Economie
HCP: L’investissement, pilier stratégique mais à rendement modéré
15/07/2025 - 12:14
Mohammed Fizazi
Le Budget économique exploratoire 2026 du Haut Commissariat au Plan (HCP) consacre une attention particulière au rôle central de l’investissement dans le modèle de croissance du Maroc. Malgré un taux de formation brute de capital fixe (FBCF) historiquement élevé, le document souligne un rendement économique modéré de cet investissement, posant la question de son efficacité structurelle
Dans un contexte international marqué par des incertitudes persistantes, l’investissement reste néanmoins l’un des principaux moteurs de la dynamique nationale, avec des prévisions favorables pour 2025 et 2026.
Le taux d’investissement brut devrait s’élever à 31,2 % du PIB en 2025 et 31,6 % en 2026, en hausse par rapport aux 30,1 % estimés pour 2024. Cette orientation ascendante est portée par la relance des chantiers d’infrastructure, l’exécution de la nouvelle Charte de l’investissement, ainsi qu’un environnement de financement jugé favorable. L’investissement devrait ainsi contribuer à hauteur de 3,0 points de croissance en 2025 et 2,3 points en 2026, selon les prévisions du Haut-Commissariat au Plan.
L’effort d’investissement concerne à la fois les secteurs public et privé. Du côté public, les dépenses d’investissement devraient représenter 6,8 % du PIB en 2025 et 6,6 % en 2026, traduisant la volonté des pouvoirs publics de maintenir un niveau d’engagement élevé malgré la poursuite de l’assainissement budgétaire. Ces dépenses ciblent en particulier les infrastructures stratégiques, les projets sociaux, et la reconstruction des zones sinistrées. Le secteur privé est également soutenu par les incitations issues de la réforme de la gouvernance de l’investissement et les partenariats public-privé en cours.
L’investissement productif est particulièrement dynamique dans les secteurs industriels, miniers et touristiques. En 2025 et 2026, la croissance du secteur du BTP, estimée respectivement à 4,9 % et 4,1 %, sera portée par les projets liés à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, les préparatifs du Mondial 2030, ainsi que les programmes de logements et de résilience post-séisme. L’industrie manufacturière, soutenue par des investissements étrangers, bénéficiera d’une croissance de 3,6 % en 2025 et 4,0 % en 2026, alimentée notamment par le développement de nouveaux pôles dans les filières chimiques, agroalimentaires et automobiles.
Sur le plan macroéconomique, cette dynamique se traduit par une amélioration attendue du taux d’épargne nationale, qui atteindrait 29,4 % du PIB en 2025 et 29,8 % en 2026, contre 28,9 % en 2024. Toutefois, l’écart entre investissement et épargne devrait induire un besoin de financement équivalent à 1,8 % du PIB en 2025 et 1,9 % en 2026, ce qui reste maîtrisé selon les standards internationaux.
Malgré ces indicateurs positifs, le document dresse un constat critique sur le rendement global de l’investissement. Sur longue période, l’économie nationale affiche un coefficient marginal du capital (ICOR) élevé, illustrant une efficacité réduite : 6,1 sur la période 2000–2009, puis 12,5 entre 2010 et 2019, et 11,8 entre 2010 et 2023, bien au-delà des niveaux observés dans les pays à revenu intermédiaire. Cette situation reflète une faiblesse de l’impact de l’investissement sur la croissance, avec une contribution moyenne à la croissance du PIB qui a diminué de 1,7 point à 0,9 point entre les deux décennies. L’amélioration récente constatée sur 2021–2024 (1,2 point) reste insuffisante pour combler ce déficit d’efficience.
Par ailleurs, la faible intensité en emploi de l’investissement constitue une autre limite majeure. Alors que chaque point de croissance générait en moyenne 30.000 emplois nets entre 2000 et 2009, ce chiffre est tombé à 20.000 emplois entre 2010 et 2019. Cette évolution révèle une moindre capacité de l’économie à transformer les investissements en opportunités d’emploi durables, en dépit des efforts déployés en matière de formation et de modernisation du tissu productif.
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