Economie
Le CESE appelle à faire du potentiel féminin un levier de développement
07/03/2026 - 11:05
SNRTnews
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a mis en lumière un point de vigilance majeur de son Rapport annuel 2024, consacré à l’inclusion des femmes dans la vie publique et à leur rôle stratégique dans le développement du pays.
Le Conseil rappelle que le Royaume du Maroc, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a engagé ces dernières années plusieurs réformes structurantes visant à renforcer la place des femmes dans la société. Ces avancées se sont notamment traduites par l’inscription du principe d’égalité et de l’engagement en faveur de la parité dans la Constitution de 2011, l’adoption de cadres juridiques renforçant la protection des droits des femmes, ainsi que par la mise en place de mécanismes institutionnels et stratégiques dédiés à leur promotion.
Selon le CESE, ces acquis ont profondément transformé le paysage normatif et institutionnel national. Toutefois, les données les plus récentes révèlent un écart persistant entre les droits consacrés et leur pleine effectivité dans la vie quotidienne des femmes.
Un potentiel féminin encore sous-exploité
Dans son Rapport annuel 2024, le CESE souligne un paradoxe : alors que le niveau d’instruction des femmes progresse continuellement, notamment dans les filières scientifiques et techniques, leur insertion économique demeure limitée.
En 2024, le taux d’activité des femmes s’établit à 19,1 %, contre 68,6 % pour les hommes. Le chômage féminin atteint 19,4 % et touche particulièrement les diplômées de l’enseignement supérieur, dont 33,5 % sont sans emploi.
Les inégalités salariales persistent également. L’écart moyen de rémunération dans le secteur privé est estimé à 23 %, et dépasse 40 % dans certaines catégories socio-professionnelles. Plus de la moitié des femmes salariées perçoivent une rémunération inférieure au SMIG, tandis qu’un quart des femmes actives occupées exercent une activité non rémunérée, souvent dans un cadre familial ou informel.
À ces fragilités économiques s’ajoute une charge domestique très inégalement répartie. Les femmes consacrent en moyenne plus de cinq heures par jour aux tâches ménagères, contre moins d’une heure pour les hommes. Cette situation limite leur disponibilité pour l’emploi, l’engagement associatif et la participation politique.
Le CESE souligne également la faible représentation des femmes dans les sphères décisionnelles. Elles restent peu présentes dans les institutions élues, les postes de décision et les instances de gouvernance, aussi bien au niveau national que territorial.
Des obstacles structurels persistants
Le Conseil relève que les freins à l’inclusion pleine et effective des femmes sont à la fois persistants et multiformes. Ils s’enracinent dans des pratiques sociales discriminatoires, une répartition inégale des rôles, une organisation institutionnelle fragmentée et un manque de services d’appui adaptés.
Ce cumul de facteurs engendre un décalage marqué entre compétences et performance. Les femmes marocaines obtiennent en effet des résultats académiques élevés, mais peinent à accéder aux emplois qualifiés et aux postes de responsabilité.
Les jeunes femmes sont par exemple fortement représentées dans les filières scientifiques et techniques : elles représentent 56 % des étudiantes inscrites dans les formations universitaires scientifiques et 42,2 % dans les écoles d’ingénieurs. Pourtant, un phénomène de « fuite progressive » apparaît au fil du parcours académique et professionnel, leur présence diminuant à mesure que les niveaux de responsabilité augmentent.
Les représentations sociales continuent également de peser sur l’émancipation économique des femmes. Selon une enquête de la Banque mondiale réalisée en 2024, près des deux tiers des Marocains estiment que les responsabilités financières reviennent davantage aux hommes, tandis que les femmes devraient se consacrer aux tâches domestiques.
Par ailleurs, l’économie du soin demeure marginale et peu valorisée, alors qu’elle recèle un potentiel important de création d’emplois et de promotion de l’égalité. Les femmes continuent d’assumer l’essentiel des soins informels – aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes dépendantes – sans reconnaissance ni protection sociale.
Un enjeu économique pour le pays
Pour le CESE, cette sous-participation féminine constitue également un manque à gagner pour l’économie nationale. Des estimations du Haut-Commissariat au Plan (HCP) indiquent qu’une augmentation de neuf points du taux d’activité des femmes pourrait générer une hausse de 3 % du PIB à l’horizon 2035.
Chaque année, le coût de l’inactivité féminine est estimé à 25,3 milliards de dirhams, souligne la même source, ce qui met en évidence l’enjeu économique et social de l’inclusion des femmes.
Vers une stratégie globale pour l’égalité
Afin de favoriser une inclusion pleine et entière des femmes, le CESE plaide pour l’adoption d’une approche globale intégrant les dimensions sociales, économiques et culturelles. Cette dynamique devrait s’appuyer sur les avancées déjà engagées, notamment la révision du Code de la famille et le nouveau Plan gouvernemental pour l’égalité, afin de construire une feuille de route nationale ambitieuse dotée d’objectifs clairs et portée par une gouvernance multisectorielle.
Parmi ses recommandations, le Conseil préconise notamment de fixer une cible nationale visant à porter le taux d’activité des femmes à 45 % à l’horizon 2035, en cohérence avec les objectifs du Nouveau Modèle de Développement.
Le CESE recommande également la mise en place d’un programme intégré de promotion de l’emploi féminin, combinant le renforcement des compétences par la formation professionnelle, le développement de services adaptés – tels que les crèches, le transport sécurisé, le télétravail ou des horaires souples – et des incitations destinées à encourager les entreprises à recruter davantage de femmes.
Le Conseil suggère par ailleurs de professionnaliser les activités liées au soin et à l’aide à la personne, en leur conférant une reconnaissance juridique et en garantissant les droits sociaux des travailleurs de ce secteur.
Enfin, le CESE propose d’instaurer un indice national de l’égalité salariale afin de mesurer les écarts de rémunération entre femmes et hommes, ainsi que la mise en place de quotas progressifs pour renforcer la présence des femmes dans les postes de leadership dans les secteurs scientifique, académique et économique.
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