Société
L’hypertension artérielle n’attend plus la vieillesse
19/05/2026 - 18:05
Khaoula Benhaddou
Longtemps associée au vieillissement, l’hypertension artérielle change aujourd’hui de profil. Au Maroc comme ailleurs, elle touche désormais des individus de plus en plus jeunes. Plus préoccupant encore : près d’une personne sur deux concernée l’ignore.
Elle ne prévient pas, ne provoque pas de douleur et avance souvent sans le moindre signal d’alerte. Pourtant, au fil du temps, elle altère les artères, épuise le cœur et fragilise les reins. L’hypertension artérielle incarne ainsi un paradoxe médical saisissant : une maladie grave, fréquente et facile à dépister… mais qui demeure encore largement méconnue et sous-diagnostiquée.
Longtemps associée aux personnes âgées, elle touche désormais des individus de plus en plus jeunes. Des actifs, parfois en apparence parfaitement en bonne santé, peuvent ainsi présenter une tension dangereusement élevée sans le moindre symptôme ni la moindre conscience du risque.
Interrogée par SNRTnews, la cardiologue Hasna Belghiti, présidente élue de la Société marocaine de cardiologie, confirme cette tendance "Au Maroc comme dans plusieurs pays, l’hypertension touche de plus en plus de jeunes, notamment en raison du mode de vie."
Un mode de vie qui appuie sur l'accélérateur
Les spécialistes pointent du doigt un facteur majeur : le mode de vie. Sédentarité, alimentation riche en sel et en produits transformés, surpoids, stress chronique et manque de sommeil favorisent l’élévation de la pression artérielle dès le plus jeune âge.
"Nos chiffres de tension sont directement corrélés à notre activité physique, à notre alimentation et à notre poids", explique le Dr Belghiti. "Plus on est actif, plus la tension est basse. À l'inverse, lorsque s’accumulent sédentarité, surpoids, alimentation transformée ou trop salée et stress, on favorise une apparition beaucoup plus précoce de l'hypertension".
Dans les cabinets médicaux, ce constat se confirme : des patients qui auraient développé une hypertension à un âge avancé en souffrent désormais dès 25 ans. "Avec le nouveau mode de vie, des patients qui auraient développé une hypertension à 60 ou 70 ans la présentent aujourd'hui dès 25 ans" note la spécialiste.
Les données disponibles illustrent cette progression : environ 33 % des Marocains de plus de 20 ans sont hypertendus, un chiffre qui dépasse 50 % après 40 ans. "la prévalence à partir de l'âge de 20 ans concerne 33 % de la population générale. Chez les plus jeunes, on peut estimer ce chiffre aux alentours de 20 %, mais il n'existe pas encore de données précises à ce sujet", précise Dr Belghiti.
Une maladie sous diagnostiquée
Le principal danger de l’hypertension réside dans son absence de symptômes. Pendant des années, elle peut évoluer sans signe visible, retardant ainsi son diagnostic.
Résultat : près d'une personne hypertendue sur deux ignore son état. "On ne doit pas attendre l'apparition des symptômes pour consulter. D'ailleurs, 50 % des hypertendus ne sont pas diagnostiqués, et c'est vraiment dommage, surtout qu'il s'agit d'une maladie que l'on peut détecter facilement" insiste la cardiologue. " À partir de 20 ou 25 ans, il faut avoir le réflexe de mesurer sa tension. Une mesure annuelle est recommandée".
Lorsque des signes apparaissent comme les maux de tête persistants, les bourdonnements d’oreilles, les saignements de nez, un essoufflement ou palpitations, la maladie est souvent déjà installée, parfois avec des atteintes irréversibles.
Les complications peuvent être graves : accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, insuffisance rénale chronique, troubles oculaires ou atteintes des artères des membres inférieurs.
Dépister tôt pour mieux prévenir
Face à cette réalité, les cardiologues insistent sur un geste simple mais crucial : la mesure régulière de la tension artérielle.
Accessible et rapide, ce dépistage peut être réalisé lors d’une consultation de routine. Médecins généralistes, médecins du travail et pharmaciens jouent un rôle déterminant. "De plus en plus de jeunes me sont orientés par les médecins du travail", note Dr Hasna Belghiti. "Ce réflexe permet de détecter précocement la maladie et d’agir rapidement."
Des traitements efficaces, une prise en charge optimisée
Sur le plan thérapeutique, les avancées reposent surtout sur l’optimisation des stratégies de traitement. L’objectif ne se limite plus à normaliser la tension, mais aussi à protéger les organes vitaux.
"Concernant le traitement de l'hypertension artérielle, on n'a pas assisté ces dernières années à une révolution thérapeutique, ce sont toujours les mêmes molécules. Ce qui a changé, ce sont les objectifs en termes de chiffres tensionnels, ainsi que les combinaisons thérapeutiques. On peut désormais associer plusieurs molécules en un comprimé unique. Au-delà du contrôle tensionnel, on cherche à protéger les organes comme le cœur et les reins et c’est ce qui oriente le choix vers certains médicaments plutôt que d'autres. Mieux encore, ces médicaments sont disponibles et remboursés ce qui réduit les freins financiers" explique Dr Belghiti.
Par ailleurs, la recherche explore de nouvelles pistes, notamment des traitements injectables à longue durée d’action et des vaccins. "En terme de nouveautés, il y a des recherches en ce qui concernent des vaccins et des traitements injectables mais pour le moment ces produits restent expérimentales à ce stade".
Une mobilisation pour sensibiliser
La Journée nationale de l’hypertension organisée par la société marocaine de cardiologie aura lieu le 23 mai, à Casablanca. Cette journée qui réunira des cardiologues marocains et des experts internationaux sera l’occasion de sensibiliser mais aussi d’échanger autour des avancées scientifiques et des stratégies de prévention.
Au-delà de cet événement, le message est clair : l’hypertension n’est plus une maladie liée à l’âge, mais au mode de vie.
Un geste simple peut faire la différence : contrôler sa tension régulièrement. Parce que face à ce mal silencieux, la vigilance reste la meilleure protection.
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