrage.
Redouane Jiyed, directeur de la Direction nationale de l’arbitrage et ancien arbitre international, a confirmé que cumuler arbitrage et autre profession pose de vraies contraintes, surtout avec la densité du calendrier et le nombre de matchs à certaines périodes de la saison.
Jiyed a déclaré à SNRTnews que certains arbitres sont obligés de demander des congés exceptionnels ou de s’absenter souvent du travail, notamment quand deux journées sont programmées la même semaine. Certains ont même perdu leur emploi, surtout dans le privé, à cause de leurs engagements arbitrales.
Il a ajouté que l’arbitrage de haut niveau exige une grande présence physique et mentale, avec des entraînements quotidiens, des tests physiques, des ateliers de formation et des stages continus, en plus des longs déplacements pour diriger les matchs. Ce qui rend la conciliation entre travail et arbitrage très complexe.
Le directeur de la Direction nationale de l’arbitrage a précisé que seuls certains métiers offrent plus de flexibilité, comme les propriétaires d’entreprises ou ceux dont le poste permet des absences temporaires. Les autres rencontrent beaucoup de difficultés.
L’arbitrage marocain se rapproche-t-il du professionnalisme?
Selon des observateurs, l’arbitrage marocain, malgré les progrès réalisés ces dernières années, a encore besoin d’étapes supplémentaires pour atteindre le vrai professionnalisme, surtout pour améliorer les salaires, les conditions de travail et la formation continue.
Redouane Jiyed a souligné que la Fédération Royale Marocaine de Football a fait des efforts importants ces dernières années, en instaurant un salaire mensuel fixe pour les arbitres et en leur fournissant le matériel nécessaire. Avant, l’arbitre payait une partie de son équipement de sa poche, sans salaire fixe, et ne recevait que des indemnités de match.
Mais malgré ces avancées, l’arbitre marocain doit encore vivre entre deux mondes: le monde du travail quotidien avec ses pressions et responsabilités, et le monde des stades avec son stress, ses critiques et la pression constante des supporters et des médias.
Entre les deux, les “juges des terrains” tentent de garder un équilibre fragile, qui leur permet de continuer à courir derrière un sifflet qui peut, en un instant, devenir source de polémique. Mais ce sifflet cache aussi des histoires humaines et professionnelles que peu de gens connaissent.
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