Société
Feuille de soins électronique: vers une nouvelle ère du parcours médical au Maroc
15/10/2025 - 18:02
Khaoula Benhaddou
Prévue pour une mise en œuvre progressive à partir de 2026, la feuille de soins électronique (FSE) marque une étape importante dans la digitalisation du système de santé marocain. Une phase pilote sera lancée à Kénitra, avant une généralisation à l’ensemble du territoire. La FSE, ainsi que le dossier patient partagé, ont été au centre d’une réunion réunissant la CNSS, l’entreprise Netopia et le Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP). Voici les détails
La feuille de soins électronique et le dossier patient partagé figurent parmi les dossiers du ministère de la Santé. Leur objectif est double: simplifier les démarches pour les patients et faciliter la tâche des médecins.
Grâce à la Feuille de soin électronique, les différentes prestations (consultations, analyses, imagerie, pharmacie) seront facturées séparément, permettant ainsi un remboursement plus rapide et plus clair. Les données seront transmises de manière sécurisée, soit via la plateforme de la CNSS, soit directement depuis le logiciel médical du praticien. Le patient sera notifié à chaque étape de la transmission.
Au-delà de la simplification administrative, ce dispositif permettra un suivi médical entièrement numérisé, garantissant la continuité des soins sans avoir à transporter de dossiers papier. Les médecins pourront consulter l’historique complet des consultations de leurs patients, dans la quasi-totalité des établissements sanitaires du Royaume.
Autre avantage majeur: la réduction des délais d’indemnisation pour les prestations de santé, puisque le système sera directement relié à celui de la CNSS.
Une mise en œuvre progressive à partir de 2026
le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, a précisé, lors d’une interview accordée à 2M, que la FSE remplacera progressivement la version papier, avec un objectif clair: supprimer totalement la feuille de soins traditionnelle; "Le patient n’aura plus besoin de transporter une feuille de soins pour consulter un médecin ou se rendre à la pharmacie", a-t-il expliqué.
Toutes les étapes du parcours de soins seront ainsi digitalisées, entraînant une accélération des remboursements et une réduction des coûts de gestion pour la CNSS. Une phase transitoire est toutefois prévue: la version électronique cohabitera avec la version papier tant que le système numérique ne sera pas pleinement opérationnel.
Les réserves des professionnels du secteur
Contacté par SNRTnews, Dr Saïd Afif, président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés, rappelle que le sujet de la digitalisation n’est pas nouveau, tout comme celui de la tarification nationale de référence, inchangée depuis 2006; "Les trois syndicats - le Collège syndical national des médecins spécialistes, le Syndicat national des médecins du secteur libéral et la Société Marocaine de Médecine Générale- ainsi que l’Association des cliniques privées ont signé la convention de janvier 2020, mais elle n’a toujours pas été actée", souligne-t-il.
Il déplore que cette situation pénalise le patient; "Pour une consultation chez un généraliste, le patient paie 200 dirhams, mais n’est remboursé qu’à hauteur de 80 dirhams. Chez un spécialiste, il paie 300 dirhams pour un remboursement de seulement 150 dirhams. Cela pousse de nombreux malades, notamment chroniques, à renoncer aux soins", précise le médecin qui appelle à activer la TNR pour assurer la prise en charge juste et équitable des malades.
Concernant la FSE, le Dr Afif regrette que les médecins n’aient pas été consultés en amont; "Nous avons été invités à une réunion d’information, mais pas associés à la conception du projet. Une digitalisation réussie nécessite concertation et accompagnement de toutes les parties concernées".
Il rappelle également que la mise en place du système représente une charge supplémentaire pour les praticiens du secteur privé; "La feuille de soins numérique demande du matériel, du personnel formé et du temps. Les médecins devront investir dans des logiciels, des secrétaires, et du matériel informatique. Cela ne peut se faire sans soutien".
Des revendications pour une approche “gagnant-gagnant”
Le président du CSNMSP plaide pour une prise en charge partielle des coûts par la CNSS; "Nous demandons que la CNSS couvre 50% de la cotisation, à l’image du système français où la CNAM soutient les professionnels. Cela profiterait à tout le monde: la CNSS réduirait ses charges, et les médecins seraient incités à participer pleinement".
Et d’ajouter: "Si les acteurs de terrain ne sont pas impliqués, le projet ne fonctionnera pas. La réussite de cette réforme dépendra de l’adhésion des médecins et de l’accompagnement réel du ministère".
La mise en place de la feuille de soins électronique représente une étape décisive vers un système de santé plus moderne, transparent et efficace. Mais pour que cette réforme tienne ses promesses, elle devra s’appuyer sur une concertation réelle avec les professionnels et un accompagnement adapté aux défis du terrain.
Sans cette adhésion collective, la digitalisation du parcours de soins risque de rester dans la salle d’attente plutôt qu’une révolution au service du patient.
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