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Les Palestiniens de Gaza préparent l'Aïd dans les cendres et les souvenirs
05/06/2025 - 21:22
AFP
Pour la première fois de sa courte vie, Imad Dib, orphelin de la guerre de Gaza, s'apprête à célébrer la grande fête musulmane du Sacrifice sans ses parents.
Pour l'Aïd al-Adha, "Papa nous achetait un mouton, mais maintenant nous sommes seuls", dit ce garçon de onze ans.
Avant la guerre, "j'aimais beaucoup l'Aïd, je l'attendais chaque année avec impatience pour pouvoir faire la fête et porter de nouveaux vêtements" comme le veut la coutume, raconte l'enfant aux chaussures rafistolées et aux traits fatigués.
Il se rend tous les jours devant la tente du quartier Cheikh Radouane de Gaza-ville où s'était réfugiée sa famille, bien qu'il ne reste sur place que des cendres et de la bâche calcinée.
Il veut "se souvenir" de ses parents tués là dans une frappe israélienne. A la veille de la fête, une question l'occupe: qui viendra donner de la viande, ou même seulement du pain, à ses quatre soeurs et à lui?
Avant-guerre, les Palestiniens de Gaza se préparaient en cette période du calendrier islamique à d'importantes réunions familiales traditionnellement organisée autour du sacrifice d'un mouton.
Les marchés étaient bondés de passants venus acheter les dernières boites de bonbons ou de pâtisseries et les magasins de jouets et de vêtements pour enfants restaient ouvert tard dans la nuit pour les cadeaux de dernière minute.
Même miné par la misère et le blocus israélien, le territoire côtier palestinien célébrait cette fête spirituelle, dans les mosquées au bord de mer, les rues et les foyers. Mais près de vingt mois après le début de la guerre, Gaza a changé de visage.
Des quartiers entiers ont été rasés, et un blocus complet de deux mois et demi, à peine assoupli depuis une quinzaine de jours, a provoqué des pénuries dramatiques.
"A ce moment de l'année, on pouvait me réserver jusqu'à 300 têtes, entre veaux et moutons, mais cette année, je n'ai absolument aucune commande", résume Ahmed al-Zayigh, un boucher de la ville de Gaza.
"Un kilo de viande est devenu un rêve, alors un mouton... On espère juste trouver du pain pour nourrir nos enfants le jour de l'Aïd, et ils se réjouiront de la farine comme si c'était de la viande", renchérit Mohammed Othman, 36 ans, déplacé avec sa famille à Deir al-Balah dans le centre de la bande de Gaza.
Nombreux sont ceux qui se remémorent l'époque où ils pouvaient se permettre de partager une partie de leur viande avec des personnes plus démunies - comme le prescrit le Coran.
Le bourdonnement en quasi-permanence des drones israéliens se mêle aux chants religieux que certains écoutent sur leur téléphone, là où des mosquées les faisaient résonner dans toute la ville avant la guerre.
"Demain nous irons à la prière de l'Aïd", annonce Hamza Sobeh, 37 ans, depuis le camps de déplacés d'al-Mawasi dans le sud de la bande de Gaza. Il respecte le jeûne rituel considéré comme effaçant les pêchés à la veille de la célébration, et récite avec ses enfants les takbirs, ces prières de glorification de Dieu. "Je veux leur faire sentir la joie de l'Aïd, au moins dans ses aspects religieux, pour qu'ils ne perdent pas espoir", note-t-il en envisageant de leur acheter quelques gâteaux fourrés aux dattes.
Mais la plupart des personnes rencontrées par les journalistes de l'AFP disent ne pas pouvoir se permettre de reproduire même un soupçon de la fête, quand ce n'est pas une question de moyens, c'est une affaire d'état d'esprit. "Cet Aïd a le goût du sang", note Sami Felfel, un résident du nord de la bande de Gaza.
Au milieu des décombres, les Gazaouis enterrent chaque jour de nouveaux morts. Les négociations indirectes entre le Hamas et Israël pour parvenir à un cessez-le-feu patinent. Et le nouveau mécanisme pour l'aide alimentaire est perçu comme un fiasco après que plusieurs personnes ont été tuées en marge des sites de distribution. Pour M. Felfel, "ce sont les années les plus difficiles que nous vivons à Gaza."
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