Politique
Les jeunes dans les programmes électoraux: entre ambition politique et réalité de la mise en pratique
07/04/2026 - 10:12
Chahrazad Aiouch
La présence des jeunes dans les programmes électoraux constitue aujourd’hui l’un des indicateurs clés du degré de sérieux des acteurs politiques dans leur capacité à répondre aux transformations de la société marocaine, notamment face à l’émergence d’une nouvelle génération d’électeurs aspirant à jouer un rôle concret dans la prise de décision.
Cet intérêt s’inscrit dans un débat plus large sur le renouvellement des élites partisanes et la reconstruction de la confiance entre les jeunes et l’action politique, à un moment où la participation politique des jeunes fait face à plusieurs défis, allant de la faible représentation au sein des institutions à l’absence de mécanismes efficaces d’écoute et d’encadrement.
Dans ce cadre, les approches des partis politiques varient quant à l’intégration des jeunes dans leurs programmes électoraux: certains misent sur leur implication dans l’élaboration de ces programmes, tandis que d’autres les considèrent comme une cible parmi d’autres dans le cadre de politiques publiques plus larges. Ce qui reflète une divergence de visions quant à la place des jeunes: sont-ils un simple axe parmi d’autres des programmes électoraux, ou bien un acteur central dans leur conception et leur mise en œuvre?
Programme d'un parti “en grande partie élaboré par les jeunes”
Dans ce contexte, Youssef Oukhallou, coordinateur général de l’Académie Istiqlal des jeunes et membre du Conseil national du Parti de l’Istiqlal, a déclaré dans une déclaration à SNRTnews que le programme du parti se distingue par le fait qu’il est “en grande partie élaboré par les jeunes eux-mêmes”, notamment en ce qui concerne les politiques qui les touchent directement, ainsi que des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation, l’emploi et l’inclusion sociale.
Il a ajouté que cette orientation s’inscrit dans un long processus d’écoute, lancé en janvier 2025, à travers une initiative nationale de consultation des jeunes, ayant réuni plus de 15.000 jeunes hommes et femmes, qui ont exprimé leurs attentes et leur vision d’un Maroc à une seule vitesse.
Oukhallou a indiqué que ces consultations ont abouti à l’élaboration de la “Charte du 11 janvier pour la jeunesse”, qui constitue, selon lui, le socle sur lequel reposera le programme électoral du parti.
Il a également souligné que l’implication des jeunes ne se limite pas à la consultation, mais inclut des programmes de formation à l’échelle nationale, à travers les différentes organisations partisanes et l’Académie Istiqlal des jeunes, visant à développer les compétences en leadership, communication et gestion de projets, renforçant ainsi leur employabilité et leur insertion professionnelle.
Dans le même sens, le même intervenant a expliqué que le parti adopte une approche visant à lutter contre la “participation symbolique” des jeunes, soulignant que l’objectif est de dépasser une logique de représentation formelle pour aller vers une implication réelle dans la prise de décision.
Il a également précisé que le parti est présent sur les plateformes numériques utilisées par les jeunes, telles que TikTok et Discord, et adopte des modes de communication adaptés à leurs centres d’intérêt, afin de les intégrer pleinement dans l’action politique plutôt que de les considérer comme de simples récepteurs.
Oukhallou a également affirmé, dans sa déclaration, que le parti s’appuie sur un parcours intégré pour autonomiser les jeunes, commençant par la formation, suivi de la consultation, puis de la participation à la mise en œuvre et à la prise de responsabilité. Ce parcours vise, selon lui, à former une élite jeune capable d’assumer des responsabilités au sein des institutions élues, tant au niveau local que national.
“un levier fondamental de tout projet de développement sérieux”
De son côté, Younes Serraj, membre du bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme et secrétaire général de la Jeunesse socialiste, a livré, dans une déclaration à SNRTnews, une analyse critique de la situation des jeunes, estimant que la question de la jeunesse n’est pas seulement un axe parmi d’autres du programme électoral, mais “un levier fondamental de tout projet de développement sérieux”.
Il a toutefois souligné que toute réflexion sur les politiques publiques dans ce domaine reste incomplète si elle ne s’appuie pas sur un diagnostic précis et réaliste de la situation des jeunes marocains à différents niveaux.
Serraj a expliqué, dans la même déclaration, que les jeunes font face à de réelles difficultés économiques, notamment en matière d’accès au marché du travail, en raison de plusieurs facteurs, dont les répercussions de la pandémie de Covid-19 et la crise économique mondiale, ayant entraîné la fermeture de nombreuses entreprises et une hausse du chômage. Il a ajouté que cette situation a accentué les phénomènes de précarité et de marginalisation, limitant la capacité des jeunes à atteindre leur indépendance économique et à construire leurs projets de vie.
Il a également indiqué, que la situation sociale des jeunes est marquée par de fortes inégalités territoriales, avec des difficultés d’accès aux services de base pour une large partie d’entre eux, notamment dans les zones rurales et les quartiers périphériques, ce qui accentue le sentiment d’inégalité des chances.
Sur le plan politique, Serraj a noté un recul de la confiance dans les partis politiques, malgré une conscience politique accrue chez les jeunes, tout en soulignant que leur présence au sein des structures partisanes demeure limitée.
Partant de ce diagnostic, Serraj a appelé, dans sa déclaration, à passer d’une logique de gestion conjoncturelle à une logique de réforme structurelle, en mettant l’accent sur le soutien aux entreprises, la stimulation de l’emploi et l’orientation des financements publics vers les initiatives des jeunes.
Il a également proposé la mise en place de mécanismes de financement accessibles et transparents pour les jeunes, ainsi que lier les aides publiques à l’engagement des entreprises à recruter des jeunes, en plus d’une réforme du système d’éducation et de formation afin de répondre aux besoins du marché du travail, notamment dans des domaines comme l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables.
Sur le plan politique, Serraj a insisté sur le fait que l’exclusion continue des jeunes des instances de décision n’est plus acceptable, appelant à rétablir la confiance dans les institutions et à permettre aux jeunes de se présenter aux élections et d’assumer des responsabilités à tous les niveaux représentatifs.
Il a également affirmé que tout projet politique qui ne place pas les jeunes en position d’acteurs reste un projet incomplet, soulignant que leur autonomisation constitue une condition essentielle pour toute transition démocratique et de développement durable.
En somme, ces déclarations témoignent d’une prise de conscience croissante, au sein des partis politiques, qu’ils soient de la majorité gouvernementale ou de l’opposition, de l’importance d’impliquer les jeunes dans les programmes électoraux en tant que partenaires à part entière dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques.
Toutefois, le véritable défi réside dans la capacité à transformer ces visions en actions concrètes, susceptibles de répondre aux aspirations des jeunes et de renforcer leur confiance dans l’action politique, afin de garantir leur pleine intégration dans les dynamiques de développement et de construction de l’avenir.
Articles en relations
Politique
Société
Société
Politique