Société
IRES: Le Maroc trace la voie vers l'émancipation des femmes à l'horizon de 2050
24/06/2025 - 20:07
Matar Bensalmia
Depuis l’indépendance, le Maroc a engagé une série de réformes en faveur des droits des femmes, marquées par des avancées majeures telles que la réforme de la Moudawana en 2004 et l’inscription du principe d’égalité entre les sexes dans la Constitution de 2011.
Pourtant, malgré ce socle juridique et institutionnel, de profondes disparités subsistent. C’est dans cette dynamique que l’Institut Royal des Études Stratégiques (IRES) a récemment publié une étude intitulée “L’avenir de la femme marocaine à l’horizon 2050: nœuds du futur et orientations de politiques publiques”. Ce rapport dresse un diagnostic rigoureux de la situation des femmes au Maroc, anticipe les défis structurels à venir et propose une stratégie claire pour concrétiser une égalité effective entre les sexes.
Dans les détails, l’étude révèle une lente mais réelle progression vers la dépatriarcalisation de la sphère domestique, marquée par une répartition plus équilibrée des rôles au sein du foyer, une plus grande autonomie des femmes dans leurs choix électoraux et un soutien croissant à l’égalité homme-femme.
Toutefois, malgré les avancées normatives, de fortes disparités persistent entre les textes et leur application concrète. Les femmes ne représentent que 19,8 % de la population active, souffrent de niveaux d’éducation encore faibles, sont fortement exposées à la violence, et restent majoritairement cantonnées à des positions précaires sur le plan économique. Leur présence dans les espaces de décision demeure marginale, freinant leur pleine participation au développement du pays.
Dans une démarche prospective et systémique, l’étude identifie cinq nœuds majeurs qui risquent d’entraver l’émancipation féminine à l’horizon 2050. Il s'agit de la précarité économique et sociale persistante, l’accès limité au marché du travail et aux postes de décision, les inégalités territoriales entre milieux urbains et ruraux, la lenteur des réformes juridiques et institutionnelles, ainsi que la persistance de représentations traditionnelles sur le rôle de la femme dans la famille et la société.
Deux scénarios sont donc envisagés. Un scénario tendanciel, qui prolonge les politiques actuelles aux effets limités, et un scénario transformateur, qui suppose des ruptures profondes dès 2030. Ce dernier s’inscrit dans une dynamique stratégique, notamment en lien avec les préparatifs du Maroc pour accueillir la Coupe du Monde 2030, et pourrait servir de levier à une refondation sociale fondée sur l’égalité.
À la lumière des expériences internationales, l’étude propose cinq orientations stratégiques pour impulser un changement durable. La première concerne la révision du Code de la famille, pour garantir l’égalité entre époux en matière de garde des enfants, de partage des biens, et d’héritage, en conformité avec les normes constitutionnelles et internationales. La seconde met l’accent sur l’élaboration de politiques économiques inclusives, favorisant l’intégration des femmes dans les chaînes de valeur productives, avec une attention particulière aux zones rurales et à l’économie informelle.
La troisième orientation prône le renforcement de l’accès aux services de santé, notamment la santé reproductive, la couverture médicale, ainsi que la lutte contre la violence domestique. Le quatrième axe vise à élargir la participation des femmes aux fonctions de décision, en favorisant leur présence dans les partis politiques, le parlement, les collectivités territoriales et les institutions constitutionnelles. Enfin, la cinquième orientation recommande d’adapter les politiques publiques à l’évolution sociétale, en inscrivant l’égalité comme un principe transversal dans l’éducation, les médias, et les pratiques culturelles.
L’étude souligne ainsi la nécessité d’un volontarisme politique fort pour transformer les recommandations en réalités tangibles.
L’égalité ne saurait rester un simple slogan. Elle doit s’incarner dans des politiques concrètes, institutionnalisées, et évaluées. Le Maroc ne pourra construire un avenir prospère sans l’implication pleine et entière de ses citoyennes. Pour que l’égalité ne soit plus un horizon lointain, mais une composante essentielle du projet de développement national.
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