Economie
LGV Casa-Tanger: une success story marocaine
27/04/2025 - 23:07
Mohammed Fizazi
La Ligne à Grande Vitesse Casablanca–Tanger est devenue un symbole de modernité et de développement pour le Maroc. Inaugurée en 2018, cette première LGV d’Afrique a transformé la mobilité entre les grandes métropoles du royaume, tout en contribuant au rayonnement international du pays
Dès le début des années 2000, le Maroc a élaboré un ambitieux programme de développement ferroviaire, avec pour objectif la réalisation de 1500 km de lignes à grande vitesse d’ici 2040. Le choix de relier Casablanca à Tanger s’est imposé rapidement, afin de connecter les deux pôles économiques majeurs que sont Casablanca et Tanger Med. Lancé officiellement en 2006, le projet a bénéficié d’un fort soutien de l’État et d’une coopération internationale, notamment avec la France pour la fourniture des rames et le transfert d’expertise. SM le Roi Mohammed VI a attribué au projet le nom d’Al Boraq, en référence à une créature de la tradition islamique, symbole de vitesse et de voyage, conférant ainsi une dimension culturelle et nationale forte à cette initiative.
Après des études préliminaires et la finalisation du financement en 2010, les travaux ont débuté entre 2011 et 2013 sur le tronçon prioritaire Tanger–Kénitra. En 2015, la première rame Alstom Euroduplex est arrivée au Maroc, marquant une étape symbolique. Le chantier a permis l’édification de 186 km de ligne nouvelle et la modernisation de 160 km de voies existantes.
En 2017, un record africain de vitesse ferroviaire a été établi à 357 km/h lors des essais. L’inauguration officielle a eu lieu le 15 novembre 2018, en présence de SM le Roi Mohammed VI et du président français Emmanuel Macron. Quelques semaines plus tard, Al Boraq ouvrait au grand public, révolutionnant ainsi les déplacements sur l’axe atlantique.
La LGV Casa-Tanger s’étend sur environ 350 km entre Casablanca et Tanger, avec une vitesse maximale de 320 km/h sur la section nouvelle. Le temps de trajet a été réduit de 4h45 à environ 2h10, offrant un gain considérable pour les voyageurs. La flotte Al Boraq se compose de 12 rames Alstom Euroduplex, d’une capacité de 533 passagers chacune. Le coût global du projet s’élève à environ 20 milliards de dirhams, soit près de 1,8 milliard d’euros. En matière de fréquentation, la ligne a transporté environ 3 millions de passagers en 2019, un chiffre qui a atteint 5 millions en 2023, dépassant ainsi les prévisions initiales. Les gares desservies, entièrement rénovées ou modernisées, sont Tanger-Ville, Kénitra, Rabat-Agdal et Casa-Voyageurs.
Au-delà de la prouesse technique, la LGV Casa-Tanger a eu un impact considérable sur l’économie nationale. Elle a généré des milliers d’emplois directs et indirects lors de sa construction et a dynamisé les échanges économiques entre Casablanca et Tanger. Cette nouvelle accessibilité favorise les investissements et la circulation des compétences. Le tourisme a également bénéficié de cette infrastructure, en permettant aux voyageurs nationaux et étrangers de relier plusieurs grandes villes en un temps record. Tanger, notamment, a vu sa fréquentation touristique augmenter grâce aux escapades facilitées depuis Casablanca ou Rabat.
Sur la scène internationale, la réussite d’Al Boraq positionne le Maroc comme un pionnier du transport moderne en Afrique. Le Royaume reste à ce jour le seul pays du continent exploitant une ligne de train à grande vitesse en service commercial. Ce succès renforce la crédibilité du Maroc dans sa capacité à conduire des projets d’envergure et à attirer des investissements étrangers, tout en inspirant d’autres nations africaines à développer des infrastructures similaires.
Fort de cette réussite, le Maroc prévoit l’extension de son réseau à grande vitesse. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a procédé, jeudi 24 avril 2025, à la gare ferroviaire de Rabat-Agdal, au lancement des travaux de réalisation de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Kénitra-Marrakech, d’une longueur d’environ 430 kilomètres.
À terme, une liaison Marrakech–Agadir est également envisagée, afin de connecter le sud du pays au reste du réseau. Le programme ONCF Horizon 2040 prévoit la création de 1100 km supplémentaires de lignes LGV, intégrant ainsi de nouvelles régions au réseau national. En rapprochant les villes et en stimulant les échanges, la LGV Casablanca–Tanger ouvre la voie à une nouvelle ère pour le transport ferroviaire au Maroc.
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