Art & Culture
L'autisme au cinéma marocain: une représentation au rythme du spectaculaire
23/05/2026 - 11:42
Malak Zougagh
L’autisme, étant le trouble le plus convoité par les séries et films, ses manifestations se perdent entre les récits dramatiques et théâtraux, un miroir reflétant la surface polie et ombragée du spectre autistique.
Toute interprétation réussie nécessite une compréhension profonde et une documentation sur le trouble. L’autisme se présente sous différentes formes et comprend plusieurs degrés. D’après l’expertise de la psychothérapeute Bouchra Benyezza, “...le degré le plus léger du spectre autistique est l’Asperger… les personnes atteintes de cette forme d’autisme peuvent communiquer, avoir des interactions avec l’entourage proche, pas de problème moteur, ni émotionnel, mais vivent dans une forme de 'méfiance sociale', tout en ayant une capacité à interagir…”
Ces manifestations propres au trouble autistique, une fois exploitées correctement à l’écran ou au cinéma, feront de ces deux médiums un vecteur de lien social et de sensibilisation “pour favoriser l’empathie à l’endroit des personnes atteintes du spectre autistique”, ajoute Bouchra Benyezza, “D’ailleurs, le CinepsyMaroc, seul congrès-festival au Maroc en Afrique, et pays arabes utilisant le film documentaire pour le grand public afin d’expliquer, sensibiliser et pour destigmatiser les pathologies mentales en règle générale… Le premier CinepsyMaroc en 2017 a abordé le spectre autistique, pour vous dire à quel point nous y étions sensibles”.
La psychothérapeute ajoute, lors de son entretien avec SNRTnews, que “l’autisme n’intéresse personne dans l’absolu, et ceux qui se penchent sur le sujet… en général sont touchés de près ou de loin par une personne dans leurs entourages…”.
Le manque de personnages compliqués ou encore “nuancés” dans le cinéma, retire à l’interprétation du trouble la faculté de reconnaissance et de créer un lien avec le spectateur.
La sensibilisation se trouve alors couronée par une stigmatisation qui tourne autour des deux extrêmes. Jérôme Olivar, scénariste, réalisateur et producteur partage avec SNRTnews son expérience en tant que parent d’un enfant autiste: “en tant que parent, je me sens souvent un peu étranger face à ce que le cinéma nous montre… On a tendance à enfermer l'autisme dans des cases: soit c'est le 'génie' qui calcule tout, soit c'est une tragédie absolue. Mais ma réalité avec mon fils, elle est entre les deux, elle est faite de nuances. Le cliché qui me blesse le plus, c’est cette idée de la 'bulle' fermée, comme si nos enfants étaient absents ou insensibles... C'est totalement faux. Mon fils est là, il ressent tout, parfois même trop fort. Il ne refuse pas le lien, il le crée différemment…”
Sur son film “Autisto”, traitant du trouble autistique, Jérôme Olivar dépeint la réalité de l’autisme qu’il perçoit tous les jours, et explique que pour sa réalisation, “mon fils a été mon premier guide, celui qui m'a appris à regarder au-delà des apparences. En réalisant "Autisto", je ne voulais pas que l'acteur fasse une 'performance' ou qu'il imite des tics de manière mécanique. Je lui ai demandé de chercher une vérité intérieure."
Et d'ajouter: "Mon expérience de père m'a appris que l'autisme n'est pas un costume, c'est une autre manière d'être au monde. J'ai dirigé le film avec cette pudeur-là: ne pas filmer le 'handicap', mais filmer un enfant qui essaie de trouver sa place, de communiquer avec ses mains, son regard, ses silences. Je n'ai pas filmé une pathologie, j'ai filmé mon fils à travers un personnage.”
L’implication de connaisseurs et experts dans les coulisses du cinéma est vitale pour réussir une représentation du trouble, “on a besoin de consultants autistes, de parents, de gens qui vivent cela au quotidien, parce qu’ils détiennent une vérité que l'imagination ne peut pas inventer…”
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