Technologie
Jalal Charaf: l’Afrique doit inventer sa propre voie technologique
08/05/2025 - 22:41
Matar Bensalmia | Mohammed ChafiDans un monde en pleine mutation technologique, l'Afrique doit capitaliser sur les avancées en intelligence artificielle et en Deep Tech pour répondre à ses défis structurels. C’est le message porté par Jalal Charaf, Chief Digital Officer à l’UM6P, lors d’un entretien accordé à SNRTnews.
La course mondiale vers l’intelligence artificielle et aux technologies émergentes n’est pas une menace, mais une chance. "Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est une grande compétition entre ceux qui développent ces technologies, et c’est pour notre bénéfice à tous", affirme Jalal Charaf. Pour lui, les solutions qui en émergent permettent de transformer en profondeur nos manières de travailler, d’innover, de faire de la recherche… et surtout d’apprendre.
Ces transformations trouvent une résonance particulière dans les besoins spécifiques de l’Afrique, où les enjeux vitaux sont nombreux. "L’intelligence artificielle peut aider à résoudre des problèmes anciens et lourds, comme la gestion de l’eau. Quand il pleut, tout va bien. Mais quand il ne pleut pas, c’est critique", alerte-t-il. La santé est un autre domaine clé. Selon lui, "L’IA est aujourd’hui capable de détecter certains cancers jusqu’à cinq ans à l’avance, simplement à partir d’une image".
Mais alors que l’innovation exige des moyens conséquents, Charaf dresse son constat. "L’Afrique ne met pas les ressources suffisantes dans la recherche. Les grandes révolutions technologiques viennent d’écosystèmes où beaucoup de scientifiques et de capitaux ont été réunis". Il cite en exemple la DARPA, l’agence américaine qui a donné naissance à Internet ou encore au GPS.
Face à cette réalité, il ne prône pas une course à la surenchère technologique, mais plutôt une stratégie pragmatique. "Ce qui va nous permettre d’avancer, ce sont nos problèmes. Quand l’eau devient un enjeu de survie, on n’a pas besoin des dernières technologies, mais d’un usage intelligent de ce qui est accessible". Dans ce sens, la technologie devient un levier d’innovation sociale, bien plus qu’un simple luxe de pays développés.
Par ailleurs, à travers l’UM6P, Jalal Charaf s’emploie à démocratiser l’accès à la technologie sur le continent. "On essaie de donner aux jeunes Africains les moyens, l’infrastructure, l’ambiance propice à l’innovation".
Avec le plus grand Data Center du continent, l’UM6P tente de combler une partie du retard en puissance de calcul, même si, reconnaît-il, "chaque semaine, le monde nous dépasse dix fois".
Selon la même source, le développement de la Deep Tech est un investissement de long terme. "Il faut des investisseurs patients, capables d’attendre 10 à 15 ans avant d’espérer un retour. Mais les résultats sont prometteurs".
Pour Jalal Charaf, l’Afrique n’a pas besoin de suivre tous les pas des géants technologiques, mais de tracer son propre chemin, en mettant la technologie au service des priorités vitales. Une vision qui appelle à l’audace, à la patience, mais surtout à l’action.
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