Economie
Le CESE appelle à une stratégie nationale pour l'économie du soin au Maroc
28/01/2026 - 13:06
Ouiam Faraj | Hamza BAMMOULe Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) s'est penché sur la problématique de la reconnaissance de l'économie du soin en tant que secteur organisé au Maroc.
Cette analyse s'inscrit dans un contexte marqué par des transformations démographiques et sociales rapides, entraînant une hausse constante des besoins des familles en matière de services de prise en charge et d'accompagnement. Dans ce cadre, le président du Conseil a appelé, le mercredi 28 janvier 2026, à l’adoption d’une stratégie nationale intégrée et ambitieuse pour ce secteur, le considérant comme un levier fondamental du développement humain, social et économique du pays.
Lors d’une rencontre consacrée à la présentation de l’avis du Conseil intitulé "L’économie du soin au Maroc : enjeux de reconnaissance sectorielle et d’organisation institutionnelle", il a été souligné que le soin n'est pas une activité marginale ou conjoncturelle. C'est une réalité quotidienne qui concerne toutes les catégories de la société, qu'il s'agisse du cadre familial ou institutionnel. Cette forme de prise en charge couvre toutes les étapes de la vie, de la petite enfance à la vieillesse, en passant par les situations de maladie ou de handicap, et s'étend jusqu'à l'accompagnement des femmes dans leurs parcours personnels et professionnels. L'économie du soin regroupe ainsi l'ensemble des activités rémunérées ou non, visant à répondre aux besoins physiques, psychologiques et émotionnels des individus.
L’avis du Conseil, élaboré selon une approche participative incluant des consultations citoyennes via la plateforme "Ouchariko", révèle des constats importants. Plus de la moitié des participants déclarent recourir régulièrement à des services de soin, tout en pointant du doigt un manque de personnel qualifié, le coût élevé des prestations et la faiblesse des structures spécialisées. De plus, 60 % des citoyens consultés estiment que les aidants familiaux ne bénéficient pas d'une reconnaissance suffisante. Ils appellent à une institutionnalisation juridique de ces métiers, à l’amélioration des conditions de travail et à la mise en place d'un statut de base unifié pour les professionnels du secteur.
Sur le plan macroéconomique, le Maroc fait face à des mutations profondes telles que l’augmentation de l’espérance de vie, le vieillissement de la population et la prévalence des maladies chroniques. Le passage vers des modèles de familles nucléaires ou de personnes vivant seules accentue la pression sur le système de soin actuel, dont les services publics et privés restent insuffisants et géographiquement inégaux. Le Conseil note que le poids du travail de soin non rémunéré repose encore majoritairement sur les femmes, ce qui aggrave les inégalités de genre et fragilise leurs parcours professionnels. À cet égard, l’intégration de ce travail non rémunéré dans la comptabilité nationale pourrait augmenter le PIB de près de 19 %, tout en créant des opportunités d’emploi durable pour les jeunes et les personnes peu qualifiées.
Pour remédier à ces lacunes, le CESE recommande une stratégie nationale structurée autour de quatre axes majeurs. Le premier consiste à ériger le soin au rang de priorité nationale via un cadre juridique unifié et une gouvernance territoriale adaptée. Le deuxième axe vise la valorisation des métiers du soin par la professionnalisation et la protection sociale des intervenants. Le troisième axe propose une répartition équitable de la charge du soin grâce à des investissements dans les infrastructures sociales et des incitations fiscales. Enfin, le quatrième axe insiste sur l’innovation et le développement de financements solidaires pour adapter les services de soin aux besoins et aux valeurs de la société marocaine.
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