Politique
Liste nationale : jeunes, vous avez dit jeunes ?
07/02/2021 - 13:54
Imane Benichou
La Liste nationale des jeunes est encore une fois remise au premier plan du débat politique, entre l'exigence de la supprimer ou de la fusionner avec la liste nationale des femmes et la nécessité de la garder et de renforcer la présence des jeunes dans les institutions élues.
Le débat portant sur la liste nationale des jeunes prend de plus en plus d’ampleur et tout laisse à supposer qu’il ne reste pas sans effet sur l’expérience politique des jeunes Marocains. Alors que certains crient au détournement de l’opinion publique et contestent une tentative de réduire et limiter la contribution des jeunes à la vie politique du pays, d’autres s’attaquent au fond et appellent à l’annulation de cette liste qui renforce, selon eux, le principe de la « rente politique ».
L’« impertinence » d’un mécanisme
« Après 10 ans, nous nous interrogeons encore sur la pertinence de ce mécanisme censé permettre aux jeunes de s’exprimer en tant qu’acteurs du processus législatif. Or, nous constatons qu’aucun pays démocratique n’a adopté ce type de quota réservé aux jeunes. Cette expérience s’avère non concluante », s’exprime Aitimad Zahidi, députée du Parti justice et développement (PJD) issue de la circonscription locale de Skhirat-Temara.
Même son de cloche chez Abdellah Nizar Eid, membre du Conseil national du Parti authenticité et modernité (PAM). « La liste nationale des jeunes est un mécanisme conçu pour concrétiser le quota. Certes, je suis contre cette liste, mais je suis pour le quota. Ceci n’est pas une contradiction. Aujourd’hui au Maroc, on a besoin d’assurer une certaine représentativité des jeunes au sein du parlement grâce au quota puisque c’est difficile d’avoir cette représentativité par le biais des élections ». Autrement dit, il importe de penser à un autre mécanisme permettant d’assurer une meilleure représentativité des jeunes dans les organes décisionnels.
Un défaut, « le favoritisme »
Si les vertus de ce mécanisme sont connues de tous, c’est son instrumentalisation qui pose problème, surtout quand « la démocratie interne fait défaut au sein de certains partis politiques », note Abdellah Nizar Eid. Le membre du Conseil national du PAM fait remarquer que « la liste nationale pose problème parce qu’on a des jeunes, des têtes de liste, qui se sont retrouvés au parlement sans avoir à faire campagne ». Son second constat va dans le même sens : « ce mécanisme a permis à certaines personnes, qui ont du pouvoir au sein de leurs partis ou qui ont de l’argent, d’imposer leurs proches et de les placer en tête de liste pour s’assurer de leur réussite », précise-t-il.
Une précision partagée aussi par Hassan Hamourou, Président du comité central de la jeunesse du PJD. Pour lui, la liste des jeunes est un mécanisme « fiable ». Toutefois, « certains partis politiques l'ont utilisé d'une manière opportuniste, en donnant la priorité aux fils de leurs leaders et leurs patrons », abonde-t-il.
« Un faux débat »
Pour d’autres voix, ce débat est assimilé à l’arbre qui cache la forêt. Un communiqué des jeunesses de sept partis politiques portant sur "la promotion de la participation des jeunes à la vie politique et le renforcement de leur représentation dans les institutions élues" mentionne des tentatives visant à dénaturer le débat. Il s’agit aussi pour eux d’une manœuvre qui vise à détourner l'opinion publique des "vraies" discussions qui concernent les moyens de garantir des élections libres, justes et transparentes et qui rompent avec les pratiques et les tentatives d’instrumentalisation et de contrôle. « Ceux qui campent derrière ce débat ont des objectifs autres que la consolidation du processus démocratique déjà entamé depuis une décennie. Ils cherchent à faire augmenter le nombre de sièges de la chambre des représentants, mais ils n’ont pas le courage de l'annoncer ouvertement », martèle Hassan Hamourou.
Le porte-étendard du parti au pouvoir appelle à l’adoption d’une approche participative qui implique toutes les forces politiques du pays en vue « d’évaluer ce mécanisme politique ». L’objectif de cette évaluation sera de mettre en lumière « les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces relatives à ce mécanisme pour en tirer les conclusions », explique-t-il.
Quid des alternatives
Le recours au quota comme mode de renforcement de la représentativité des jeunes dans les instances politiques est un mécanisme « temporel » qui doit être dépassé « après la résolution des problèmes structurels », précise Abdellah Nizar Eid. Pour le membre du parti au Tracteur, il convient de trouver d’autres alternatives à la liste des jeunes, notamment la mise en place des « listes régionales, voie locales ». Ce nouveau mécanisme permettra aux jeunes politiciens de gagner en « expérience » et en « légitimité » au niveau local nécessaire pour « pouvoir se présenter aux élections législatives ».
Cette initiative est également proposée par Aitimad Zahidi du PJD. « Il existe d’autres moyens plus justes pour assurer la participation des jeunes à ce défi démocratique. Personnellement, je milite pour cette orientation constitutionnelle privilégiant la compétence et le militantisme des jeunes plutôt que la politique des quotas réservés. Il est à mon sens urgent de réaliser une réforme radicale du système électoral permettant aux jeunes de se présenter en tête de liste locale par exemple », suggère la députée.
Pour les jeunesses des sept partis sortis en communiqué, les remarques soulevées au sujet des listes électorales en général et de la liste nationale en particulier ne justifient pas l’annulation de ce système électoral. Ils justifient plutôt la réforme de ce système et la bonne gouvernance dans le processus de candidature aux élections. Et ce, « à travers l’adoption de la part des partis d’une méthodologie démocratique dans la sélection des candidats à la liste nationale des jeunes et la présentation au parlement de vraies compétences dignes de la jeunesse marocaine », lit-on dans le communiqué.
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