Société
L’adolescence à l’ère des compagnons virtuels: entre isolement et dépendance
28/08/2025 - 09:30
Meriem Khaer
L’utilisation des applications de l’intelligence artificielle comme compagnons peut causer plusieurs troubles psychologiques chez les adolescents ce qui suscite l’inquiétude des parents.
L’émergence des compagnons virtuels d’intelligence artificielle bouleverse les liens sociales des adolescents. Ces outils peuvent réduire à un certain niveau le sentiment de solitude et offrir un espace d’expression sécurisant, mais ils présentent également des risques de dépendance et d’isolement social.
Dans une déclaration à SNRTnews, la psychologue clinicienne, Ichrak El Khaderyene, affirme que les adolescents tissent de nouveaux liens au-delà du cadre familial et amical, grâce aux compagnons virtuels dotés d’intelligence artificielle. "Ces entités numériques, programmées pour dialoguer, écouter et accompagner, séduisent de plus en plus des jeunes qui recherchent l’attention et la compréhension", dévoile la psychologue.
La psychologue explique que si ces interactions offrent une disponibilité permanente et une apparente neutralité émotionnelle, elles posent néanmoins des interrogations fondamentales. En effet, certains chercheurs y voient une opportunité d’accompagnement psychologique et éducatif, tandis que d’autres alertent sur les risques de dépendance, de repli sur soi et d’appauvrissement des relations humaines authentiques.
Dr. El Khaderyene souligne que l’adolescence est une étape où le besoin d’appartenance et de relations sociales prend une importance considérable. Dans ce contexte, les compagnons virtuels apparaissent comme une solution rapide et accessible pour combler certaines formes de solitude.
Un adolescent timide ou mis à l’écart de son groupe peut trouver dans ces échanges virtuels une présence rassurante et une oreille “attentive”, ce qui réduit ce sentiment d’isolement. "Le fait d’avoir un interlocuteur toujours disponible permet parfois de libérer la parole et de renforcer le sentiment d’être compris", poursuit-elle.
En préférant les dialogues simples et sans conflit offerts par l’intelligence artificielle, certains jeunes risquent d’éviter les interactions humaines, qui nécessitent des efforts, de la patience et une gestion des émotions complexes, ce qui renforce le repli sur soi.
Ce choix peut limiter l’apprentissage de compétences sociales essentielles. "Par exemple, un adolescent qui choisit de discuter avec son application plutôt que de résoudre un désaccord avec un ami perd une occasion de développer ses aptitudes relationnelles", explique la psychologue.
Selon la psychologue, ce phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il reste difficile à détecter. Contrairement à l’isolement causé par l’excès de jeux vidéo ou de réseaux sociaux, l’adolescent semble actif et en interaction, mais il s’agit d’échanges sans véritable lien social.
Ainsi, les compagnons virtuels peuvent agir comme un soutien contre la solitude, mais lorsqu’ils remplacent les relations humaines, ils risquent de renforcer l’isolement au lieu de le réduire. Dr. El Khaderyene dévoile que les effets des compagnons virtuels dépassent la dimension sociale et touchent directement la psychologie des jeunes. "L’adolescence étant une période de recherche d’identité et de construction de la personnalité, les interactions virtuelles influencent ce processus de plusieurs manières", précise-t-elle.
Sur le plan positif, elles offrent un espace d’expression sécurisant. Certains adolescents, hésitant à confier leurs inquiétudes à leurs proches, utilisent l’IA pour partager leurs émotions. Cette verbalisation peut soulager le stress et donner l’impression d’être compris. De plus, certaines applications proposent des conseils en matière de bien-être, contribuant à une meilleure gestion émotionnelle.
Néanmoins, ces bénéfices s’accompagnent de limites. La relation avec un compagnon virtuel reste artificielle: les réponses, dites adaptées, ne proviennent pas d’une véritable empathie humaine. L’adolescent peut développer une dépendance affective à un interlocuteur qui n’est, au fond, qu’un programme. Par exemple, un jeune qui confie exclusivement ses angoisses à son application peut s’éloigner progressivement de ses parents ou de ses amis, fragilisant ainsi ses liens réels.
Ce décalage peut aussi engendrer de la frustration. Les relations humaines, parfois complexes et imparfaites, peuvent paraître décevantes en comparaison avec la "facilité" des échanges virtuels. L’adolescent risque alors de se sentir incompris dans son entourage, accentuant son mal-être.
En somme, la psychologue précise que si les compagnons virtuels peuvent avoir un effet apaisant ponctuel, ils ne sauraient remplacer l’accompagnement émotionnel offert par des relations humaines authentiques, nécessaires au développement identitaire. Face à ces enjeux, la psychologue appelle les parents à accompagner leurs enfants et à encadrer l’usage des compagnons virtuels à fin d’avoir une utilisation équilibrée.
Pour réaliser cette équilibre, Dr. El Khaderyene trace trois étapes:
Instaurer un dialogue ouvert
Les parents doivent discuter avec leurs enfants de ce qu’ils trouvent dans ces compagnons virtuels, sans jugement ni interdiction brutale. Cette approche favorise la confiance et encourage l’adolescent à développer un regard critique sur ses pratiques, explique-t-elle.
Renforcer les liens sociaux réels
Les activités en famille, la pratique sportive ou la participation à des projets collectifs permettent de maintenir un équilibre entre monde virtuel et vie sociale. L’IA peut être un complément, mais elle ne doit pas se substituer aux interactions humaines.
Rester attentifs aux signes d’isolement
Les parents doivent rester attentifs aux signes de dépendance ou d’isolement. Un adolescent qui passe la majorité de son temps en interaction avec son compagnon virtuel, au détriment de ses amis et de ses loisirs, peut nécessiter un accompagnement supplémentaire, parfois même l’aide d’un professionnel. Le rôle des parents est donc de guider, d’écouter et d’équilibrer, afin que l’usage des compagnons virtuels reste une ressource, et non une source de fragilisation.
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