Economie
Légalisation du cannabis: l'impact socio-économique est indéniable
02/06/2022 - 18:39
Mohammed Fizazi
Le développement d'activités économiques et sociales génératrices de revenus et d'emplois dans les régions retenues pour la culture du cannabis est l'un des objectifs de la stratégie mise en place par l'Etat. Il s'agit ainsi de réduire les causes de tensions sociales et diversifier les sources de revenus de la population, fortement focalisées sur le cannabis.
La légalisation de la culture du cannabis aura un profond impact socio-économique sur le Royaume, particulièrement dans les régions où la culture de cette plante est pratiquée. A noter que trois zones ont été retenues à cet effet. Il s'agit d'Al Hoceima, Chefchaouen et Taounate, avec la possibilité d'impliquer d'autres régions en fonction de la demande des investisseurs nationaux et internationaux pour les activités liées à la chaîne de production du cannabis.
Nette amélioration des conditions de vie des agriculteurs
Au niveau social, la légalisation du cannabis permettra le développement des filières du cannabis licite avec la reconversion progressive des agriculteurs traditionnels engagés dans les cultures illicites dans des activités légales, respectueuses de l’environnement et générant des revenus décents. Leur adhésion aux coopératives prévues par la loi n°13-21 leur permettra également de bénéficier des actions de soutien, de conseil et de formation de la part de l'Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis et du ministère de l’Agriculture.
Cette loi vise à faire sortir environ 600.000 personnes de la pauvreté et la marginalisation, car dans la plupart des pays ayant récemment légalisé l’usage licite du cannabis, il a été constaté une nette amélioration des conditions de vie des petits cultivateurs (Népal, Mexique, Pérou).
La légalisation permettra d'instaurer un système rigoureux de traçabilité et de contrôle afin de prévenir tout détournement du cannabis et de ses dérivés vers le marché illicite.
Cette loi favorisera également la justice sociale et l’inclusion, suite notamment à la création de coopératives des cultivateurs et la rationalisation de la culture du cannabis. Elle permettra aussi de protéger les populations engagées dans la culture illicite de l’emprise des trafiquants et des circuits illégaux.
En effet, la légalisation a pour ambition de mettre fin au trafic illégal de cannabis, qui a très peu profité aux cultivateurs locaux qui ne récupèrent qu’une infime partie du pactole alors qu’ils sont constamment sous la menace des poursuites judiciaires accentuée par les tensions entre les cultivateurs locaux.
Marché mondial prometteur
Au niveau économique, la stratégie mise en place par l'Etat pour l'utilisation licite du cannabis permettra la création d’unités de transformation et de fabrication de produits à base de cette plante à proximité des zones de culture, ce qui donnera lieu à la création d’emplois et à la dynamisation de l’économie locale.
En outre, cette filière permettra de drainer de nouveaux investissements. Des entreprises internationales spécialisées dans la production du cannabis sont déjà intéressées par le Maroc qui jouit de multiples avantages concurrentiels.
C'est dire que la réglementation de cette activité représente de véritables enjeux socio-économiques, médicaux, industriels et scientifiques. L’usage licite du cannabis à des fins médicales, cosmétiques et industrielles peut générer des revenus importants et des retombées économiques indéniables.
Il convient de noter que le marché mondial du cannabis légal est important et évolutif. Il présente une croissance annuelle de plus de 30% par an dans le monde et plus de 60% en Europe. Ainsi, ce projet de grande envergure conduisant au développement d’une industrie pharmaceutique florissante permettra au Maroc de répondre à la demande croissante pour les produits thérapeutiques à base de cannabis au niveau mondial.
L’économie du cannabis licite va contribuer au développement des zones concernées, comme elle permettra de miser sur un développement territorial qui inclut différents secteurs autour de la production du cannabis, comme l’agriculture et la médecine, mais aussi le tourisme, la santé et le bien-être.
Selon le chercheur en économie politique Nacer Benhmidouch, le choix par le Maroc de cette nouvelle approche vis à vis du cannabis est poussé par plusieurs considérations, notamment celles de nature humanitaire et sociale, car il fallait mettre fin aux difficiles conditions de vie de la population des régions où cette culture est pratiquée. "Les habitants de ces régions ne connaissent que cette voie et ce type d'agriculture, et les efforts de l'Etat pour changer les habitudes agraires de la région n'ont eu qu'un succès limité", a-t-il déclaré à SNRTnews.
Et d'ajouter: "au niveau économique, il y a un marché mondial prometteur dans plusieurs domaines (pharmaceutique, produits esthétiques, textiles etc.) lié à la culture du cannabis, ainsi en optant pour la légalisation, le Maroc a choisi de s'ouvrir sur un nouveau marché, capable de générer un chiffre d'affaires important, ce qui aura pour effet d'améliorer les conditions sociales des agriculteurs et de contrôler légalement les cultures du cannabis".
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