Economie
Et si la croissance économique passait par elles?
11/11/2025 - 18:05
Matar Bensalmia
Elles étudient, réussissent, s’imposent parfois. Pourtant, dans le monde arabe élargi jusqu’à l’Afghanistan et au Pakistan, elles sont encore trop peu nombreuses à franchir les portes du marché du travail.
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé "Emplois et femmes: Talents inexploités, croissance non réalisée", la région MENAAP détient le taux de participation féminine le plus faible au monde. Et derrière cette statistique se cache une perte colossale de croissance, de créativité et d’équilibre social.
Des barrières invisibles mais tenaces
Selon le rapport présenté ce mardi à Rabat, les freins à l’emploi féminin ne tiennent pas qu’à l’économie, mais à un ensemble d’obstacles. Il s’agit entre autres des normes sociales restrictives, de lois inégalitaires, d’infrastructures déficientes et du secteur privé trop frileux.
Dans plusieurs pays, les femmes n’ont toujours pas les mêmes droits de mobilité, de rémunération ou de sécurité professionnelle que les hommes. Les transports publics peu sûrs, le manque de structures de garde d’enfants abordables et la persistance d’idées reçues sur le rôle de la femme continuent d’éloigner des millions d’entre elles du travail.
Même les politiques bien intentionnées peuvent se retourner contre leurs bénéficiaires. Lorsque les entreprises sont seules à devoir supporter le coût des congés ou de la garde d’enfants, beaucoup renoncent à recruter des femmes. Résultat: le système entretient malgré lui les inégalités qu’il prétend corriger.
La Banque mondiale appelle à un sursaut collectif
Pour la Banque mondiale, aucune réforme isolée ne suffira. L’organisation plaide pour une approche globale: réviser les lois, moderniser les transports, partager les congés parentaux, sécuriser les espaces publics, et surtout, transformer les mentalités.
Les perceptions comptent autant que les règles. Là où les modèles féminins se multiplient, où les femmes sont visibles dans des métiers variés, les normes évoluent naturellement. Et lorsque les barrières culturelles sont fortes, le télétravail ou les plateformes numériques peuvent offrir des alternatives immédiates.
Le secteur privé est appelé à jouer un rôle central. En stimulant la concurrence, en favorisant l’entrepreneuriat féminin et en diversifiant l’économie, il peut ouvrir la voie à une croissance inclusive, moins dépendante du secteur public.
Un pari sur l’avenir
Car l’enjeu dépasse la simple équité: il est économique. Selon les estimations du rapport, la levée des obstacles à l’emploi féminin pourrait faire bondir le PIB par habitant de 20 à 30% dans certains pays comme l’Égypte, la Jordanie ou le Pakistan.
Autrement dit, libérer le potentiel des femmes, c’est libérer la croissance elle-même.
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