Economie
Lutte contre les agences de voyages "clandestines": un combat sans fin
15/06/2022 - 11:56
Mohammed Fizazi
La loi n° 11-16 réglementant la profession d’agent de voyage stipule que nul ne peut exercer l’activité d’agent de voyage s’il n’est titulaire d’une licence délivrée par l’administration compétente. Pourtant, le nombre de personnes opérant illégalement dans le secteur de l’organisation des voyages est de plus en plus croissant, causant un véritable préjudice au secteur.
De nombreux individus se contentent de créer un compte sur les réseaux sociaux et de s’improviser organisateurs de voyages sans aucune autorisation légale. Ils proposent par exemple des programmes de voyages organisés, aussi bien à l’intérieur du Maroc qu’à l’extérieur, à des prix plus bas que ceux des agences de voyages certifiées et reconnues par l'État.
Un préjudice causé au secteur et à l'économie nationale
Malgré le fait qu’ils exercent dans l’illégalité, ils ont souvent recours aux services des opérateurs touristiques (transport touristique, hôteliers, restaurateurs) et mènent leurs activités sans être inquiétés par les autorités. Cette situation cause le mécontentement de beaucoup de professionnels des agences de voyages qui voient que leur secteur est menacé par ces éléments "parasites", qui portent préjudice aussi bien à leurs affaires qu'à l’économie nationale.
Les professionnels consultés par SNRTnews sont unanimes : ce phénomène, conjugué à la crise de la Covid-19 a porté un grand préjudice à leurs activités. "Ces personnes opérant illégalement nous privent d'une clientèle importante, ils proposent les mêmes services avec des prix bas, vu qu'ils ne paient pas d'impôts”, nous a-t-on confié.
Les professionnels déplorent le fait que ces "faux agents de voyages" bénéficient des mêmes outils que les agences de voyages reconnus, ils font affaire avec tous les services touristiques, “ceci, car ils paient cash”, nous a-t-on révélé. "Ces personnes, ajoute-t-on, n’ont aucune justification légale pour exercer leurs activités. De plus, ils ne sont même pas assurés contre les risques potentiels, ce qui met leur clientèle en danger”, nous a-t-on déclaré.
De plus, contrairement aux agences de voyages certifiées, ces personnes ne paient pas d’impôts, et ne créent pas d’emplois, causent ainsi des dommages non seulement au secteur, mais aussi à l’économie nationale. "Les agences de voyages ont pu garder les emplois pendant deux ans de fermeture malgré les charges très lourdes, sachant que la loi les oblige à employer au minimum 5 personnes”, nous a-t-on également confié.
Nos interlocuteurs déplorent également l'inaction des autorités. Ces personnes opèrent dans le noir, se font payer en cash sans payer d’impôts, ce qui, pour les professionnels, devrait pousser à une intervention de la Direction générale des impôts (DGI) pour contrôler de pareils agissements, d’autant plus que ces opérateurs clandestins utilisent leurs comptes bancaires personnels. Aussi, un grand point d’interrogation se pose sur les méthodes de paiement des hôtels et autres services chez ceux qui organisent des voyages à l’extérieur du Maroc, cela relève, pour les professionnels du secteur, du détournement de devise, ce qui appelle à une intervention de l’Office des changes.
Les efforts fournis contre le phénomène restent insuffisants
La loi n° 11-16 prévoit pourtant des sanctions contre ceux qui exercent l’activité d’agent de voyage sans licence délivrée par les autorités. Cette loi, l’Association régionale des agences de voyages de Rabat-Salé-Kénitra s’efforce de la faire appliquer. En effet, depuis plusieurs années, l’association mène une bataille sans relâche contre les opérateurs informels qui rongent le secteur, avec certaines victoires. Elle a réussi, par exemple, en 2018, à avoir gain de cause contre un faux agent de voyage, qui organisait des voyages et faisait affaire avec des sociétés de transport touristique, sans avoir une autorisation légale. Le tribunal l'avait condamné à un mois de prison avec sursis et à 12.000 dirhams d’amendes pour exercice illégal de la profession.
Toutefois, cet individu n’a été interpellé que suite à une plainte pour escroquerie de la part de certains clients suivie d’une plainte de l’Association pour l’exercice illégal. “Le seul moyen de pouvoir combattre ce phénomène, c’est de traquer les faux opérateurs un par un et de porter plainte contre eux, alors que normalement c’est le ministère du Tourisme et les autorités compétentes qui devraient entreprendre des actions pour lutter contre le phénomène”, a déclaré Imane Lamrani, présidente de l’Association, à SNRTnews.
Notre interlocutrice nous a confié que pendant plusieurs années, l’Association a combattu les faux agents de voyages en effectuant des actions sur le terrain, en traquant les suspects potentiels et en faisant intervenir des huissiers de justices en plus de mener des campagnes de sensibilisation.
L’association régionale s’est d’ailleurs adressée à plusieurs instances afin d’assainir le secteur : la Wilaya de la région, les services de la Sûreté nationale, la Gendarmerie royale, la Direction générale des impôts et la Délégation régionale du Tourisme. Ces actions ont connu quelques succès, mais cela reste insuffisant. "Notre association a déployé beaucoup d’efforts pour lutter contre l’informel par tous les moyens nécessaires. Nous nous sommes aussi adressés à toutes les instances concernées à ce propos et nous attendons toujours leurs retours”, nous a déclaré Lamrani.
Et d'ajouter : "On aurait aimé que toutes les associations régionales des agences de voyages fassent la même chose et s’unissent pour faire face à ce phénomène, afin d’être plus forts pour protéger le secteur. Car malheureusement, en l’absence d’une fédération nationale forte, les efforts pour combattre ce fléau resteront insuffisants”.
Les professionnels appellent ainsi le consommateur à la vigilance et à opter pour la qualité, la garantie et la sécurité au lieu des prix bas, d’autant plus que le risque d’escroquerie chez les opérateurs au noir est très élevé. Ils appellent également les autorités, particulièrement le ministère du Tourisme, à intervenir afin de faire appliquer la loi, et contrôler l’activité d’organisation de voyages, dans le souci de sauver le secteur, et avec lui, le tourisme national.
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