Economie
Hausse des prix du poulet: Les explications des professionnels
06/01/2025 - 16:49
SNRTnews
Le marché marocain connaît une augmentation significative des prix du poulet, un produit de base dans l’alimentation des ménages. Selon les producteurs, plusieurs facteurs expliquent cette hausse qui suscite des préoccupations parmi les consommateurs.
Youssef El Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), a expliqué à SNRTnews que cette augmentation des prix s'explique principalement par une demande accrue. Ce phénomène est lié au basculement des consommateurs vers la viande blanche en raison du renchérissement des prix de la viande rouge. À cela s'ajoute une augmentation significative du coût des aliments pour volailles, qui représentent 80 % des charges de production.
Les prix des matières premières, notamment le maïs et le soja, importées des marchés internationaux, ont connu des hausses marquées, réduisant la rentabilité des éleveurs. Par exemple, le coût de production d'un kilogramme de poulet dépasse désormais 18 dirhams, alors que le prix des aliments composés a atteint 4,5 dirhams le kilogramme.
Les intermédiaires et les défis sanitaires
Selon El Alaoui, les intermédiaires jouent également un rôle dans l'augmentation des prix, en captant une part importante des marges de vente. Bien qu'ils assurent un rôle essentiel de liaison entre les producteurs et les consommateurs, leur impact sur le coût final est significatif.
Mohamed Abboud, président de l'Association nationale des éleveurs de poulets de chair, a pour sa part dénoncé la qualité médiocre des aliments pour volailles et la propagation de maladies chez les poussins, ce qui alourdit davantage les coûts. Il a signalé que le prix des poussins atteint désormais 14 dirhams, bien au-delà des 4 dirhams considérés comme raisonnables, poussant de nombreux petits et moyens éleveurs à quitter le marché en raison des dettes accumulées.
Et d'ajouter qu'environ 50 % des éleveurs, notamment les plus modestes, ont cessé leurs activités en raison de l'augmentation des coûts et de l'absence de soutien suffisant. Cette situation risque d'encourager l'achat de produits d'origine douteuse, mettant potentiellement en danger la santé publique.
Pour faire face à cette crise, un récent dialogue entre le ministre de l'Agriculture, Ahmed Bouari, la fédération interprofessionnelle et les acteurs du secteur a permis de discuter de plusieurs mesures. Ces dernières incluent le soutien aux éleveurs, la réduction des coûts de production, l'investissement dans la production locale de poussins reproducteurs pour limiter la dépendance aux importations, ainsi que l'organisation du secteur pour réduire l’influence des intermédiaires.
Malgré certaines initiatives gouvernementales, comme l’exonération des droits de douane sur l'importation de poussins et des avantages fiscaux, leur impact sur la stabilisation des prix reste limité. Les espoirs reposent sur une meilleure structuration et un renforcement de la production locale pour protéger à la fois les éleveurs et les consommateurs.
Un rapport du Conseil de la concurrence publié en décembre dernier a mis en lumière des déséquilibres dans le secteur des aliments composés. Le conseil a relevé des pratiques commerciales restrictives au sein de chaînes intégrées, où les éleveurs dépendent souvent de fabricants d’aliments appartenant à des groupes auxquels ils sont affiliés. Cette situation limite la concurrence et aggrave les tensions sur les prix.
Alors que la demande en viande de poulet devrait augmenter à l'approche du Ramadan, les efforts de réorganisation du secteur apparaissent cruciaux pour garantir un approvisionnement stable et des prix accessibles.
Par Khawla Znaizini
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