Politique
Étudiants et politique: entre engagement, défiance et quête de renouveau
10/04/2026 - 10:14
Chahrazad Aiouch
La place des jeunes dans le champ politique revient au cœur des débats, à l’heure où le Maroc connaît des évolutions politiques et sociales marquées, notamment celle des étudiants, porteurs d’un regard critique et analytique sur les dynamiques en cours.
Entre l’ambition de redonner ses lettres de noblesse à l’action politique et la persistance de l’abstention et de la perte de confiance, se fait sentir le besoin d’une compréhension plus approfondie des représentations des jeunes vis-à-vis de la politique et de leur rôle dans l’action publique.
À l’approche des échéances électorales, l’intérêt pour les positions de cette catégorie s’intensifie, qu’elles émanent de l’intérieur des organisations partisanes ou de l’extérieur, en tant que levier essentiel de toute transformation démocratique réelle. Dans ce cadre, les déclarations d’une jeune non affiliée à un parti et d’un jeune engagé politiquement reflètent deux visions complémentaires de la réalité politique et des perspectives de participation.
Dans ce cadre Salma Karich, chercheuse en droit public à la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales – Souissi à Rabat, estime que réduire la politique à un simple rapport de force autour du pouvoir constitue une simplification excessive.
Elle affirme que la politique est, dans son essence, "une ingénierie rationnelle du vivre-ensemble", permettant de gérer les contradictions sociales de manière réaliste et de traduire les revendications quotidiennes en politiques publiques structurées, garantes de stabilité et de réponse aux besoins des citoyens.
Elle précise que ses attentes vis-à-vis des prochaines échéances ne se limitent pas à des slogans, mais reposent sur la nécessité de proposer des programmes réalistes, fondés sur une compréhension approfondie des réalités économiques et sociales.
Selon elle, toute réforme juridique ou constitutionnelle reste limitée si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration concrète des conditions de vie. Elle insiste également sur l’importance de l’autonomisation des jeunes et de leur implication dans les sphères décisionnelles comme condition de la pérennité et de l’efficacité des institutions.
Concernant la participation politique, elle affirme qu’elle votera, considérant que le boycott représente un retrait qui laisse le champ libre à des minorités organisées. Le vote constitue, selon elle, un acte rationnel visant à contribuer à la construction d’institutions représentatives fondées sur une volonté réelle.
S’agissant de son évaluation de la situation politique, elle souligne l’existence d’un décalage entre les élites et la société, malgré la présence de cadres juridiques et institutionnels, évoquant un sentiment croissant de perte de confiance. Elle appelle ainsi à reconstruire le lien entre l’acteur politique et le citoyen, sur la base de la proximité et de l’écoute.
Elle met également en avant la dimension éthique de l’action politique, estimant que l’absence de conscience professionnelle vide la politique de sa dimension humaine, et plaide pour l’ancrage de la responsabilité morale comme condition essentielle d’une pratique politique crédible.
De son côté, Abdessamad Chaker, jeune membre du Parti de l’Istiqlal et conseiller communal élu à la commune de Mechouar Fès Jdid, propose une lecture issue de son expérience institutionnelle.
Il considère que la politique ne se réduit pas à une compétition électorale, mais qu’elle constitue avant tout une responsabilité éthique et un engagement au service du citoyen, visant la justice sociale, tout en insistant sur la nécessité de bâtir des institutions solides fondées sur la transparence et la reddition des comptes.
Il souligne que la scène politique fait face à des défis liés à la désaffection d’une partie des jeunes, qu’il attribue notamment à un manque de confiance ou au sentiment d’inefficacité du vote, estimant que le dépassement de cette situation passe par le renouvellement du discours politique et l’intégration réelle des jeunes dans les sphères décisionnelles.
Concernant les prochaines échéances, il affirme qu’il participera au vote, convaincu que la participation constitue le principal levier du changement, appelant les jeunes à un engagement positif au sein des institutions.
Il précise également que sa candidature éventuelle reste conditionnée par sa capacité à apporter une réelle valeur ajoutée, la confiance des citoyens et la disponibilité de conditions propices à une pratique politique responsable, se disant prêt à assumer cette responsabilité si ces critères sont réunis.
Malgré la diversité de leurs positions, ces deux voix convergent autour d’un enjeu central: la nécessité de reconstruire la confiance entre les jeunes et la politique, afin d’en faire un véritable outil de changement, plutôt qu’un espace de désengagement ou d’indifférence.
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